Le constructeur automobile Renault a officiellement demandé au fabricant français de batteries Verkor de « redresser sa trajectoire industrielle » et de présenter une « gouvernance crédible », selon BFM Business. Dans un communiqué publié lundi 1er juin 2026, le groupe français, actionnaire et unique client de Verkor, dénonce des « écarts de compétitivité croissants » par rapport à des produits similaires fabriqués en Europe, ainsi que des retards de fabrication estimés à 18 mois.
BFM Business révèle également que Renault a décidé de ne plus s’adresser à Verkor pour les batteries de son nouveau fourgon électrique Master, une information confirmée par le constructeur. Ce choix affaiblit davantage le positionnement du fabricant, déjà fragilisé par des difficultés opérationnelles persistantes. Jusqu’à présent, Verkor fournissait les cellules pour plusieurs modèles du groupe, dont l’Alpine A390 GT, une partie des Scenic électriques et le FlexEVan, un utilitaire électrique. Cependant, en raison des retards de livraison, Renault a dû recourir aux batteries du sud-coréen LG pour équiper les Alpine A390 GT, engendrant des coûts supplémentaires pour le constructeur.
Ce qu'il faut retenir
- Renault demande à Verkor de « redresser sa trajectoire industrielle » et de présenter une gouvernance « crédible », selon BFM Business.
- Le constructeur pointe des retards de fabrication de 18 mois et des écarts de compétitivité croissants par rapport à des batteries européennes similaires.
- Verkor, fabricant français de batteries, est actionnaire minoritaire de Renault à hauteur de 12% et son unique client.
- Renault a décidé de ne plus confier à Verkor les batteries du futur Master électrique, une décision qui fragilise le fabricant.
- Verkor assure tenir son calendrier pour une production en série « au second semestre 2026 », malgré des pressions concurrentielles accrues.
Un partenariat sous tension depuis l’inauguration de la gigafactory de Dunkerque
Verkor, start-up française fondée en 2020, a inauguré en décembre 2025 l’une des trois gigafactories de batteries installées dans le nord de la France, près de Dunkerque. Ce site, qui représente un investissement de 1,5 milliard d’euros, dont près de la moitié provient d’aides publiques (État et Union européenne), devait symboliser l’autonomie stratégique de l’Europe dans ce secteur clé. Pourtant, à peine six mois après son lancement, le projet montre des signes de fragilité.
Dans un communiqué diffusé lundi soir, Verkor a réaffirmé son engagement à lancer la production en série « au second semestre 2026 », comme prévu lors de l’inauguration. « Dans un environnement en évolution rapide, les discussions et adaptations opérationnelles font partie de la vie de tout projet industriel, en particulier dans une phase de ramp-up », a indiqué le fabricant, reconnaissant implicitement les défis rencontrés. Verkor se dit également « pleinement conscient de la pression concurrentielle du marché », alors que l’Union européenne cherche à soutenir une filière européenne souveraine et compétitive.
Des retards coûteux pour Renault et une filière européenne en question
Les retards accumulés par Verkor ont déjà eu des conséquences concrètes pour Renault. Pour les Alpine A390 GT, le constructeur a dû se tourner vers les cellules de LG, produites en Europe, afin de respecter les délais de livraison. Cette solution de secours a engendré des surcoûts pour Renault, qui assume désormais ouvertement ses contraintes économiques. « Les écarts de compétitivité de Verkor par rapport à des produits similaires fabriqués en Europe se sont fortement accrus ces derniers mois et ne peuvent pas être absorbés par Renault », a expliqué le groupe dans son communiqué.
La situation rappelle celle vécue par le groupe Stellantis avec ACC, la coentreprise de batteries créée avec Mercedes et TotalEnergies. Stellantis a récemment remplacé le directeur général d’ACC par un ancien dirigeant de Panasonic, chargé d’accélérer une production jugée trop lente. Ces difficultés soulèvent des questions sur la capacité de l’Europe à rivaliser avec les acteurs asiatiques, notamment chinois, dans un secteur où la compétitivité des coûts et la rapidité de mise sur le marché sont déterminantes.
L’État et l’UE en première ligne pour soutenir la filière
Face à ces enjeux, la France et l’Union européenne pourraient jouer un rôle clé dans le sauvetage de Verkor. Selon BFM Business, Paris négocie actuellement avec Bruxelles le déblocage de prêts pouvant atteindre 500 millions d’euros pour Verkor, ainsi que pour ACC. Ces financements publics visent à soutenir la montée en puissance des gigafactories européennes, dans un contexte où la souveraineté industrielle est devenue une priorité stratégique.
« La compétitivité se construit progressivement avec la montée en cadence industrielle, l’augmentation des volumes et le soutien au développement d’une filière européenne des batteries souveraine et compétitive », a souligné Verkor dans son communiqué. Le fabricant mise sur une accélération de sa production pour retrouver un avantage concurrentiel, tout en bénéficiant d’un écosystème industriel protégé par les pouvoirs publics.
« Nous restons partenaire de long terme de Verkor, mais nous assumons notre rôle de client industriel et nos contraintes économiques. »
Renault Group
Parallèlement, les discussions entre la France et l’Union européenne sur le déblocage des prêts pourraient aboutir d’ici quelques semaines. Ces fonds publics seront déterminants pour Verkor, mais aussi pour l’ensemble de la filière européenne des batteries, alors que la concurrence asiatique et américaine s’intensifie. La capacité de l’Europe à rivaliser dans ce secteur dépendra en grande partie de sa capacité à combiner innovation, rapidité d’exécution et soutien financier public.
Enfin, l’affaire Verkor interroge sur la pertinence des stratégies industrielles européennes. Alors que l’UE mise sur des gigafactories pour réduire sa dépendance aux importations, les retards et les surcoûts observés risquent de fragiliser la crédibilité de ces projets. Les prochains mois seront donc cruciaux pour Verkor, mais aussi pour l’ensemble de la filière, alors que l’électrification des véhicules s’accélère.
Renault a justifié ce choix par les retards de fabrication de Verkor, estimés à 18 mois, et par des écarts de compétitivité croissants par rapport à des batteries similaires produites en Europe. Le constructeur a préféré se tourner vers un autre fournisseur, LG, pour garantir les délais de livraison, malgré des coûts supplémentaires.
Un échec de Verkor pourrait compromettre la souveraineté industrielle européenne dans le secteur des batteries, un domaine stratégique pour l’électrification des véhicules. Cela affaiblirait également la crédibilité des gigafactories soutenues par l’État et l’UE, alors que la concurrence asiatique et américaine reste féroce. Les retards et les surcoûts pourraient aussi décourager les investisseurs privés.