Selon Euronews FR, les frappes ukrainiennes ciblant les infrastructures pétrolières russes ont provoqué des perturbations majeures dans l’approvisionnement en carburant, affectant désormais 53 régions du pays. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a souligné, dans un message publié après une attaque massive contre la raffinerie de Kapotnia à Moscou, que ces opérations visaient délibérément les installations alimentant la machine de guerre russe.

Ce qu'il faut retenir

  • 53 régions russes sont touchées par des pénuries de carburant, dont Moscou, Saint-Pétersbourg et la Crimée.
  • Les frappes ont réduit l’activité de raffinage de 13 % en mai, soit 700 000 barils par jour de moins.
  • Les prix du kérosène ont augmenté de 41 % depuis janvier, entraînant des rationnements dans les aéroports.
  • 7 000 stations-service sont désormais soumises à des plafonds de vente fédéraux, sur un total de 29 000 en Russie.
  • La Crimée et les territoires occupés d’Ukraine subissent les restrictions les plus sévères, avec des files d’attente de plusieurs kilomètres.

Des frappes systématiques qui ciblent l’économie russe

Depuis le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022, Kyiv mène une stratégie de frappes ciblées contre les infrastructures stratégiques russes. Dans son message post-attaque, Volodymyr Zelensky a affirmé : « Cette nuit, nos sanctions à longue portée ont de nouveau atteint la région de Moscou : pour la deuxième fois en une semaine, la raffinerie de Moscou a été frappée ». Il a ajouté que ces frappes représentaient une réponse « tout à fait juste » aux offensives russes contre les villes ukrainiennes, tout en précisant que ces actions visaient directement les capacités de production alimentant les opérations militaires.

Les dommages causés aux unités clés des raffineries, combinés aux incendies et à l’arrêt des lignes de production, ont engendré des perturbations logistiques majeures. Selon des sources russes citées par Euronews FR, 53 régions sont désormais touchées, incluant des zones stratégiques comme la région de la Volga, la Sibérie, ainsi que les territoires occupés de Crimée, Louhansk, Zaporijjia et Kherson.

Une baisse historique de la production et des prix en hausse

Les données recueillies par des agences internationales confirment l’ampleur de la crise. Reuters et Bloomberg rapportent que la production de carburant a chuté de 13 % en mai, soit une perte de 700 000 barils par jour. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque, quant à elle, une baisse de 500 000 barils par jour dans les capacités de distillation primaire. Cette chute s’explique par l’arrêt forcé de la plupart des grandes raffineries du centre de la Russie, notamment dans les régions de Moscou et Rostov.

Les répercussions se font sentir sur l’ensemble des secteurs économiques. Les prix du kérosène d’aviation ont bondi de 41 % depuis le début de l’année, une hausse concentrée principalement à la mi-mai. Les aéroports, contraints de rationner le ravitaillement, illustrent l’ampleur des dysfonctionnements structurels. Parallèlement, les prix de gros du carburant ont augmenté de 10 à 30 % dans plusieurs régions, pesant sur les coûts de transport, les prix alimentaires et les services publics.

Des restrictions fédérales généralisées dans les stations-service

Face à la pénurie, les autorités russes ont instauré des mesures de rationnement fédérales, touchant désormais des dizaines de régions. Selon Reuters, au moins 7 000 stations-service sur les 29 000 en activité dans le pays appliquent des plafonds de vente. Les grandes compagnies pétrolières ont mis en place leurs propres règles : Tatneft limite les ventes à 30 litres d’essence ou 60 litres de gazole, tandis que Rosneft et Bashneft interdisent le remplissage de jerricans et plafonnent les pleins à 90 litres. Lukoil, de son côté, a fixé une limite de 100 litres par transaction.

