La Cour de cassation française examinera, mardi 16 juin 2026, l’affaire de Tran To Nga, une Franco-Vietnamienne contaminée par l’agent orange, un défoliant toxique utilisé pendant la guerre du Vietnam. À l’issue de ce procès, les juges devront trancher une ultime fois sur la responsabilité de 26 entreprises américaines, dont le géant Monsanto, accusées d’avoir produit et commercialisé ce produit chimique dévastateur. Ouest France révèle que cette audience marque la dernière chance pour la plaignante d’obtenir réparation.
Ce qu'il faut retenir
- Tran To Nga, 80 ans, est une ancienne journaliste franco-vietnamienne victime de l’agent orange, un défoliant utilisé par l’armée américaine entre 1961 et 1971 au Vietnam.
- Elle accuse 26 entreprises américaines, dont Monsanto, d’avoir produit et distribué ce produit chimique, causant des maladies graves et des malformations congénitales.
- La Cour de cassation examine son recours en ultime instance, mardi 16 juin 2026, après des années de procédures judiciaires en France.
- L’agent orange contient de la dioxine TCDD, un composé hautement toxique responsable de cancers, de maladies cutanées et de handicaps chez les descendants des victimes.
- Ce procès est le dernier recours pour Tran To Nga, dont les précédentes actions en justice ont été rejetées par des tribunaux français et américains.
Une vie marquée par les séquelles de la guerre
Tran To Nga, née en 1945, a vécu une partie de son enfance et de son adolescence au Vietnam pendant le conflit. Elle fut exposée à l’agent orange en 1966, lors d’une opération de défoliation menée par l’armée américaine. Comme des centaines de milliers d’autres Vietnamiens, elle a développé des problèmes de santé chroniques, parmi lesquels des cancers multiples, des maladies dermatologiques et des troubles neurologiques. Ces séquelles, ainsi que les malformations congénitales touchant plusieurs de ses enfants, l’ont poussée à engager des poursuites contre les fabricants du produit.
Selon Ouest France, Tran To Nga a déjà obtenu gain de cause devant un tribunal français en première instance en 2021, avant que sa victoire ne soit annulée en appel deux ans plus tard. Ce nouveau procès en Cour de cassation représente donc son ultime espoir de voir reconnue la responsabilité des entreprises américaines.
Les entreprises américaines dans le viseur
Parmi les 26 entreprises américaines poursuivies, figurent des géants de l’industrie chimique comme Monsanto, aujourd’hui intégré au groupe Bayer. Ces entreprises ont produit l’agent orange pour l’armée américaine, qui l’a utilisé massivement pendant la guerre du Vietnam. L’agent orange était composé d’un mélange de herbicides, dont la dioxine TCDD, reconnue comme un cancérogène avéré.
Les plaignants, dont Tran To Nga, estiment que ces entreprises connaissaient les risques liés à leur produit et auraient dû prendre des mesures pour protéger les populations civiles. Les avocats de la plaignante ont souligné à plusieurs reprises que « les preuves scientifiques et historiques confirment le lien entre l’exposition à l’agent orange et les maladies dont souffrent les victimes vietnamiennes et leurs descendants », comme l’a rappelé Ouest France.
Un enjeu juridique et historique
Ce procès dépasse le cadre individuel de Tran To Nga. Il s’inscrit dans une série de contentieux internationaux visant à obtenir réparation pour les victimes de l’agent orange. Jusqu’à présent, les tribunaux américains ont systématiquement rejeté les plaintes des victimes vietnamiennes, invoquant notamment l’immunité des entreprises et l’absence de preuves suffisantes. En France, les procédures ont été plus ouvertes, mais les recours en appel ont souvent tourné au désavantage des plaignants.
Pour Tran To Nga et ses soutiens, ce procès est aussi un combat pour la mémoire des victimes vietnamiennes. Entre 4,8 et 8 millions de Vietnamiens, selon les estimations, ont été exposés à l’agent orange, et des centaines de milliers en portent encore aujourd’hui les séquelles. « Il ne s’agit pas seulement d’une question d’argent, mais de reconnaissance et de justice », a déclaré Tran To Nga lors d’une conférence de presse en 2024.
Quelle que soit l’issue de ce procès, il rappelle l’importance de la lutte pour la reconnaissance des crimes environnementaux et sanitaires liés aux conflits armés. Les victimes de l’agent orange, qu’elles soient vietnamiennes, américaines ou françaises, attendent depuis des décennies une réponse claire des entreprises et des États impliqués.
Les tribunaux américains ont systématiquement rejeté les plaintes des victimes vietnamiennes, invoquant l’immunité des entreprises et la difficulté à prouver un lien direct entre l’exposition à l’agent orange et les maladies. En France, les procédures ont été plus ouvertes, mais les recours en appel ont souvent abouti à des rejets, comme dans le cas de Tran To Nga en 2023.