Alors que les États-Unis et plusieurs pays européens multiplient les recours juridiques contre les géants des réseaux sociaux, une série de procédures judiciaires vise désormais Meta et TikTok pour leur responsabilité présumée dans des cas de suicide et d’automutilation chez les mineurs. Selon Euronews FR, ces actions s’inscrivent dans un contexte où les algorithmes des plateformes sont accusés de favoriser des contenus dangereux pour les jeunes utilisateurs.
Ce qu'il faut retenir
- Une action collective en Italie demande à TikTok et Meta d’instaurer des vérifications d’âge plus strictes pour les moins de 14 ans et de retirer les contenus manipulatoires.
- En France, le collectif Algos Victima a porté plainte contre TikTok pour deux suicides liés à l’exposition à des contenus nocifs, avec désormais 16 familles représentées.
- Au Royaume-Uni, la famille d’un adolescent écossais s’est jointe à une action aux États-Unis contre Meta pour « décès injustifié », accusant l’entreprise d’avoir ignoré des alertes internes.
- Un juge californien a refusé en juin 2026 un nouveau procès pour Meta et Google dans une affaire où les deux entreprises ont été condamnées à verser 6 millions de dollars à un ancien jeune utilisateur.
- Les procédures en Europe visent notamment la conception addictive des plateformes, la sécurité des enfants et la manipulation algorithmique.
L’Italie en première ligne avec une action collective inédite
L’Italie fait figure de précurseur en Europe avec une action collective engagée en début d’année devant le tribunal de Milan. Portée par l’association de défense des droits MOIGE, cette plainte vise à contraindre TikTok et Meta — maison mère de Facebook et Instagram — à renforcer les systèmes de vérification d’âge pour les moins de 14 ans. Euronews FR souligne que les plaignants exigent également une transparence accrue sur le fonctionnement des algorithmes et le retrait de tout contenu susceptible de manipulation.
Selon les avocats du cabinet MOIGE, Meta et TikTok auraient « tenté de minimiser la portée scientifique » des éléments produits par les familles, qui, selon eux, démontrent que les deux entreprises avaient déjà conscience des risques encourus par les jeunes utilisateurs. Lors de la première audience en mai 2026, les deux géants technologiques ont contesté la compétence des tribunaux italiens. La prochaine audience est prévue le 30 juin 2026, avec une clôture fixée au 19 novembre 2026, soit la veille de la Journée internationale des droits de l’enfant.
En France, TikTok visé pour deux suicides et des dizaines de familles touchées
En 2024, le collectif Algos Victima a déposé plainte contre TikTok pour avoir exposé des adolescents à des contenus favorisant l’automutilation, les troubles alimentaires et le suicide. L’algorithme de la plateforme est spécifiquement mis en cause pour avoir amplifié la diffusion de ces contenus auprès de mineurs. Euronews FR rapporte qu’en novembre 2025, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire afin d’évaluer si TikTok a exposé des jeunes à des contenus liés au suicide et mis en danger des utilisateurs vulnérables.
Les chefs d’accusation pourraient inclure la promotion de contenus suicidaires ainsi que la collecte illégale de données personnelles, selon les autorités françaises. En mai 2026, le collectif a élargi sa plainte pour y ajouter le chef d’« abus de faiblesse », portant désormais à 16 le nombre de familles représentées. Cinq d’entre elles pleurent le suicide de leur fille, tandis que les autres jeunes concernés souffrent de dépression, de troubles alimentaires ou d’idées suicidaires en lien avec les contenus visionnés. Aucune date d’audience publique n’a encore été annoncée à ce jour.
Au Royaume-Uni et aux États-Unis, des familles se battent pour la justice
Le Royaume-Uni n’est pas épargné par cette vague de recours. La famille de Murray Dowey, un adolescent écossais de 16 ans qui s’est suicidé en décembre 2023 après avoir été piégé par un inconnu sur Instagram, s’est jointe à une action en justice aux États-Unis. Selon Euronews FR, cette plainte, déposée dans le Delaware contre Meta, accuse l’entreprise de « décès injustifié » en raison de choix délibérés de conception ayant exposé des mineurs à des risques. Le Social Media Victims Centre, à l’origine de cette action, affirme que Meta était au courant depuis 2019 d’une faille permettant à des adultes de contacter directement des enfants via la plateforme.
L’organisation souligne que l’entreprise a ignoré des recommandations visant à rendre par défaut les comptes des adolescents privés, une mesure qui, selon elle, aurait permis d’éviter environ 5,4 millions de messages privés à caractère potentiellement dangereux. Cette affaire rejoint un contexte plus large aux États-Unis, où les procédures contre les réseaux sociaux se multiplient, avec des condamnations déjà prononcées, comme celle imposant à Meta et Google le versement de 5,17 millions d’euros à un ancien jeune utilisateur.
Des procédures qui reflètent les débats européens sur la régulation des réseaux sociaux
Ces actions judiciaires surviennent alors que plusieurs pays européens débattent de l’opportunité de restreindre l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans. Aux Pays-Bas et en Allemagne, d’autres plaintes visent les mécanismes de manipulation, la conception addictive des plateformes et les lacunes en matière de protection des enfants. Euronews FR rappelle que ces recours s’inscrivent dans une dynamique globale, avec des condamnations déjà enregistrées aux États-Unis et une attention accrue portée aux algorithmes et à leur impact sur la santé mentale des jeunes.
En France, les autorités ont d’ailleurs indiqué que l’enquête ouverte contre TikTok pourrait servir de précédent pour d’éventuelles futures actions contre d’autres plateformes. Les familles, elles, espèrent que ces procédures permettront d’obtenir des changements structurels, comme une meilleure modération des contenus ou des paramètres par défaut plus protecteurs pour les mineurs.
Ces affaires soulèvent une question centrale : dans quelle mesure les algorithmes des réseaux sociaux doivent-ils être tenus responsables des dommages causés à leurs utilisateurs les plus vulnérables ? La réponse, qu’elle vienne des tribunaux ou des législateurs, pourrait redéfinir les règles du jeu pour l’ensemble du secteur.
Les procédures visent TikTok et Meta en raison de leur popularité auprès des mineurs et des algorithmes qu’ils utilisent, accusés d’amplifier des contenus dangereux comme ceux liés à l’automutilation ou au suicide. Selon les plaignants, ces plateformes n’auraient pas pris les mesures suffisantes pour protéger les jeunes utilisateurs malgré des alertes répétées.