Fondé en 2017 à New York, le studio de distribution indépendant Neon s’est imposé comme le leader américain de l’importation du cinéma européen et asiatique aux États-Unis. Selon Franceinfo - Culture, ce distributeur a décroché les droits de distribution des six dernières Palmes d’or, dont Titane (2021) de Julia Ducournau, Anora (2024) de Sean Baker ou encore Un simple accident (2026) de Jafar Panahi.
Ce qu'il faut retenir
- Neon, studio new-yorkais fondé en 2017, détient les droits de distribution des six dernières Palmes d’or aux États-Unis.
- Le studio défend cette année neuf films au Festival de Cannes 2026, dont six en compétition officielle.
- Tom Quinn, son fondateur, mise sur une stratégie marketing agressive pour promouvoir des films indépendants, souvent étrangers.
- Parmi ses succès, Parasite (2019) et Anora (2024), tous deux sacrés Palme d’or puis Oscar du meilleur film.
- Neon se distingue par des campagnes marketing innovantes, inspirées de celles d’A24, mais se concentre sur l’importation du cinéma européen.
Un studio né de l’ambition de distribuer des films indépendants
Neon a été créé en 2017 par Tom Quinn, un professionnel du cinéma indépendant aux États-Unis. Après trois décennies passées chez des distributeurs comme Samuel Goldwyn Films, Magnolia Pictures ou Radius, Quinn a décidé de lancer son propre studio. Son objectif ? Mettre en avant des films indépendants, souvent étrangers ou de genre, que les grands studios hollywoodiens délaissent. « Ils ont capitalisé sur l’absence d’intérêt des majors pour le cinéma européen et asiatique », analyse Théo Ribeton, spécialiste du cinéma indépendant cité par Franceinfo - Culture.
Parmi les réalisateurs dont le catalogue de Neon s’est emparé, on compte des figures comme Céline Sciamma (Portrait de la jeune fille en feu), Oliver Laxe (Sirat) ou Joachim Trier (Valeur sentimentale). Le studio s’est rapidement forgé une réputation de découvreur de talents, tout en capitalisant sur des films à forte visibilité.
Une stratégie marketing qui propulse Neon sur le devant de la scène
Avant même de se faire connaître pour ses Palmes d’or, Neon a marqué les esprits avec Moi, Tonya (2017), un film américain porté par Margot Robbie. Le studio a misé sur une campagne de promotion originale, incluant une bande-annonce non censurée pour les Oscars. Cette approche a permis de populariser la marque Neon, bien au-delà des cercles cinéphiles.
Mais c’est en 2019 que Neon entre dans la cour des grands. Parasite de Bong Joon-ho, sacré Palme d’or puis Oscar du meilleur film en 2020, devient un phénomène mondial. Le film génère 53,8 millions de dollars au box-office américain, un exploit pour un long-métrage en langue étrangère. « Normalement, un film comme Parasite aurait dû rester cantonné à des festivals ou à des niches de cinéphiles. Là, pour la première fois, il a trouvé un marché », souligne Théo Ribeton. Ce succès a confirmé la pertinence du modèle de Neon : allier distribution de films indépendants et campagnes marketing audacieuses.
Des Palmes d’or en cascade et une relation étroite avec les Oscars
Depuis 2019, Neon détient systématiquement les droits de distribution des Palmes d’or américaines. En 2023, le studio défend Anatomie d’une chute de Justine Triet, sacré Palme d’or mais initialement ignoré par le CNC français. Malgré ce désaveu, le film est nommé aux Oscars dans quatre catégories, dont celle du meilleur film, prouvant l’influence du distributeur. « Un cinéaste européen veut être acheté à Cannes par Neon dans l’espoir d’être leur poulain sur les Oscars », explique Théo Ribeton.
En 2025, Anora de Sean Baker réitère le schéma : Palme d’or à Cannes, puis Oscar du meilleur film. Pour promouvoir ce long-métrage, Neon a investi 18 millions de dollars en marketing, soit trois fois le budget du film. Une stratégie risquée, mais payante, qui a su convaincre l’industrie du potentiel des films indépendants.
Neon vs A24 : une rivalité aux approches distinctes
Souvent comparé à A24, un autre studio new-yorkais spécialisé dans le cinéma indépendant, Neon s’en distingue par son orientation géographique. « A24, c’est le cinéma américain, tandis que Neon, c’est l’importation du cinéma européen aux États-Unis », précise Théo Ribeton. Les deux studios partagent cependant une approche marketing disruptive, privilégiant le merchandising et les campagnes virales plutôt que les projections VIP.
Pour Anora, Neon a organisé une vente flash de T-shirts et de sous-vêtements à l’effigie du personnage principal, une strip-teaseuse de Brooklyn. Une méthode qui a fait parler, tout comme les vestes orange signées A24 pour la promotion d’un autre film. Malgré ces similitudes, les deux studios ne se concurrencent pas frontalement. Tom Quinn a d’ailleurs tenu à rappeler que, pendant ses premières années, le vrai rival de Neon était Netflix, qui a remporté plusieurs acquisitions de droits face à lui.
Une présence remarquée au Festival de Cannes 2026
Cette année, le Festival de Cannes 2026 se déroule sans les géants d’Hollywood, absents du tapis rouge. Une aubaine pour Neon, qui présente neuf films, dont six en compétition officielle : Fjord de Cristian Mungiu, L’Inconnue d’Arthur Harari, Sheep in the Box de Hirokazu Kore-eda, Hope de Na Hong-jin, Soudain de Ryusuke Hamaguchi et Paper Tiger de James Gray. Le jury, présidé par Park Chan-wook, désignera le vainqueur le 23 mai 2026.
Si l’enjeu est de taille – remporter une septième Palme d’or consécutive –, le studio mise aussi sur cette édition pour consolider sa position sur le marché américain. « La notion de studio indépendant est devenue caduque », estime Théo Ribeton. « Ces acteurs ont une force de frappe comparable à celle des grands studios, mais avec une approche plus ciblée. »
Une chose est sûre : dans un paysage cinématographique dominé par les plateformes de streaming et les blockbusters, Neon a su trouver sa place en misant sur des films ambitieux et des méthodes de promotion audacieuses. La question reste désormais de savoir si ce modèle est durable à long terme.
La grande différence réside dans leur orientation géographique : A24 se concentre principalement sur le cinéma américain indépendant, tandis que Neon mise sur l’importation et la distribution du cinéma européen et asiatique aux États-Unis. Les deux studios partagent cependant des stratégies marketing disruptives, axées sur le merchandising et les campagnes virales.
Selon Franceinfo - Culture, Neon a dépensé 18 millions de dollars en stratégie marketing pour promouvoir Anora aux Oscars, soit trois fois le budget du film. Cette campagne, bien que risquée, a contribué au succès du long-métrage, sacré meilleur film en 2025.