Ces restrictions, officiellement justifiées par la volonté de « stabiliser le marché », révèlent en réalité l’urgence de la situation. Certaines stations, comme celle du district de Serpoukhov, ne vendent plus que 20 litres d’essence ou 40 litres de gazole, avec des paiements acceptés uniquement en espèces. Les principaux acteurs du marché, redoutant des achats paniques, ont réduit artificiellement leurs volumes de vente, aggravant ainsi le sentiment de pénurie.

La Crimée et les territoires occupés en première ligne

La Crimée, en raison de son isolement logistique et de sa dépendance aux approvisionnements en provenance du continent, est la région la plus vulnérable. Agentstvo, cité par Euronews FR, indique que la vente libre d’essence a presque disparu sur la péninsule : les carburants à haut indice d’octane ne sont distribués que sur présentation de coupons et de QR codes. Les files d’attente s’étirent sur des kilomètres, et les forces armées ainsi que les services municipaux bénéficient d’un accès prioritaire. Les livraisons de kérosène vers les aéroports de Simferopol et Djankoï sont régulièrement retardées, provoquant des annulations de vols et des transferts de stocks entre aéroports.

Dans les territoires occupés d’Ukraine, la situation est encore plus critique. Dans la région de Donetsk, de nombreuses stations-service n’ouvrent que quelques heures par jour, et certaines localités sont totalement privées de carburant. Dans les régions de Louhansk, Zaporijjia et Kherson, un plafond strict de 20 litres par personne a été instauré, paralysant les transports, l’agriculture et les services publics. Ces restrictions reflètent l’incapacité du système logistique russe à assurer des approvisionnements stables dans les zones occupées.

Des conséquences économiques qui s’étendent à tout le pays

Les répercussions de la pénurie de carburant se font déjà sentir dans l’ensemble de l’économie russe. Les entreprises de logistique et les chaînes de distribution font état d’une hausse de leurs coûts, tandis que les budgets régionaux doivent augmenter leurs subventions pour soutenir les services publics. L’agriculture, en pleine période de semis, subit un manque critique de gazole, menaçant les rendements. Les transports publics réduisent leurs trajets en raison de la flambée des dépenses en carburant, et les industriels de la Volga et de l’Oural signalent des arrêts de production et des retards de livraison de matières premières.

Cette crise met en lumière la vulnérabilité structurelle du système russe d’approvisionnement en carburant. Le secteur du raffinage, très centralisé, repose sur quelques grandes installations dont les dommages prennent des mois à réparer. La logistique, déjà fragilisée, peine à redistribuer les volumes restants, d’autant que les engagements à l’exportation limitent la capacité de réorienter les ressources vers le marché intérieur. La saison estivale, avec sa hausse de la demande, risque d’aggraver encore la situation.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer si les réparations des raffineries touchées permettront de stabiliser progressivement l’approvisionnement. Cependant, les experts s’attendent à ce que les pénuries persistent dans les régions éloignées, où la logistique est la plus fragile. Une réouverture partielle des frontières pour importer des carburants pourrait être envisagée, mais aucune annonce officielle n’a encore été faite à ce sujet. La situation dépendra également de l’intensité des frappes ukrainiennes dans les semaines à venir.

Cette crise illustre, une fois de plus, l’impact transversal des frappes contre les infrastructures russes. Au-delà de l’aspect militaire, ces opérations ont des conséquences économiques et sociales majeures, révélant les déséquilibres profonds du système russe d’approvisionnement en carburant. Pour l’Ukraine, ces frappes s’inscrivent dans une stratégie visant à affaiblir la capacité logistique de la Russie, tandis que pour Moscou, elles soulignent la difficulté à maintenir une économie fonctionnelle dans un contexte de guerre prolongée.

Le secteur russe du raffinage est extrêmement centralisé : quelques grandes raffineries approvisionnent d’immenses territoires. Les dommages causés aux unités de distillation primaire, composants les plus vulnérables, mettent les capacités hors service pour plusieurs mois. La logistique, déjà sous tension, ne parvient pas à compenser ces pertes, et les engagements russes à l’exportation réduisent encore la marge de manœuvre pour réorienter les ressources vers le marché intérieur.