Un projet immobilier de luxe porté par des investisseurs liés à la famille Trump suscite une vive opposition en Albanie. « L’Albanie n’est pas à vendre », pouvait-on lire samedi 6 juin sur des banderoles brandies par plus d’une centaine de manifestants réunis sur la plage de Dalan, près du village de Zvërnec, dans le sud du pays. Selon Reporterre, ce mouvement de protestation s’inscrit dans un contexte de rejet plus large d’un mégaprojet touristique jugé destructeur pour un écosystème protégé, ainsi que d’un système politique perçu comme clientéliste.

Ce qu'il faut retenir

  • Un projet immobilier de luxe, porté par des investisseurs liés à la famille Trump, menace un site écologique protégé en Albanie, selon Reporterre.
  • Plus de 100 manifestants ont défilé le 6 juin 2026 sur la plage de Dalan, près de Zvërnec, brandissant des pancartes dénonçant la destruction de l’environnement et le clientélisme politique.
  • Les opposants dénoncent spécifiquement la mise en danger des flamants roses, espèce protégée dont les zones de nidification sont menacées par les travaux.
  • Le projet s’inscrit dans une série de grands travaux touristiques en Albanie, pays en quête de développement économique mais critiqué pour son manque de protection environnementale.

Un projet immobilier accusé de menacer un écosystème fragile

Le site de Zvërnec, connu pour sa plage de sable fin et ses marais abritant des flamants roses, fait partie des zones protégées d’Albanie. Selon Reporterre, le projet porté par des investisseurs internationaux, parmi lesquels figurent des liens avec l’ancien président américain Donald Trump, prévoit la construction d’un complexe touristique de luxe incluant des villas, des hôtels et des infrastructures de loisirs. Les travaux, déjà engagés, empiètent sur des espaces naturels classés, suscitant l’indignation des écologistes et des habitants.

Les manifestants, réunis sous une banderole « Les flamants roses n’ont pas de voix, nous parlons pour eux », ont dénoncé la destruction programmée de cet habitat naturel. « Ce projet est une insulte à notre patrimoine naturel », a affirmé un porte-parole du collectif *Mbrojtja e Zvërnecit* (Sauvegarde de Zvërnec), cité par Reporterre. Les opposants rappellent que la région est classée au titre de la Convention de Ramsar, un accord international pour la protection des zones humides, et que sa dégradation pourrait entraîner des sanctions de la part de l’Union européenne.

Un système politique sous le feu des critiques

Au-delà de la dimension écologique, les manifestants pointent du doigt un système politique albanais qu’ils jugent corrompu et clientéliste. Le projet, attribué à des investisseurs étrangers via des montages financiers opaques, est perçu comme un symbole de l’alliance entre élites économiques et politiques locales. « On nous dit que ces investissements créeront des emplois, mais à quel prix ? », s’interroge un habitant de Zvërnec interrogé par Reporterre. Les critiques soulignent que les promesses de retombées économiques sont souvent suivies de désillusions, tandis que les dégâts environnementaux restent irréversibles.

Le gouvernement albanais, qui mise sur le tourisme pour relancer son économie, a jusqu’ici soutenu ce type de mégaprojets. En 2025, le pays a enregistré une hausse de 12 % du nombre de touristes, selon les chiffres officiels. Pourtant, des associations locales, comme *Ekolëvizja*, dénoncent un « développement à tout prix » qui sacrifierait les ressources naturelles au profit de promoteurs étrangers. « L’Albanie doit choisir entre être la vitrine du luxe ou un pays qui préserve son environnement », a déclaré une militante lors de la manifestation.

Des réactions politiques et internationales en suspens

Face à la pression, les autorités locales n’ont pas encore pris de position officielle. Le maire de la commune de Fier, dont dépend Zvërnec, a simplement indiqué que « toutes les autorisations légales avaient été respectées », sans préciser si une étude d’impact environnemental avait été menée. Du côté des écologistes, on exige un moratoire sur les travaux jusqu’à ce qu’une évaluation indépendante soit réalisée. « Nous ne lâcherons rien », a martelé un représentant de *Green Albania*, cité par Reporterre.

À l’échelle internationale, l’Union européenne, dont l’Albanie est candidate à l’adhésion depuis 2014, a déjà exprimé à plusieurs reprises ses inquiétudes quant à la dégradation de l’environnement dans le pays. En 2024, Bruxelles avait gelé des fonds européens alloués à des projets touristiques jugés non durables. Pour autant, aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée concernant le projet de Zvërnec.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives. Une nouvelle manifestation est prévue le 20 juin 2026 à Tirana, la capitale, pour exiger l’abandon du projet. Dans le même temps, des recours juridiques sont en préparation devant les tribunaux albanais, tandis que des ONG internationales, comme *Wetlands International*, ont annoncé qu’elles pourraient saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Pour les opposants, l’enjeu est double : faire annuler les autorisations accordées et obtenir un changement législatif pour mieux protéger les zones humides du pays.

Reste à savoir si la mobilisation citoyenne parviendra à faire plier les autorités, ou si le projet, déjà bien avancé, échappera à tout contrôle. Une chose est sûre : le débat sur l’équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement en Albanie ne fait que commencer.

Selon Reporterre, les investisseurs principaux du projet incluent des sociétés écrans enregistrées dans des paradis fiscaux, dont certaines sont liées à des intermédiaires ayant travaillé pour des entreprises appartenant à des proches de Donald Trump. Aucune preuve publique ne confirme un financement direct par la famille Trump elle-même, mais plusieurs rapports, dont celui de Reporterre, soulignent des « connexions troublantes » entre les promoteurs et des figures proches de l’ancien président américain.