Le député Rassemblement National (RN) Julien Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, a déposé ce mercredi 13 mai 2026 une proposition de loi visant à « prévenir les conflits d’intérêts » liés aux passages d’anciens responsables de l’audiovisuel public vers des sociétés de production privées. Cette initiative, révélée par Libération, s’inscrit dans un contexte de tensions récurrentes autour des cumuls d’activités et des reconversions professionnelles dans le secteur public.
Ce qu'il faut retenir
- Un contrôle accru proposé sur les reconversions des anciens responsables de l’audiovisuel public vers des sociétés privées.
- La proposition de loi déposée par Julien Alloncle, député RN et rapporteur d’une commission d’enquête.
- Un texte motivé par la volonté de « prévenir les conflits d’intérêts » dans un secteur sensible.
- Cette initiative intervient après des critiques répétées sur les cumuls d’activités entre le public et le privé.
- Le texte pourrait être examiné lors de la prochaine session parlementaire, sans date précise pour l’instant.
Une proposition portée par un député controversé
Julien Alloncle, figure médiatique du RN et ancien journaliste, a donc déposé ce texte au nom de son parti. Ce dernier occupe le poste de rapporteur au sein de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, une instance créée pour examiner les dysfonctionnements et les risques de capture politique dans les médias publics. Selon Libération, le député justifie son initiative par la nécessité de « mettre fin aux ambiguïtés » qui entourent les reconversions professionnelles dans ce secteur.
Son approche, qui s’appuie sur un contrôle ex post des activités futures des anciens dirigeants, s’inscrit dans une logique de transparence. Pourtant, elle intervient dans un climat politique déjà tendu, où les accusations de partialité à l’encontre des médias publics sont fréquentes. Alloncle a déclaré, dans un entretien à Libération : « On ne peut plus fermer les yeux sur les conflits d’intérêts qui minent la crédibilité de l’audiovisuel public. »
Un secteur sous surveillance depuis des années
Les allers-retours entre l’audiovisuel public et les sociétés privées ne sont pas nouveaux. Depuis plusieurs années, des rapports parlementaires et des enquêtes journalistiques ont pointé du doigt les risques de pantouflage, c’est-à-dire la reconversion rapide d’agents publics vers des postes lucratifs dans le privé. En 2023, une étude de l’Observatoire des médias avait révélé que plus de 30 % des anciens dirigeants de France Télévisions ou Radio France avaient rejoint une société de production privée dans les deux ans suivant leur départ.
Ces pratiques alimentent les suspicions de favoritisme. Par exemple, certains contrats passés avec des sociétés privées, où d’anciens responsables publics occupent désormais des postes clés, ont suscité des interrogations sur la neutralité des appels d’offres. Selon des sources internes citées par Libération, plusieurs cas de conflits d’intérêts ont été signalés à l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), sans pour autant aboutir à des sanctions.
Quelles mesures concrètes propose le texte ?
La proposition de loi déposée par Julien Alloncle prévoit plusieurs dispositifs. D’abord, elle instaure un délai de carence de trois ans avant qu’un ancien responsable de l’audiovisuel public ne puisse travailler pour une société de production privée. Ensuite, elle impose une déclaration publique de ses intérêts pour les dirigeants quittant leurs fonctions. Enfin, le texte prévoit la création d’un registre national des reconversions professionnelles dans le secteur, accessible au public.
Pour ses détracteurs, ces mesures vont dans le bon sens, même si elles ne suffisent pas à régler l’ensemble des problèmes. Un haut fonctionnaire, sous couvert d’anonymat, a confié à Libération : « Ces règles sont un premier pas, mais elles ne couvrent pas les cas où un ancien dirigeant influence encore, indirectement, des décisions dans le public. » Certains craignent aussi que cette loi, portée par un député d’extrême droite, ne soit instrumentalisée à des fins politiques.
Cette initiative soulève une question centrale : jusqu’où doit aller la régulation des reconversions professionnelles dans le secteur public ? Entre transparence et liberté d’entreprendre, le débat est loin d’être clos. Les prochains mois diront si le texte d’Alloncle parvient à rassembler au-delà des clivages partisans.
La proposition de loi ne cible pas spécifiquement des individus, mais l’ensemble des anciens responsables – directeurs, rédacteurs en chef, animateurs – ayant travaillé dans des médias publics comme France Télévisions, Radio France ou l’INA. Aucun nom n’est mentionné dans le texte, mais les cas de reconversions controversées de figures comme Delphine Ernotte (ex-PDG de France Télévisions) ou Mathieu Gallet (ex-directeur de Radio France) pourraient être concernés si le texte était rétroactif.