Le groupe de spiritueux Rémy Cointreau a présenté début juin les grandes lignes de son plan stratégique triennal « RC Forward », visant à relancer sa croissance et réduire sa dépendance aux marchés américains et chinois. Cette annonce a convaincu UBS d’abandonner sa recommandation de vente sur l’action du groupe, qu’elle qualifie désormais de « neutre », tout en relevant son objectif de cours de 35 à 44 euros, selon BFM Bourse.
Ce qu'il faut retenir
- Plan « RC Forward » : un projet sur trois ans visant à générer 100 millions d’euros de valeur ajoutée au résultat opérationnel courant d’ici 2028-2029.
- UBS passe d’une recommandation « vendre » à « neutre », avec un objectif de cours relevé de 35 à 44 euros.
- Les États-Unis et la Chine représentent 35 % et 32 % du chiffre d’affaires du groupe, deux marchés en difficulté ces dernières années.
- Prévisions pour 2026-2027 : croissance organique du chiffre d’affaires de 3,7 % et hausse de la marge d’exploitation de 0,15 point.
- Action Rémy Cointreau en hausse de 4 % à Paris ce 8 juin, après un bond de 9,8 % le 4 juin à l’annonce du plan.
Un environnement difficile et un virage stratégique
Rémy Cointreau a traversé une période compliquée ces dernières années, marquée par une baisse de la consommation de spiritueux, des tensions commerciales liées aux droits de douane en Chine et aux États-Unis, et une évolution des habitudes d’achat. Comme l’avait souligné Diageo en début d’année, le marché voit émerger un « trading down » des consommateurs, privilégiant des formats plus petits ou des produits « ready to drink », souvent moins premium, selon Pierre Tegner, analyste chez Oddo BHF.
Face à ce contexte, le groupe a dévoilé fin mai son plan « RC Forward », un projet triennal axé sur « la reconquête de ses marchés et la maximisation du potentiel de ses marques ». Ce plan doit permettre d’ajouter 100 millions d’euros de valeur au résultat opérationnel courant d’ici 2028-2029, hors coûts de mise en œuvre. Les premières pistes de ce plan avaient été présentées dès le 8 avril, mais c’est lors de la publication des résultats 2025-2026, fin mai, que ses contours ont été précisés.
Une réaction immédiate des marchés
Les annonces de Rémy Cointreau ont été bien accueillies par les investisseurs. Dès le 4 juin, jour de la présentation du plan, l’action du groupe a enregistré une progression de 9,8 % à la Bourse de Paris. Ce lundi 8 juin, l’action a encore gagné plus de 4 %, se classant parmi les plus fortes hausses de l’indice SBF 120. Cette dynamique a été renforcée par le changement d’avis d’UBS, qui a relevé son opinion sur le titre de « vendre » à « neutre », tout en augmentant son objectif de cours de 35 à 44 euros.
Pour UBS, le plan « RC Forward » marque « l’aube d’un redressement » pour Rémy Cointreau. La banque considère ce projet comme « audacieux », combinant des mesures pour stimuler le chiffre d’affaires et des réductions progressives des coûts. Selon l’analyste, ces initiatives visent notamment à limiter la dépendance du groupe à ses deux principaux marchés, les États-Unis et la Chine, qui pèsent respectivement 35 % et 32 % de son chiffre d’affaires et ont pesé sur ses performances récentes.
Des prévisions optimistes, mais sous conditions
UBS anticipe un retour à la croissance organique du chiffre d’affaires dès l’exercice 2026-2027, tiré par les gains de parts de marché en Chine et par le développement du « travel retail » (ventes détaxées en aéroport) ainsi que du reste de l’Asie. « Au-delà de 2027, les initiatives commerciales pourraient contribuer à la croissance sans dépendre d’une amélioration significative des tendances aux États-Unis et en Chine », précise UBS.
Côté rentabilité, la banque estime que malgré une probable baisse de la marge brute, « les économies de coûts pourraient compenser ce recul tout en générant un effet de levier opérationnel positif ». UBS a également revu à la hausse ses estimations de bénéfice par action pour 2028 et 2029, respectivement de 19 % et 26 %, correspondant à une mise en œuvre d’environ 60 % du plan de transformation.
« La crédibilité quant à la mise en œuvre est essentielle et prendra du temps à s’établir, mais l’orientation prise est suffisante pour faire passer notre avis à neutre. »
UBS, dans sa note du 8 juin 2026
Des objectifs concrets pour l’exercice en cours
Pour l’exercice 2026-2027, UBS table sur une croissance organique du chiffre d’affaires de 3,7 %, une progression de 4,5 % du résultat opérationnel et une hausse de 0,15 point de la marge d’exploitation. Du côté de Rémy Cointreau, l’objectif affiché est de renouer avec la croissance du chiffre d’affaires en données comparables et d’augmenter légèrement sa marge opérationnelle courante, qui s’élevait à 17,7 % en 2024-2025.
Rémy Cointreau mise ainsi sur une diversification géographique et commerciale pour réduire sa vulnérabilité aux aléas des marchés traditionnels. Le « travel retail », en pleine expansion, et les marchés asiatiques hors Chine pourraient jouer un rôle clé dans cette stratégie. Cependant, la banque rappelle que la mise en œuvre du plan sera déterminante : « L’orientation prise est suffisante pour justifier un avis neutre, mais la crédibilité de l’exécution reste à prouver », souligne UBS.
Ce changement d’avis d’UBS intervient dans un contexte où les acteurs du secteur des spiritueux doivent s’adapter à des consommateurs de plus en plus volatils. Rémy Cointreau, comme ses concurrents, mise sur l’innovation produit et une stratégie commerciale agile pour tirer son épingle du jeu.
Le plan « RC Forward » repose sur trois piliers : la reconquête des marchés traditionnels, la maximisation du potentiel des marques existantes et la réduction de la dépendance aux États-Unis et à la Chine. Il inclut des mesures pour stimuler le chiffre d’affaires (développement du « travel retail », ciblage de l’Asie hors Chine) et des économies de coûts pour améliorer la rentabilité.
UBS considère que le plan « RC Forward » présente une orientation suffisamment claire et ambitieuse pour justifier un passage d’une recommandation « vendre » à « neutre ». La banque salue notamment la combinaison de mesures commerciales et de réduction des coûts, même si elle souligne que la crédibilité de la mise en œuvre reste à établir sur le long terme.