Un amendement controversé a été adopté en commission sénatoriale, mercredi 17 juin 2026, réintroduisant par dérogation deux pesticides jugés dangereux. Selon Reporterre, cet amendement, porté par le sénateur Les Républicains Laurent Duplomb et deux autres élus, autorise à nouveau l’acétamipride et le flupyradifurone, deux substances dont la réutilisation avait été bloquée par le Conseil constitutionnel en août 2025.
Ce qu'il faut retenir
- Un amendement en commission sénatoriale, adopté le 17 juin 2026, réintroduit l’acétamipride et le flupyradifurone par dérogation.
- Ces deux pesticides avaient été interdits par le Conseil constitutionnel en août 2025, lors de l’examen de la loi Duplomb.
- L’amendement est porté par le sénateur Laurent Duplomb (LR) et deux autres élus, dans le cadre du projet de loi d’urgence agricole.
- L’acétamipride et le flupyradifurone sont des insecticides dont les risques sanitaires et environnementaux avaient conduit à leur interdiction.
L’examen du projet de loi d’urgence agricole a débuté mardi 16 juin, avec une première matinée consacrée à des amendements visant à assouplir l’usage de certains produits phytosanitaires. C’est dans ce cadre que trois sénateurs — dont Laurent Duplomb — ont fait voter une disposition exceptionnelle. « Cet amendement permet une réautorisation temporaire de ces deux substances », a confirmé Laurent Duplomb à Reporterre. L’acétamipride, un néonicotinoïde, et le flupyradifurone, un autre insecticide systémique, avaient été pointés du doigt pour leurs effets néfastes sur les pollinisateurs et la santé humaine.
En août 2025, le Conseil constitutionnel avait censuré leur réintroduction lors de l’adoption de la loi portant le nom du sénateur, dite « loi Duplomb ». À l’époque, les Sages avaient jugé que les dérogations prévues violaient le principe de précaution inscrit dans la Constitution. Pourtant, moins d’un an plus tard, cet amendement contourne cette décision en s’appuyant sur une procédure dérogatoire, au sein d’un texte d’urgence présenté comme nécessaire pour soutenir le secteur agricole.
Un contexte agricole sous tension
Le projet de loi d’urgence agricole, examiné en urgence par le Sénat, s’inscrit dans un débat récurrent sur la place des pesticides dans l’agriculture française. Les partisans de ces substances estiment qu’elles sont indispensables pour garantir les rendements face à la pression des ravageurs et aux aléas climatiques. « Sans ces outils, certains agriculteurs risquent de voir leurs cultures détruites », a argumenté Laurent Duplomb. De son côté, le gouvernement n’a pas encore pris position sur cet amendement, mais le texte doit désormais être discuté en séance plénière au Sénat.
Les associations environnementales et les scientifiques restent très critiques face à ce retour en arrière. Selon eux, les preuves des dangers de ces molécules sont accablantes. « L’acétamipride est un perturbateur endocrinien avéré et le flupyradifurone menace les abeilles », rappelle une experte en toxicologie citée par Reporterre. Ces produits, interdits dans plusieurs pays européens, avaient été partiellement bannis en France en 2018 avant leur réintroduction partielle sous pression des lobbies agricoles.
Quelles suites pour ce texte ?
L’adoption de cet amendement en commission n’est que la première étape d’un processus législatif qui s’annonce tendu. Le projet de loi doit encore être discuté en séance plénière au Sénat, probablement d’ici la fin du mois de juin. Si le texte est adopté sans modification, il sera ensuite transmis à l’Assemblée nationale, où d’autres débats sont attendus. « Rien n’est joué », tempère un conseiller parlementaire. « Les députés pourraient revenir sur cette disposition, notamment si l’opposition et une partie de la majorité s’y opposent. »
Dans le même temps, les opposants à cette mesure préparent déjà des recours. « Nous étudions toutes les voies juridiques pour contester cette décision », indique un porte-parole d’une ONG environnementale. De son côté, le ministère de l’Agriculture a indiqué qu’il « suivait de près » l’avancée du texte, sans préciser s’il comptait le soutenir ou le modifier.
Cette affaire illustre les tensions persistantes entre impératifs économiques et exigences sanitaires. Alors que l’Union européenne durcit progressivement ses règles sur les pesticides, la France semble osciller entre précaution et pragmatisme agricole.
Ces deux insecticides avaient été interdits par le Conseil constitutionnel en août 2025 car les dérogations prévues dans la « loi Duplomb » violaient le principe de précaution. Le Conseil avait jugé que les risques sanitaires et environnementaux — notamment pour les pollinisateurs — n’étaient pas suffisamment pris en compte.