Selon Euronews FR, la part des revenus captée par les 0,1 % les plus riches en Europe s’élève en moyenne à 4,5 %. Pourtant, cette proportion varie considérablement d’un pays à l’autre, allant de 1,6 % aux Pays-Bas à 10,2 % en Géorgie. Ces écarts s’expliquent principalement par les systèmes fiscaux et les inégalités de salaires, comme le soulignent les experts.

Ce qu'il faut retenir

  • Part moyenne en Europe : 4,5 % du revenu total pour les 0,1 % les plus riches.
  • Extrêmes : 1,6 % aux Pays-Bas contre 10,2 % en Géorgie.
  • Pays de l’UE en tête : Estonie (8,3 %), Bulgarie (7,5 %), Pologne (7 %).
  • Pays candidats à l’UE : Serbie (6,9 %), Turquie (6,1 %).
  • Moyennes européennes : Allemagne, France, Royaume-Uni et Espagne autour de 4,9 %. L’Irlande est à 4,8 %.
  • Facteurs clés : politiques de redistribution, fiscalité, compression salariale et négociation collective.

L’Estonie et la Bulgarie en tête des inégalités en Europe

Parmi les pays de l’Union européenne, l’Estonie affiche la part la plus élevée de revenus captés par les 0,1 % les plus riches, avec **8,3 %**. Elle est suivie de près par la Bulgarie (7,5 %) et la Pologne (7 %), selon les données de la World Inequality Database (WID). Ces chiffres, relevés en 2024 ou à la dernière année disponible après 2020, illustrent une concentration particulièrement forte des revenus au sommet de l’échelle.

Hormis les pays candidats à l’UE, le Danemark (5,8 %) et la Roumanie (5,1 %) dépassent également la barre des 5 %. Deux pays candidats, la Serbie (6,9 %) et la Turquie (6,1 %), figurent également dans le haut du classement. Autant dire que l’Europe centrale et orientale se distingue par des écarts de revenus plus marqués qu’ailleurs.

Les grandes économies européennes dans la moyenne

Si l’on exclut l’Italie — dont les dernières données disponibles remontent à 2015 — les quatre plus grandes économies européennes présentent des parts de revenus très proches pour les ultra-riches. L’Espagne (5 %), l’Allemagne (4,9 %), le Royaume-Uni (4,9 %) et la France (4,9 %) se situent autour de la moyenne européenne de 4,5 %. L’Irlande suit de près avec 4,8 %. Ces résultats suggèrent une certaine homogénéité dans la répartition des revenus au sommet de l’échelle pour les économies les plus développées.

Pour autant, des disparités subsistent. Par exemple, la Grèce (4,5 %), la Suisse (4,3 %), la Tchéquie (4,2 %), la Suède (3,7 %), la Finlande (3,5 %) et la Norvège (3,5 %) affichent des parts légèrement inférieures, mais restent proches de la moyenne. Ces écarts s’expliquent en partie par des différences structurelles dans les systèmes de retraite, les règles fiscales et l’enregistrement des revenus du capital.

Les Pays-Bas et plusieurs pays d’Europe de l’Ouest en bas du classement

À l’opposé, les Pays-Bas enregistrent la part la plus faible de revenus pour les 0,1 % les plus riches, avec **1,6 %**. Ils sont suivis par Chypre (2,2 %), le Monténégro (2,3 %), la Slovénie (2,3 %), la Belgique (2,3 %), l’Albanie (2,4 %) et la Lettonie (2,4 %), tous sous la barre des 2,5 %. L’Italie, dont les données remontent à 2015, affiche un chiffre de 2 %, mais une étude de la WID estime que sa part aurait atteint 3,3 % en 2021.

Ces écarts s’expliquent notamment par des politiques de redistribution plus marquées dans ces pays. Comme l’explique le Dr Pawel Bukowski, de l’University College London, « les pays peuvent différer par l’ampleur de la redistribution, c’est-à-dire par la façon dont on cherche à influer sur les revenus via les impôts et les politiques sociales ». Il souligne que l’Europe centrale et orientale présente un niveau de redistribution « assez faible », avec des systèmes fiscaux parfois régressifs, où les riches paient proportionnellement moins que les pauvres.

« De nombreux pays d’Europe centrale et orientale ont des systèmes fiscaux régressifs, où les riches paient relativement moins que les pauvres. De plus, certaines politiques sociales ne sont pas conçues pour réduire les écarts de revenus. »

— Dr Pawel Bukowski, University College London

Pourquoi ces différences ? Le rôle des politiques publiques et des structures économiques

Selon Salvatore Morelli, de l’Université Roma Tre, les parts élevées en haut de l’échelle des revenus reflètent souvent une concentration accrue des salaires, des revenus d’activité et de la détention de patrimoine. Cela s’explique notamment par les transitions économiques des années 1990 dans les pays d’Europe de l’Est. « Les recherches montrent que les pays où la compression salariale est plus forte, où les institutions de négociation collective sont plus puissantes, et où les systèmes d’assurance sociale sont plus étendus tendent à réduire l’écart de revenu avant impôts », précise-t-il.

Il ajoute que ces facteurs peuvent expliquer pourquoi les pays scandinaves et plusieurs pays d’Europe occidentale enregistrent souvent des parts de revenu plus faibles pour les plus hauts revenus que de nombreuses économies post-transition. La compression salariale, la négociation collective renforcée et des systèmes d’assurance sociale étendus jouent donc un rôle clé dans la réduction des inégalités.

Et maintenant ?

La part des revenus captée par les 0,1 % les plus riches en Europe reste stable depuis 2010, autour de 4,5 %. Cependant, les politiques fiscales et sociales pourraient évoluer dans les années à venir, notamment sous la pression des débats sur les inégalités. Les prochaines réformes en matière de fiscalité du patrimoine et de redistribution, attendues dans plusieurs pays d’ici 2027, pourraient modifier ces équilibres. Reste à voir si ces mesures parviendront à réduire les écarts observés entre les pays.

En 1940, les 0,1 % les plus riches captaient 6,43 % du revenu total en Europe. Cette part a ensuite diminué régulièrement pour atteindre environ 2,7 % au début des années 1980, avant de remonter progressivement jusqu’à frôler les 5 % en 2007. La crise financière a ensuite fait refluer ce chiffre, qui s’est stabilisé autour de 4,5 % depuis 2010. Cette évolution historique montre que les inégalités de revenus sont étroitement liées aux cycles économiques et aux choix politiques.

Les disparités entre pays soulèvent donc des questions sur l’efficacité des systèmes fiscaux et sociaux. Si certains États parviennent à limiter la concentration des richesses au sommet, d’autres peinent à réduire les écarts. Ces différences reflètent non seulement des choix politiques, mais aussi des structures économiques distinctes, héritées pour certaines des transitions des années 1990.

D’après les experts, ces pays présentent un niveau de redistribution faible, avec des systèmes fiscaux parfois régressifs. La concentration des salaires, des revenus d’activité et du patrimoine joue également un rôle central, notamment en raison des transitions économiques des années 1990.

Les Pays-Bas se distinguent par des politiques de redistribution plus marquées et un système fiscal progressif. La compression salariale et des institutions de négociation collective puissantes contribuent également à limiter les écarts de revenus.