La préfecture de Normandie a finalement levé, le 7 mai 2026, l’interdiction de pêche imposée fin 2025 aux navires de plus de 25 mètres dans la bande des 12 milles marins (soit environ 22 km) au large des côtes régionales. Cette décision, prise dans un contexte de tensions entre professionnels du secteur, marque un tournant après des mois de blocages administratifs et juridiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Fin 2025, la préfecture de Normandie avait instauré une restriction inédite pour les chalutiers de plus de 25 mètres, leur interdisant de pêcher dans la zone des 12 milles.
  • Cette mesure, appliquée sous la pression d’une partie des pêcheurs artisans, visait à préserver les ressources halieutiques locales.
  • Le 7 mai 2026, la préfecture a fait marche arrière, après une série de recours et de négociations entre les différents acteurs du secteur.
  • La décision intervient alors que les tensions entre pêcheurs industriels et artisans s’étaient exacerbées, révélant des divergences profondes sur la gestion des quotas.
  • 12 milles marins correspondent à la limite des eaux territoriales françaises, où la réglementation nationale prime sur les accords internationaux.

Une interdiction contestée dès son annonce

Adoptée à la fin de l’année 2025, l’interdiction de pêche dans les 12 premiers milles pour les navires de plus de 25 mètres avait été présentée comme une mesure environnementale. Selon les autorités, cette restriction devait permettre de réduire la pression sur les stocks de poissons côtiers, notamment le cabillaud et la sole, déjà fragilisés par des années de surpêche. Pourtant, dès son entrée en vigueur, le texte avait suscité une levée de boucliers parmi les armements de pêche industrielle, pour qui cette zone représentait une part significative de leurs captures.

Comme le rapporte Ouest France, la mesure avait rapidement cristallisé les oppositions. Les grands chalutiers, souvent équipés de filets traînants, accusaient les autorités de sacrifier leur activité sur l’autel d’une gestion des ressources qu’ils jugeaient déséquilibrée. « Cette décision nous place dans une situation économique intenable », avait réagi Jean Lefèvre, président du Syndicat des armements de pêche de Normandie, dans les colonnes du quotidien.

Un revirement sous la pression juridique et politique

Le retour en arrière de la préfecture, acté le 7 mai 2026, intervient après plusieurs mois de bras de fer. Dès l’annonce de l’interdiction, plusieurs armements avaient saisi le tribunal administratif de Caen pour contester la légalité de la mesure. Parallèlement, des élus locaux et des représentants du secteur industriel avaient multiplié les démarches auprès du ministère de la Mer pour faire entendre leur voix. « Le préfet a dû arbitrer entre deux impératifs : la préservation des stocks et la survie économique des entreprises », explique un observateur proche du dossier.

La décision du 7 mai s’accompagne d’un engagement à réexaminer la réglementation dans les six prochains mois. Selon nos informations, la préfecture a indiqué vouloir « associer l’ensemble des parties prenantes » à cette future feuille de route, afin d’éviter de nouvelles tensions. Reste à savoir si ce compromis parviendra à satisfaire les pêcheurs artisans, qui dénonçaient déjà une « récupération politique » de leur combat.

Et maintenant ?

La levée de l’interdiction ne clôt pas pour autant le débat sur la gestion des ressources en Manche. Plusieurs échéances sont attendues dans les prochains mois : la révision des quotas européens de pêche, prévue pour l’automne 2026, ainsi qu’un rapport parlementaire sur la compétitivité des flottilles françaises, dont les conclusions pourraient influencer durablement les règles en vigueur.

Pour l’heure, les armements concernés ont repris leurs activités dans la zone des 12 milles, mais l’incertitude plane sur l’avenir des négociations. « On attend des actes concrets », a déclaré un représentant des pêcheurs industriels sous couvert d’anonymat. La balle est désormais dans le camp des autorités, qui devront concilier impératifs écologiques et réalités économiques.

Cette zone, qui correspond aux eaux territoriales françaises, concentre une grande partie des stocks de poissons côtiers, notamment les juvéniles. Pour les chalutiers, c’est aussi une zone où les prises sont plus abondantes et plus accessibles, ce qui en fait un enjeu économique majeur. Les pêcheurs artisans y voient par ailleurs un rempart contre la concurrence des grands chalutiers, souvent accusés de surexploiter les ressources.