Les prix de la mémoire vive (RAM) connaissent une hausse significative depuis plusieurs mois, et l’essor de l’intelligence artificielle pourrait en être la principale cause. Aux États-Unis, une action collective en justice a été déposée contre les trois principaux fabricants mondiaux de DRAM – Samsung, SK Hynix et Micron – accusés d’avoir artificiellement limité l’offre de mémoire classique tout en privilégiant la production de HBM (High Bandwidth Memory), très prisée par les centres de données.

Selon Journal du Geek, cette plainte collective, déposée devant un tribunal fédéral, reproche aux trois géants d’avoir orchestré une pénurie délibérée de mémoire DDR4 et DDR5, deux technologies essentielles pour les ordinateurs et les serveurs grand public. Dans le même temps, les trois fabricants auraient concentré leurs capacités industrielles sur la production de HBM, une mémoire ultra-rapide spécifiquement conçue pour les infrastructures dédiées à l’IA.

Ce qu'il faut retenir

  • Une action collective a été engagée aux États-Unis contre Samsung, SK Hynix et Micron, les trois leaders mondiaux de la mémoire vive.
  • Les plaignants accusent les trois entreprises d’avoir organisé une rareté artificielle de la mémoire classique (DDR4/DDR5).
  • En parallèle, les fabricants auraient privilégié la production de HBM, réservée aux centres de données et aux applications d’IA.
  • La plainte cible un marché en forte tension, où les prix de la RAM ont augmenté de plus de 40 % depuis le début de l’année 2026.
  • Les centres de données, en pleine expansion pour répondre à la demande en IA, seraient les principaux lésés par cette stratégie.

Une stratégie commerciale sous le feu des projecteurs

Les trois fabricants de mémoire sont des acteurs incontournables du marché de la DRAM, avec une part de marché combinée estimée à plus de 90 % selon les analystes. Leur position dominante leur permet de contrôler étroitement l’offre, surtout dans un contexte où la demande explose, portée par l’essor des applications d’intelligence artificielle. Samsung, leader du secteur, avait annoncé en janvier 2026 une augmentation de ses investissements dans la HBM, tout en réduisant ses capacités de production pour les mémoires DDR classiques.

D’après Journal du Geek, cette réorientation industrielle aurait été justifiée par les marges plus élevées réalisées sur la HBM, vendue jusqu’à cinq fois plus cher que la mémoire classique. Pourtant, les consommateurs et les entreprises non spécialisées en IA subissent de plein fouet cette pénurie relative, avec des prix qui flambent. «

Les fabricants ont délibérément sacrifié une partie du marché pour maximiser leurs profits, au détriment des utilisateurs finaux », a déclaré un porte-parole des plaignants, cité par Journal du Geek.

Un marché en ébullition, des conséquences multiples

Les prix de la RAM ont atteint des niveaux records en 2026. Par exemple, un module de 16 Go de DDR5, vendu autour de 60 euros en 2023, coûte désormais plus de 120 euros, soit une hausse de plus de 100 %. Cette inflation touche particulièrement les assembleurs de PC, les gamers et les entreprises qui dépendent de serveurs traditionnels. À l’inverse, la HBM, réservée aux data centers, voit ses prix exploser : une puce de 12 couches, utilisée dans les serveurs NVIDIA H100, se négocie désormais à plus de 3 000 dollars, contre 2 000 dollars en 2024.

Le marché de la DRAM est structurellement tendu depuis plusieurs années, en raison des cycles de production longs et des coûts d’investissement élevés. Cependant, la situation s’est aggravée avec l’engouement pour l’IA générative, qui nécessite des mémoires à très haute bande passante. Les trois fabricants ciblés par la plainte ont tous confirmé en 2026 qu’ils orientaient une part croissante de leur production vers la HBM, sans pour autant augmenter significativement leurs capacités globales de fabrication.

Et maintenant ?

La plainte collective, déposée devant un tribunal fédéral de San Francisco, pourrait prendre plusieurs mois avant d’aboutir. Les plaignants réclament des dommages et intérêts, ainsi qu’une obligation pour les trois fabricants de rééquilibrer leur production en faveur de la mémoire classique. Une audience préliminaire est prévue pour le 15 septembre 2026, date à laquelle le juge devra se prononcer sur la recevabilité de l’action.

Dans l’immédiat, les analystes s’attendent à ce que les prix de la RAM restent élevés jusqu’à ce que de nouvelles capacités de production soient mises en service, probablement pas avant fin 2027. Les consommateurs, eux, pourraient devoir patienter ou se tourner vers des alternatives, comme la mémoire LPDDR5, moins performante mais plus abordable.

Pour les entreprises spécialisées dans l’IA, la situation reste favorable : elles bénéficient d’un accès prioritaire aux mémoires HBM, malgré leur coût prohibitif. En revanche, les particuliers et les PME subissent de plein fouet cette crise, avec des délais de livraison qui s’allongent et des prix qui grimpent. Une chose est sûre : tant que la demande en IA ne ralentira pas, le marché de la mémoire vive restera sous haute tension.

La HBM (High Bandwidth Memory) est une mémoire ultra-rapide conçue pour les centres de données et les applications d’IA. Elle offre une bande passante bien supérieure à celle de la DDR classique, ce qui la rend indispensable pour les processeurs graphiques (GPU) utilisés en calcul intensif. Sa production est complexe et coûteuse, car elle nécessite des wafers de silicium de très haute qualité et des procédés de fabrication avancés. En 2026, la demande pour cette technologie a explosé avec l’essor de l’IA générative, poussant les prix à la hausse.