Le premier ministre hongrois Péter Magyar a entamé ce mardi 19 mai une visite officielle de deux jours en Pologne, marquant une volonté de tourner la page de l’ère Viktor Orbán et de relancer la coopération au sein de l’Union européenne. Selon Le Figaro, cette tournée diplomatique, qui s’inscrit dans un contexte de rapprochement avec Bruxelles, vise également à renforcer les liens avec l’Autriche, où Magyar se rendra dès mercredi soir.
Ce qu'il faut retenir
- Péter Magyar entame une visite officielle en Pologne les 19 et 20 mai 2026, première étape d’un voyage visant à restaurer les relations diplomatiques après l’ère Orbán.
- La Hongrie propose de fusionner le groupe de Visegrad avec le format d’Austerlitz, une alliance incluant la Pologne, l’Autriche et d’autres pays d’Europe centrale.
- Budapest espère débloquer des milliards d’euros de fonds européens gelés en raison des atteintes à l’État de droit sous le gouvernement précédent.
- Les échanges commerciaux entre la Hongrie et la Pologne s’élèvent à 15 milliards d’euros, un montant que les entreprises locales souhaitent dynamiser.
- L’Autriche, deuxième investisseur en Hongrie après l’Allemagne avec plus de 11 milliards d’euros, pourrait renforcer sa coopération économique et migratoire avec Budapest.
Une visite symbolique pour marquer le début d’une nouvelle ère
Cette visite de Péter Magyar en Pologne s’inscrit dans une volonté de restaurer les relations diplomatiques mises à mal depuis l’invasion russe de l’Ukraine, notamment en raison de la proximité de l’ancien dirigeant hongrois, Viktor Orbán, avec Moscou. Selon les analystes, le nouveau premier ministre hongrois cherche à repositionner son pays au cœur de l’Europe centrale, après des années d’isolement relatif au sein de l’UE. « Les peuples d’Europe centrale sont plus forts ensemble que séparés », a-t-il déclaré la semaine dernière, soulignant l’importance d’une coopération renforcée entre les pays de la région.
Le vice-ministre polonais des Affaires étrangères, Ignacy Niemczycki, a évoqué une possible « nouvelle ère » de relations plus loyales entre Budapest et Varsovie. Péter Magyar, accompagné de six ministres dont sa ministre des Affaires étrangères Anita Orbán, doit rencontrer le président polonais Karol Nawrocki ainsi que le premier ministre Donald Tusk. Les observateurs soulignent que le modèle polonais, ayant permis le déblocage progressif des fonds européens gelés, pourrait inspirer la Hongrie dans ses négociations avec Bruxelles.
Un agenda chargé : rencontres politiques et symboles historiques
Avant d’arriver à Varsovie, Péter Magyar s’est rendu à Cracovie, où il a rencontré le nouvel archevêque Grzegorz Rys. Il se rendra ensuite à Gdańsk, dans le nord du pays, pour une visite symbolique au pied du monument dédié à Lech Wałęsa, prix Nobel de la paix et figure emblématique de la lutte pour la liberté en Pologne. Ces étapes illustrent la volonté du Premier ministre hongrois de s’inscrire dans une dynamique de dialogue et de réconciliation avec ses partenaires européens.
Sur le plan économique, Anna Wiśniewski, directrice de la chambre de commerce polono-hongroise, s’attend à un regain d’activité entre les deux pays. « Les échanges entre la Hongrie et la Pologne pourraient se dynamiser, car les entreprises comme les particuliers attendaient depuis longtemps ce moment pour coopérer à nouveau », a-t-elle indiqué à l’AFP. Les relations bilatérales, actuellement évaluées à 15 milliards d’euros, pourraient ainsi connaître une croissance significative dans les mois à venir.
L’Autriche, partenaire clé pour la Hongrie
Après la Pologne, Péter Magyar se rendra en Autriche, deuxième étape de son voyage. Les discussions porteront principalement sur la coopération économique et la politique migratoire, deux sujets sensibles pour Budapest. « J’aimerais renforcer les relations entre la Hongrie et l’Autriche pour des raisons historiques, culturelles et économiques », a déclaré le Premier ministre hongrois, faisant référence à l’héritage commun des deux pays au sein de l’Empire austro-hongrois. L’Autriche, qui représente déjà plus de 11 milliards d’euros d’investissements en Hongrie, pourrait voir ses ambitions stratégiques s’aligner sur celles de Budapest, notamment en matière de modernisation des infrastructures.
Ce déplacement sera également l’occasion de mettre en avant des projets financés par l’UE, comme la ligne à grande vitesse entre Cracovie et Varsovie. Péter Magyar a d’ailleurs choisi de se déplacer en partie en train, afin de souligner l’importance accordée par son gouvernement à la modernisation du réseau ferroviaire hongrois. Une priorité qui pourrait bénéficier de financements européens dans les prochains mois.
Un rapprochement stratégique avec Bruxelles en ligne de mire
Parallèlement à cette tournée, une délégation de la Commission européenne est attendue à Budapest cette semaine. Péter Magyar espère en profiter pour conclure un accord avec la présidente Ursula von der Leyen lors d’un déplacement à Bruxelles prévu la semaine du 25 mai. L’objectif est de récupérer les milliards d’euros de fonds européens gelés en raison des atteintes à l’État de droit sous le gouvernement Orbán. Ces fonds, estimés à plusieurs milliards, sont cruciaux pour la Hongrie, dont l’économie souffre d’un retard d’investissement dans les infrastructures et les services publics.
Sur le plan politique, la Hongrie tente de se repositionner comme un acteur modéré au sein de l’UE, après des années de tensions avec Bruxelles. La proposition de fusionner le groupe de Visegrad avec le format d’Austerlitz, évoquée par Péter Magyar début mai, pourrait permettre de créer un bloc plus cohérent au sein de l’Union. « Je pense que cela sera dans l’intérêt de chaque pays », a-t-il déclaré, ajoutant que cette alliance pourrait peser davantage sur la politique de distribution des fonds de cohésion par l’UE. Selon Piotr Buras, du centre de réflexion ECFR, la Pologne, traditionnellement tournée vers une « coopération nordique et balte », pourrait ainsi se réorienter vers le centre de l’Europe.
Dans ce contexte, la réussite de cette tournée diplomatique sera un indicateur clé de la capacité de la Hongrie à se réintégrer pleinement dans le jeu européen, après des années d’alignement controversé sur Moscou.
Sous Viktor Orbán, la Hongrie a été régulièrement critiquée par Bruxelles pour ses atteintes à l’État de droit et son alignement sur Moscou. Depuis l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar en mai 2026, Budapest tente de se repositionner comme un partenaire fiable, afin de débloquer les milliards d’euros de fonds européens gelés et relancer son économie. Ce rapprochement est également stratégique pour peser davantage au sein de l’Union.