C’est une étape déterminante pour les victimes de la répression syrienne : à partir de ce lundi 8 juin 2026, les témoignages des personnes torturées entre 2011 et 2013 sous le régime de Bachar al-Assad sont recueillis à Vienne, dans le cadre du procès de deux anciens responsables de l’appareil sécuritaire syrien. Selon RFI, ce procès historique s’ouvre après des années de procédures judiciaires engagées sur le fondement du principe de compétence universelle, permettant à l’Autriche de juger des crimes commis à l’étranger.
Les deux accusés, un ancien général et un ancien policier syriens, sont poursuivis pour torture et crimes contre l’humanité commis contre des civils emprisonnés à Raqqa, ville alors sous contrôle des forces pro-gouvernementales. Leur audience a débuté le 1er juin, mais c’est aujourd’hui que les victimes, enfin entendues, pourront raconter leur calvaire. Parmi elles figure Ahmad, dont le témoignage a été recueilli par RFI à Vienne avant l’audience.
Ce qu'il faut retenir
- Deux anciens responsables syriens jugés pour torture et crimes contre l’humanité entre 2011 et 2013
- Procès ouvert le 1er juin 2026 en Autriche, pays appliquant le principe de compétence universelle
- Les victimes, dont Ahmad, témoignent à partir d’aujourd’hui, 8 juin
- Les faits reprochés concernent des actes commis à Raqqa, sous contrôle des forces syriennes
- Le procès s’inscrit dans une dynamique de justice internationale face à la répression en Syrie
Un procès historique sur le fondement du droit international
Ce procès en Autriche marque une avancée significative dans la lutte contre l’impunité des crimes de guerre. D’après RFI, les deux accusés, dont les identités n’ont pas été divulguées dans l’immédiat, sont poursuivis pour leur rôle dans l’appareil sécuritaire syrien à une époque où la répression des manifestations pacifiques s’intensifiait. Leur inculpation repose sur des faits documentés par des organisations de défense des droits humains, ainsi que sur des témoignages recueillis auprès de rescapés.
L’Autriche, comme plusieurs autres pays européens, a choisi d’appliquer le principe de compétence universelle, permettant de juger des crimes graves commis à l’étranger si les auteurs se trouvent sur son territoire. Cette approche, bien que critiquée par certains États pour son caractère extraterritorial, s’est imposée comme un outil clé dans la quête de justice pour les victimes des conflits syriens.
Les victimes, enfin au cœur de la procédure judiciaire
À partir d’aujourd’hui, les victimes de torture vont pouvoir s’exprimer directement devant la justice autrichienne. Selon RFI, Ahmad, dont le prénom est protégé pour des raisons de sécurité, a accepté de témoigner après des années de silence. Son récit, recueilli en amont de l’audience, décrit les conditions inhumaines de détention à Raqqa, où il affirme avoir été torturé à plusieurs reprises par les forces syriennes.
« Ils voulaient nous briser », a-t-il déclaré à RFI. « Les interrogatoires duraient des heures, les coups pleuvaient. Certains ne sont jamais ressortis. » Son témoignage, comme ceux d’autres rescapés, pourrait jouer un rôle clé dans la qualification des faits reprochés aux accusés. Ces auditions, prévues sur plusieurs semaines, devraient également permettre de recueillir des preuves supplémentaires pour étayer l’accusation.
Un enjeu de justice internationale face à l’impunité en Syrie
Ce procès s’inscrit dans un contexte plus large de tentatives de rendre justice aux victimes de la guerre en Syrie, où des milliers de personnes ont été arbitrairement arrêtées, torturées ou exécutées depuis 2011. Comme le rappelle RFI, plusieurs enquêtes et procès similaires ont été menés en Europe, notamment en Allemagne et en France, mais celui de Vienne est l’un des premiers à se concentrer spécifiquement sur des responsables de l’appareil sécuritaire syrien.
Pour les associations de défense des droits humains, ces procédures judiciaires, bien que longues, envoient un message fort aux responsables encore en liberté. « Chaque procès est une victoire pour les victimes, mais aussi un rappel que la justice internationale peut, un jour, les rattraper », a souligné une représentante d’Amnesty International à RFI. Pourtant, le chemin reste semé d’embûches : la Syrie, toujours dirigée par Bachar al-Assad, refuse toute coopération avec les tribunaux étrangers.
Ce procès en Autriche rappelle que, malgré les obstacles, la quête de justice pour les victimes des conflits syriens se poursuit, année après année. Alors que la communauté internationale peine à trouver une solution politique au conflit, les tribunaux européens offrent une lueur d’espoir pour ceux qui refusent d’oublier.
L’Autriche applique le principe de compétence universelle, qui permet de juger des crimes graves commis à l’étranger si les auteurs se trouvent sur son territoire. Ce principe, reconnu par le droit international, vise à lutter contre l’impunité lorsque les systèmes judiciaires locaux sont défaillants ou complaisants, comme c’est le cas en Syrie, où le régime de Bachar al-Assad refuse toute coopération avec la justice internationale.