Selon Euronews FR, les géants pétroliers européens enregistrent des bénéfices records au premier trimestre 2026, dopés par la flambée des prix de l’énergie consécutive aux tensions liées à la guerre impliquant l’Iran. Face à ces résultats exceptionnels, plusieurs pays européens réclament désormais l’instauration d’une taxe sur les superprofits des énergéticiens, à l’instar des mesures adoptées après l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.
Ce qu'il faut retenir
- Shell affiche un bénéfice en hausse de 24 % au premier trimestre 2026, tandis que BP annonce également des profits en progression.
- TotalEnergies enregistre une augmentation de 51 % de son bénéfice net, atteignant 5,8 milliards de dollars sur la même période.
- Les analystes estiment que les six principales compagnies mondiales d’énergies fossiles — dont Chevron, ExxonMobil et TotalEnergies — devraient engranger 37 millions de dollars par jour de plus en 2026 qu’en 2025, selon Oxfam.
- L’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, l’Italie et le Portugal ont demandé à la Commission européenne d’instaurer un prélèvement européen sur les profits exceptionnels des groupes énergétiques.
- Le Brent, référence mondiale, a atteint 126 dollars le baril en mars 2026, contre environ 70 dollars avant le début du conflit en Iran.
- En France, des députés socialistes et écologistes ont déposé une proposition de loi visant à taxer les superprofits des énergéticiens, tandis que le gouvernement évoque une possible mesure « exceptionnelle ».
- Le président Emmanuel Macron a appelé à une réponse européenne face aux « profits excessifs » et aux « comportements spéculatifs » sur les marchés de l’énergie.
Des bénéfices dopés par la volatilité des marchés et la guerre en Iran
Le conflit impliquant l’Iran a perturbé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, voie stratégique pour le transport mondial d’énergie. Ces perturbations ont provoqué une hausse spectaculaire des cours du pétrole, avec un baril de Brent frôlant 126 dollars en mars 2026, contre 70 dollars avant le début des hostilités fin février.
Cette volatilité a particulièrement profité aux majors européennes BP, Shell et TotalEnergies, dont les activités de trading leur ont permis de tirer profit des turbulences des marchés. « BP, Shell et Total ont bénéficié non seulement de la hausse des prix du pétrole, mais aussi de la turbulence des marchés elle-même », explique Stephen Innes, analyste chez SPI Asset Management. Selon lui, « ces compagnies ressemblent moins à des entreprises pétrolières traditionnelles qu’à des traders de volatilité opérant au cœur du système énergétique mondial ».
Ces résultats exceptionnels s’inscrivent dans un contexte où les grands groupes pétroliers révisent à la baisse leurs objectifs climatiques. TotalEnergies a récemment annoncé qu’elle ne pouvait plus s’engager sur sa neutralité carbone d’ici 2050, invoquant l’absence de préparation du monde à se passer du pétrole. De leur côté, BP et Shell ont réduit leurs ambitions environnementales pour privilégier la production de pétrole et de gaz.
L’Europe face à un dilemme : taxer les superprofits ou soutenir les ménages
La flambée des bénéfices des énergéticiens relance le débat sur une taxe européenne sur les superprofits, déjà évoquée après l’invasion de l’Ukraine. Début avril, cinq pays — l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne, l’Italie et le Portugal — ont conjointement demandé à la Commission européenne d’instaurer un prélèvement sur les profits exceptionnels enregistrés depuis le début du conflit en Iran.
Ces pays estiment qu’une telle mesure permettrait de financer des dispositifs de soutien aux consommateurs, de freiner l’inflation et d’alléger la pression sur les finances publiques. « Une fois de plus, les géants des énergies fossiles engrangent des profits colossaux », dénonce Danny Gross, porte-parole de l’ONG Friends of the Earth, qui réclame une hausse de la fiscalité sur le secteur.
Au Royaume-Uni, les entreprises opérant en mer du Nord sont soumises à l’Energy Profits Levy, une taxe exceptionnelle temporaire fixée à 38 % jusqu’en 2030. Face à l’envolée des profits de Shell et BP, le ministre britannique de l’Énergie, Ed Miliband, a qualifié ces gains de « profits excessifs » et relancé les appels à relever ce taux.
En France, des députés socialistes et écologistes ont déposé en avril une proposition de loi visant à instaurer une taxe sur les superprofits des groupes énergétiques. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a indiqué n’avoir « aucune objection de principe » à taxer ces profits « exceptionnels », tout en évitant de s’engager en faveur d’une action coordonnée à l’échelle européenne. De son côté, le président Emmanuel Macron a appelé à une réponse européenne face aux « profits excessifs » et aux « comportements spéculatifs » sur les marchés de l’énergie.
Quels impacts sur la sécurité énergétique et les stratégies des groupes ?
Les analystes anticipent des résultats solides pour les grands groupes énergétiques au deuxième trimestre 2026. « Même si les tensions se calment, les marchés ne reviennent pas à la normale du jour au lendemain », observe Stephen Innes. Selon Adi Imsirovic, maître de conférences en systèmes énergétiques à l’université d’Oxford, « ce conflit ne devrait pas se résoudre facilement », maintenant ainsi les prix du pétrole à un niveau élevé plus longtemps.
Cette situation devrait encourager le développement de nouveaux projets pétroliers et gaziers, notamment ceux basés sur de petits gisements capables de produire rapidement. « Les entreprises privilégieront des projets à faible coût et flexibles plutôt que des expansions massives », estime Innes. « Les gagnants seront probablement les projets peu coûteux, sûrs sur le plan géopolitique, plutôt que les vastes programmes menés pour eux-mêmes. »
Le conflit en Iran a également remis en lumière le rôle des énergies renouvelables dans la sécurité énergétique. « Cela n’est pas passé inaperçu dans les capitales du monde entier », souligne Imsirovic, rappelant que cette crise pourrait accélérer la transition vers des sources d’énergie plus stables et durables.
Les consommateurs, eux, restent sous tension, avec une inflation persistante liée aux prix de l’énergie. La mise en place de dispositifs de soutien, comme le suggèrent les cinq pays européens, pourrait donc devenir une priorité dans les mois à venir.
Cette taxe est envisagée en raison de l’envolée des bénéfices des groupes pétroliers et gaziers, directement liée à la flambée des prix de l’énergie provoquée par le conflit en Iran. Les gouvernements européens souhaitent utiliser ces recettes exceptionnelles pour financer des aides aux ménages et freiner l’inflation, comme cela avait été fait après l’invasion de l’Ukraine en 2022.