Le port du Havre a récemment achevé la destruction de près de 38 000 paires de baskets de contrefaçon, saisies il y a quinze ans en provenance de Chine. Cette opération, qualifiée d’« exceptionnelle » par les douanes, marque l’épilogue d’une procédure judiciaire complexe et illustre l’ampleur du phénomène de contrefaçon dans les grands ports français. Selon BFM Business, les douaniers du Havre ont intercepté en 2025 un total de 1,2 million de produits contrefaits, parmi lesquels des chaussures, des jouets et même des produits d’hygiène.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2025, les douanes du Havre ont saisi 1,2 million de produits de contrefaçon, un record pour ce port.
  • Parmi les saisies figuraient 38 000 paires de baskets interceptées en 2011 et récemment détruites.
  • Les douaniers ont également saisi 118 000 sabots en plastique (fausses Crocs), 95 000 jouets (imitations de Lego) et 50 000 casse-têtes (type Rubik’s Cube).
  • Un importateur français a été condamné à 1,56 million d’euros d’amende et trois ans de prison pour l’importation de ces baskets contrefaites.
  • La contrefaçon touche désormais tous les secteurs, des produits de luxe aux produits du quotidien comme les dentifrices ou les brosses à dents.

Silvana, responsable des marchandises saisies au Havre, a détaillé le processus de destruction lors d’une opération organisée le 3 juin 2026. Dans un entrepôt tenu secret aux portes du port, les douaniers ont comptabilisé les palettes filmées de plastique noir contenant les chaussures avant leur broyage. « On a des saisies pratiquement tous les jours, des contrefaçons, du tabac, de la non-conformité. Pour les contrefaçons, c’est beaucoup de chaussures, du textile, des jouets mais tout, absolument tout, peut être contrefait, même des pièces automobiles », a-t-elle expliqué. Les produits interceptés sont systématiquement détruits, car leur réexpédition ou leur remise sur le marché est interdite.

Parmi les saisies les plus marquantes de 2025 au Havre figurent également des produits variés, allant des fausses Crocs aux imitations de jouets Lego, en passant par des casse-têtes en forme de cube. Anthony, inspecteur des douanes, a souligné l’évolution des méthodes des contrefacteurs : « Tant que ça peut être produit à bas coût et par son aspect revendu à un coût nettement supérieur, voire proche du produit authentique, ce sera contrefait. Traditionnellement, on a le luxe, les articles de sport mais aussi les nouvelles technologies, des brevets, des espèces végétales. » Il a cité en exemple des savons, des dentifrices et des brosses à dents contrefaits, démontrant que le phénomène touche désormais des produits du quotidien.

L’affaire des baskets contrefaites, saisies en 2011, a donné lieu à une longue procédure judiciaire. À l’époque, trois conteneurs en provenance de Chine contenaient 37 800 paires de baskets, pour une valeur marchande estimée à 2 millions d’euros. L’importateur, un Français, a été définitivement condamné en décembre 2025 par la Cour de cassation à 1,56 million d’euros d’amende douanière, 260 000 euros de blanchiment douanier et trois ans de prison, dont deux avec sursis. « Je n’ai jamais vu à mon niveau des résultats aussi importants en termes de sanctions judiciaires. Des peines de prison, des amendes super élevées, du blanchiment douanier qui a été reconnu. On a mis le paquet sur cette accusation. C’est assez exceptionnel », s’est félicité Anthony, présent lors de la destruction.

La destruction des produits contrefaits s’est déroulée sous contrat avec les douanes, dans un centre spécialisé. Deux grues mobiles ont utilisé un grappin pour écraser les baskets avant de les déposer dans une broyeuse. Les déchets seront ensuite incinérés, conformément à la réglementation. « Les marchandises de contrefaçon sont des prohibitions à titre absolu et il n’est pas question ni de les renvoyer dans le pays de production, ni de les remettre sur le marché », a rappelé Anthony. Cette procédure s’applique à l’ensemble des produits saisis, quels que soient leur nature ou leur valeur.

Un phénomène en expansion à l’échelle mondiale

Selon l’Union des Fabricants (Unifab), 21,47 millions de produits de contrefaçon ont été saisis en France en 2024, pour une valeur estimée à 645,2 millions d’euros. Valérie Brochet, cheffe de la section politique commerciale à la direction générale des douanes, a souligné la gravité du phénomène : « La contrefaçon est un phénomène massif, aujourd’hui à l’échelle mondiale et en forte extension ces dernières années. » Elle a ajouté que « les contrefacteurs s’intéressent à des objets désirés par les consommateurs », rappelant que ce trafic est de plus en plus lié à la grande criminalité organisée.

Un rapport conjoint de l’OCDE et de l’EUIPO (Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle) révèle que les biens de contrefaçon ont représenté 467 milliards de dollars des échanges mondiaux en 2021, soit 2,3 % des importations mondiales. Valérie Brochet a insisté sur les dangers de ce trafic : « La contrefaçon est dangereuse pour l’économie, pour les entreprises, pour l’État et même pour l’ensemble des citoyens, car elle est de plus en plus liée à ce qu’on appelle la poly-criminalité. » Elle a évoqué une « porosité croissante entre les différents types de criminalités » et l’implication de réseaux organisés dans ce trafic très lucratif.

Des sanctions judiciaires renforcées pour lutter contre le phénomène

Les douanes françaises ont intensifié leurs efforts pour lutter contre la contrefaçon, avec des saisies record et des condamnations exemplaires. Anthony a confirmé que les peines encourues incluent désormais des amendes élevées et des peines de prison, comme dans l’affaire des baskets du Havre. « On a mis le paquet sur cette accusation », a-t-il déclaré, soulignant que ces sanctions visent à dissuader les contrefacteurs et à protéger l’économie légale.

Malgré ces avancées, le phénomène persiste et s’adapte aux nouvelles tendances. Les douaniers du Havre continuent de multiplier les saisies, avec des opérations quasi quotidiennes. Silvana a confirmé que les chaussures, le textile et les jouets restent les produits les plus contrefaits, mais que « tout peut être imité », y compris des pièces automobiles ou des produits d’hygiène.

Et maintenant ?

Les douanes françaises pourraient renforcer encore leurs contrôles dans les mois à venir, en ciblant notamment les conteneurs en provenance de pays à risque. Une réunion est prévue en septembre 2026 avec les acteurs de la lutte anti-contrefaçon pour évaluer l’efficacité des mesures actuelles et ajuster les stratégies. Les professionnels du secteur appellent également à une meilleure sensibilisation des consommateurs, souvent attirés par des prix attractifs sans mesurer les risques liés à l’achat de produits contrefaits.

Ce phénomène, en constante évolution, nécessite une réponse coordonnée entre les autorités douanières, les entreprises et les consommateurs pour limiter son expansion et protéger l’économie légale.

Les produits contrefaits présentent plusieurs risques : risques sanitaires (produits non conformes aux normes, contenant des substances dangereuses), risques économiques (perte de revenus pour les entreprises légales, fraude fiscale) et risques juridiques (saisie, amendes). Certains produits, comme les jouets ou les cosmétiques, peuvent mettre en danger la santé des utilisateurs.

Les douanes utilisent plusieurs méthodes : contrôles aléatoires ou ciblés, analyse des documents d’accompagnement, comparaison avec des bases de données de produits authentiques, et parfois inspection visuelle ou technique. Les nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, sont également de plus en plus utilisées pour repérer les contrefaçons.