Selon Euronews FR, le marché du solaire en Europe connaît une période de forte tension. Autrefois réservé à une niche d’initiés, le photovoltaïque est devenu la deuxième source d’électricité la plus compétitive du continent, derrière l’éolien. Pourtant, deux facteurs majeurs pourraient inverser cette dynamique : la réforme fiscale chinoise et l’explosion des cours de l’argent, un métal essentiel à la fabrication des panneaux. Une situation qui interroge sur la résilience des énergies renouvelables face aux turbulences géopolitiques et aux fluctuations des matières premières.
Ce qu'il faut retenir
- Le prix des panneaux solaires a chuté de 90 % en dix ans, mais cette tendance pourrait s’inverser en 2026.
- La Chine, qui fournit 98 % des importations européennes de panneaux, a supprimé ses remboursements de TVA à l’exportation depuis avril 2026.
- Le cours de l’argent, utilisé dans les cellules solaires, a bondi de plus de 150 % début 2026, représentant jusqu’à 30 % du coût d’une cellule.
- Les économies réalisées grâce au solaire en Europe pourraient atteindre 67,5 milliards d’euros en 2026, malgré la hausse des prix des matières premières.
- Les systèmes solaires décentralisés (toitures, ombrières) restent 50 % moins chers qu’en 2023, selon les experts.
Un marché en pleine mutation : du solaire bon marché à la menace inflationniste
Depuis une décennie, le coût des panneaux photovoltaïques a connu une chute spectaculaire, passant de près de 5 dollars par watt en 2013 à moins de 0,5 dollar en 2024. Cette baisse s’explique par les économies d’échelle, les progrès technologiques et une concurrence acharnée, notamment chinoise. Selon Our World In Data, chaque doublement de la capacité mondiale cumulée entraîne une réduction des coûts de 20 %. Les batteries solaires ont suivi la même trajectoire, leur prix ayant également reculé de 90 % depuis 2010. Autant dire que le solaire s’est imposé comme l’une des énergies les moins chères au monde, couvrant 23,4 % de la consommation électrique européenne en 2024.
Pourtant, cette tendance pourrait bien s’essouffler. Jannik Schall, expert de la start-up cleantech 1KOMMA5°, met en garde : « Les remboursements de TVA à l’exportation supprimés en Chine depuis le 1er avril 2026 pourraient faire grimper les prix des modules solaires de 10 % à eux seuls. » Une hausse qui s’ajoute à celle, bien plus brutale, du prix de l’argent, métal clé pour la conductivité des cellules photovoltaïques.
La Chine, acteur incontournable mais fragilisé, et ses réformes fiscales
L’Union européenne importe 11,1 milliards d’euros de panneaux solaires par an, dont 98 % proviennent de Chine. Pékin domine l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production de silicium à l’assemblage final, grâce à des investissements massifs : plus de 50 milliards de dollars injectés depuis 2011, générant 300 000 emplois dans le secteur. « Les fabricants chinois ont atteint une échelle et des niveaux de coûts inégalés », confirme Schall. Pourtant, cette domination s’accompagne d’un paradoxe : la concurrence effrénée a poussé les entreprises à vendre à perte, avec des pertes nettes estimées à 4,3 milliards d’euros en 2024 pour le secteur.
Face à cette situation, les autorités chinoises ont décidé de revoir leur politique de subventions. Depuis le 1er avril 2026, le remboursement de la TVA à l’exportation de 9 % sur les panneaux solaires a été supprimé, tandis que celui appliqué aux batteries est passé de 9 % à 6 %. Une mesure qui vise à limiter les pertes, mais qui risque de se répercuter sur les prix à l’échelle mondiale. « La suppression des remboursements de TVA à elle seule fera augmenter les prix des modules d’environ 10 % », souligne Schall. Certains installateurs européens ont déjà répercuté cette hausse : un professionnel britannique cité par The i a augmenté ses tarifs de 918 euros pour une installation moyenne en toiture.
L’argent, nouveau talon d’Achille du solaire
Derrière cette inflation des coûts se cache une autre menace : la flambée du prix de l’argent. Bien que ce métal ne représente que moins de 5 % du poids d’un panneau solaire, il compte pour jusqu’à 30 % du coût d’une cellule. Selon Heraeus, 4 000 tonnes d’argent – soit 14 % de la production mondiale – ont été utilisées pour la fabrication de panneaux en 2023. Une dépendance appelée à croître, puisque cette part pourrait atteindre 20 % d’ici 2030.
Les causes de cette hausse sont multiples : tensions géopolitiques, pénuries d’approvisionnement et demande accrue, notamment de la part des centres de données liés à l’intelligence artificielle. Résultat, le cours de l’argent a bondi de plus de 150 % en quelques semaines début 2026, faisant de ce métal le principal poste de coût pour les fabricants. « Ces hausses sur les matières premières mettent du temps à se répercuter sur l’ensemble de la chaîne de valeur et devraient atteindre les consommateurs finaux cet été », explique Schall. À terme, cette situation pourrait entraîner des augmentations de 15 à 20 % pour certains composants solaires.
L’Europe tente de sécuriser son approvisionnement, mais reste vulnérable
Face à cette double pression – fiscale et métallurgique –, l’Europe tente de réduire sa dépendance à la Chine. Pourtant, ses marges de manœuvre restent limitées. En 2024, l’UE a importé pour 14,6 milliards d’euros de produits liés aux énergies vertes, dont une écrasante majorité en provenance de Chine. Les rares usines européennes se concentrent sur l’assemblage final, une étape peu rentable face à la production chinoise. « Il existe des usines dans d’autres pays, y compris en Europe, mais elles ne peuvent pas rivaliser en termes de coûts », reconnaît Schall.
Pour contourner ce problème, certains acteurs explorent des alternatives, comme le remplacement de l’argent par du cuivre dans les cellules solaires. Une transition qui pourrait permettre d’économiser 12,8 milliards d’euros par an à l’échelle mondiale, selon les estimations. Cependant, le cuivre n’est pas épargné par la hausse des prix, même si son inflation reste moins marquée que celle de l’argent. « Les prix du cuivre, de l’aluminium et du lithium ont fortement augmenté depuis fin 2025 », précise Schall, en raison de la demande croissante des secteurs technologiques et des incertitudes géopolitiques.
Alors que l’Europe cherche à concilier transition énergétique et résilience industrielle, le marché du solaire illustre les défis posés par la mondialisation et la volatilité des matières premières. Si les ménages et les entreprises restent incités à investir dans le photovoltaïque grâce à son coût encore attractif, la prudence s’impose : les prix pourraient bien avoir atteint leur plancher.
L’argent est utilisé pour créer des contacts électriques dans les cellules photovoltaïques, car c’est le meilleur conducteur métallique d’électricité et de chaleur. Bien qu’il ne représente que moins de 5 % du poids d’un panneau, il peut compter pour jusqu’à 30 % du coût d’une cellule solaire, selon Heraeus. Son prix a explosé en 2026, passant de 20 dollars l’once en 2020 à plus de 50 dollars début 2026, selon Euronews FR.
Les analystes ne s’attendent pas à un ralentissement significatif de la demande, car le solaire reste 50 % moins cher qu’en 2023 et continue de couvrir près d’un quart de la consommation électrique européenne. Cependant, la hausse des coûts pourrait ralentir certains projets marginaux ou retarder des investissements, surtout si les prix des matières premières restent élevés jusqu’à l’été 2026. Les systèmes décentralisés (toitures, ombrières) devraient être moins touchés, selon InfoLink Consulting.