La question des conditions carcérales dans l’Union européenne s’impose comme un défi croissant. Selon Euronews FR, le nombre de détenus a progressé de 2 % en 2024 par rapport à 2023, alimentant les tensions autour de la surpopulation et des mauvaises conditions de détention. Les rapports récents du Comité pour la prévention de la torture (CPT) du Conseil de l’Europe, ainsi que les mouvements de protestation dans plusieurs pays, confirment l’ampleur des dysfonctionnements persistants dans les systèmes pénitentiaires européens.
Ce qu'il faut retenir
- En 2024, l’UE comptait un prisonnier pour 883 habitants, avec des taux de détention particulièrement élevés en Hongrie, Pologne, Lettonie et République tchèque.
- Seul un détenu adulte sur cinq dans l’UE est étranger, et seulement un sur 18 est une femme.
- Les pays les moins touchés par la surpopulation sont la Finlande, les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne.
- En Grèce, des conditions décrites comme « totalement inadaptées » ont conduit le CPT à qualifier certains établissements de « traitements inhumains et dégradants ».
- Au Portugal, 230 détenus de la prison de Lisbonne ont manifesté début mai pour protester contre l’insalubrité des locaux.
- En Belgique, où les prisons accueillent 13 733 détenus pour une capacité officielle de 11 064 places, le personnel pénitentiaire a déclenché une grève nationale le 11 mai.
Une augmentation généralisée de la population carcérale
Les chiffres d’Eurostat, publiés début 2025, révèlent une tendance lourde : la population carcérale dans l’UE a crû de 2 % en un an, passant à un ratio d’un prisonnier pour 883 habitants. Cette hausse s’accompagne d’une progression parallèle des effectifs policiers et pénitentiaires, mais sans améliorer significativement les conditions de détention. En effet, le ratio entre le nombre de détenus et le personnel pénitentiaire reste stable depuis 2022, à 1,9 prisonnier par agent, malgré l’embauche de 1,9 million de policiers dans l’UE depuis 2015.
Parmi les États membres, quatre se distinguent par des taux de détention particulièrement élevés : la Hongrie, la Pologne, la Lettonie et la République tchèque. À l’inverse, la Finlande, les Pays-Bas, le Danemark et l’Allemagne affichent les taux les plus bas, illustrant des approches contrastées en matière de politique pénale.
Des disparités marquées entre les pays membres
Les écarts entre les systèmes pénitentiaires européens sont patents. D’un côté, 13 pays ont signalé des cellules surpeuplées en 2024, tandis que 14 autres comptaient des « cellules vides ». Les taux de surpopulation les plus critiques ont été enregistrés à Chypre, en Slovénie et en France, où les établissements sont souvent saturés. De l’autre, l’Estonie, la Lituanie et le Luxembourg parviennent à maintenir des taux de remplissage optimaux.
Ces différences s’expliquent en partie par des législations divergentes, mais aussi par des réalités budgétaires et sociales. Certains pays, comme la Grèce, paient le prix fort d’un système carcéral sous-financé. Une visite du CPT en janvier 2025 a révélé des conditions « surpeuplées » et « totalement inadaptées » dans plusieurs établissements grecs, qualifiées de « traitements inhumains et dégradants » dans le rapport rendu public en mars 2025.
« Le surpeuplement nuit gravement aux conditions de vie de la population carcérale et aux efforts de réinsertion des administrations pénitentiaires. »
— Marcelo Aebi, chef de l’équipe de recherche SPACE de l’Université de Lausanne, dans un communiqué adressé au Conseil de l’Europe
Des conditions de détention souvent indignes
Le rapport du CPT sur la Grèce détaille un tableau alarmant : cellules et dortoirs infestés de punaises de lit et de cafards, humidité persistante, moisissures, fuites au plafond, installations sanitaires régulièrement hors service. L’accès à l’eau chaude et au chauffage y est également insuffisant, aggravant les risques pour la santé des détenus. Ces constats rejoignent ceux établis dans d’autres pays, comme le Portugal, où 230 prisonniers de l’établissement de Lisbonne ont entamé une grève de la faim début mai 2026 pour dénoncer l’insalubrité des locaux. Refusant de regagner leurs cellules, ils exigeaient un entretien avec la direction, avant que l’intervention des forces de l’ordre ne rétablisse l’ordre.
La Belgique, confrontée à une situation similaire, a vu son personnel pénitentiaire se mettre en grève le 11 mai 2026. Avec 13 733 détenus pour seulement 11 064 places officielles, 754 prisonniers dorment sur des matelas posés à même le sol. Les revendications portaient sur la surpopulation, la montée de la violence et la charge de travail excessive, jugée ingérable par les agents.
Une crise structurelle qui dépasse les frontières
Si la Grèce et la Belgique cristallisent l’attention médiatique en raison de leurs mobilisations récentes, le phénomène touche l’ensemble de l’UE. Les plaintes relatives aux conditions de détention se multiplient, alimentées par des rapports d’organisations internationales et des témoignages de détenus. Les causes sont multiples : budgets insuffisants, manque de places, vétusté des infrastructures, mais aussi politiques pénales plus répressives dans certains États.
Les experts soulignent que ces dysfonctionnements ont des répercussions directes sur la réinsertion des détenus. Les programmes de formation et de travail, essentiels pour préparer leur retour à la société, sont régulièrement compromis par le manque d’espace et de moyens. Le CPT rappelle que les conditions de détention « inadaptées » sapent les efforts de réinsertion, créant un cercle vicieux où la récidive devient plus probable.
Les prochains mois seront donc décisifs pour évaluer si les alertes répétées des organisations de défense des droits humains et des professionnels du secteur aboutiront à des réformes concrètes. En attendant, des milliers de détenus en Europe continuent de subir au quotidien les conséquences d’un système à bout de souffle.
Les taux de surpopulation les plus élevés en 2024 ont été observés à Chypre, en Slovénie et en France. En 2026, ces pays restent parmi les plus concernés, bien que les données consolidées ne soient pas encore disponibles. La Hongrie, la Pologne et la Lettonie affichent également des ratios de détention parmi les plus élevés de l’UE.
Les agents pénitentiaires belges réclament une amélioration des conditions de travail, liée à la surpopulation carcérale, à la montée de la violence en prison et à une charge de travail jugée ingérable. Leur grève nationale du 11 mai 2026 visait à alerter sur l’urgence de la situation.