Les centrales à charbon, bien que toujours actives dans certaines régions du monde, contribuent à diminuer l’efficacité des installations photovoltaïques. Une étude publiée dans la revue Nature Sustainability démontre que la pollution générée par ces centrales altère directement la production d’énergie solaire. Selon Reporterre, les auteurs de cette recherche ont analysé plus de 140 000 installations photovoltaïques, en croisant ces données avec des mesures de la pollution atmosphérique.
Ce qu'il faut retenir
- Une étude parue dans Nature Sustainability montre que les aérosols issus des centrales à charbon réduisent le rendement des panneaux solaires.
- Plus de 140 000 installations photovoltaïques ont été étudiées pour établir ce lien.
- Les particules en suspension dans l’air diffusent et absorbent une partie du rayonnement solaire, limitant ainsi l’énergie reçue par les panneaux.
Les chercheurs expliquent que les aérosols, ces minuscules particules en suspension dans l’atmosphère, jouent un rôle clé dans ce phénomène. D’après les résultats, ces polluants « diffusent et absorbent une partie du rayonnement solaire, réduisant ainsi la quantité d’énergie pouvant atteindre les panneaux photovoltaïques ». Autrement dit, plus l’air est chargé en particules fines, moins les installations solaires produisent d’électricité. « C’est un effet indirect mais mesurable », précise l’un des auteurs de l’étude, cité par Reporterre.
Cette pollution, principalement issue de la combustion du charbon, affecte surtout les régions où ces centrales sont encore en activité. Les auteurs soulignent que l’impact est d’autant plus marqué que les installations solaires sont nombreuses dans ces zones. « En Chine, en Inde ou aux États-Unis, où le charbon reste une source majeure d’énergie, les pertes de rendement peuvent atteindre plusieurs points de pourcentage par an », indique l’étude. Pour les exploitants de parcs solaires, cela représente une perte financière non négligeable.
Un phénomène déjà documenté, mais sous-estimé
Les effets de la pollution sur la production solaire ne sont pas totalement nouveaux. Dès les années 2010, des chercheurs avaient observé une baisse de l’ensoleillement dans certaines grandes villes en raison des particules fines. Cependant, cette étude va plus loin en quantifiant précisément l’impact sur des milliers d’installations réparties dans le monde. « On savait que la pollution réduisait l’ensoleillement, mais on ne mesurait pas à quel point cela affectait concrètement la production d’énergie solaire », explique un expert en énergie renouvelable interrogé par Reporterre.
Les données recueillies montrent que les pertes varient selon les régions. Dans les zones très industrialisées, comme le nord de la Chine ou certaines parties de l’Inde, la réduction de rendement peut atteindre 5 à 10 % par an. En Europe, où les centrales à charbon sont progressivement fermées, l’impact reste plus limité, mais il existe tout de même. « Même dans des pays comme l’Allemagne ou la Pologne, où le charbon est encore utilisé, on observe une baisse de performance des panneaux solaires », précise l’étude.
Quelles solutions pour limiter ces pertes ?
Face à ce constat, les auteurs de l’étude appellent à une meilleure prise en compte de la pollution dans les projections de production d’énergie solaire. « Les modèles actuels ne tiennent pas suffisamment compte de ce facteur », déplore un chercheur. Plusieurs pistes sont évoquées pour limiter l’impact : le nettoyage régulier des panneaux, l’installation de systèmes de filtration de l’air, ou encore le choix de sites moins exposés à la pollution industrielle.
Certains exploitants de parcs solaires commencent déjà à adapter leurs stratégies. « On installe des capteurs de pollution sur certains sites pour ajuster nos prévisions de production », confie un responsable d’un grand groupe énergétique européen. D’autres misent sur des technologies de panneaux plus résistants aux particules fines. « Mais ces solutions ont un coût, et toutes les installations ne peuvent pas se les permettre », ajoute-t-il.
Cette étude rappelle, une fois de plus, que la lutte contre la pollution atmosphérique n’est pas seulement une question de santé publique. Elle est aussi un enjeu majeur pour le développement des énergies propres. Tant que des secteurs comme le charbon continueront de polluer l’air, le solaire et d’autres énergies renouvelables verront leur potentiel limité.
Les régions les plus affectées sont celles où les centrales à charbon restent très actives, notamment le nord de la Chine, certaines zones de l’Inde, et certaines parties des États-Unis. En Europe, l’impact est plus modéré, mais il existe tout de même dans des pays comme l’Allemagne ou la Pologne, où le charbon est encore utilisé.