Selon Futura Sciences, des images satellitaires récentes révèlent que la plateforme de glace du glacier Thwaites, surnommé le « glacier de l’apocalypse », pourrait se fragmenter d’ici la fin de l’année 2026. Cette structure, qui freine jusqu’à présent l’écoulement du glacier vers l’océan, montre des signes d’effritement accéléré. Les scientifiques craignent qu’une telle rupture ne précipite la fonte d’un géant glaciaire dont la disparition totale ferait monter le niveau des mers de 65 centimètres.

Ce qu'il faut retenir

  • La plateforme de glace orientale du glacier Thwaites présente des fractures et des fissures qui s’agrandissent rapidement, selon les observations satellitaires.
  • Une désintégration de cette plateforme, qui retient actuellement le glacier, le rendrait plus vulnérable à une fonte accélérée.
  • À lui seul, le glacier Thwaites pourrait provoquer une élévation du niveau de la mer de 65 centimètres en cas de fonte complète.
  • Des eaux océaniques plus chaudes et plus salées, remontant des profondeurs, accélèrent la fonte de la base du glacier depuis plusieurs mois.
  • Une étude paléoclimatique indique que la calotte glaciaire de l’Antarctique a déjà atteint un point de basculement il y a environ un million d’années, la rendant plus sensible aux variations de température.

Un géant de glace sous haute surveillance

Avec une superficie équivalente à celle du Royaume-Uni, le glacier Thwaites est le plus large de l’Antarctique occidental. Son épaisseur dépasse par endroits les 2 000 mètres, et il s’étend sur près de 120 kilomètres de large. Jusqu’ici, une plateforme de glace flottante en amont de la ligne de côte freinait son écoulement vers la mer. Mais cette barrière naturelle montre des signes de faiblesse alarmants. « Nous ne savons pas encore comment la plateforme de glace va se fragmenter, mais c’est inévitable », a déclaré Robert Larter, géophysicien marin au British Antarctic Survey, dans une interview à Live Science, comme le rapporte Futura Sciences.

Des signes avant-coureurs de plus en plus visibles

Les mouvements du glacier se sont accélérés au cours des huit derniers mois, avec une vitesse de recul environ deux fois supérieure à celle observée précédemment. Cette accélération coïncide avec un changement de la circulation des eaux océaniques dans la région. Des eaux plus chaudes et plus salées, remontant des profondeurs de l’océan Austral, attaquent désormais la base du glacier. « Tout porte à croire qu’il s’agit là d’une conséquence directe du réchauffement climatique d’origine humaine », a souligné un chercheur impliqué dans les analyses, sans pour autant citer de source spécifique.

Les scientifiques estiment que la plateforme de glace orientale du glacier Thwaites pourrait se désintégrer d’ici la fin 2026. Même si sa fonte complète ne devrait pas intervenir dans les prochaines décennies, les chercheurs s’attendent à observer prochainement un « impressionnant spectacle » de fragmentation, suivi d’une réaction en cascade du glacier. « Il est condamné », ont-ils conclu, selon Futura Sciences. Cette prédiction s’appuie sur des modèles climatiques et des observations directes, sans pour autant préciser de calendrier exact pour la fonte totale.

Un risque global pour les côtes et les écosystèmes

Si la fonte du glacier Thwaites semble inéluctable à long terme, son effondrement partiel pourrait déjà avoir des conséquences dramatiques. À lui seul, il contribue actuellement à 10 % de l’élévation annuelle du niveau de la mer, qui s’élève aujourd’hui entre 4 et 4,5 millimètres par an. Une hausse supplémentaire de 65 centimètres entraînerait une augmentation significative des risques d’inondations côtières, même si cette élévation s’étalerait sur plusieurs décennies. « Avec un mètre d’élévation, les populations côtières pourraient être exposées à des inondations autrefois centennales, et ce tous les dix ans ou chaque année », a précisé un expert cité par Futura Sciences.

Le glacier Thwaites joue également un rôle de stabilisateur pour la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Sa disparition pourrait déstabiliser d’autres glaciers voisins, dont la majorité repose sur un socle situé en dessous du niveau de la mer. Selon le British Antarctic Survey, la fonte totale de cette calotte entraînerait une élévation du niveau de la mer de 3,3 mètres, un scénario catastrophique pour les villes côtières du monde entier.

Un passé qui éclaire un avenir incertain

Pour mieux comprendre les risques actuels, une équipe internationale de chercheurs a mené une étude paléoclimatique à l’aide d’une simulation avancée développée à l’université nationale de Pusan, en Corée du Sud. Les données recueillies sur les 3 derniers millions d’années montrent que la calotte glaciaire de l’Antarctique a atteint un point de basculement il y a environ un million d’années. Ce seuil critique, correspondant à une concentration atmosphérique de CO₂ d’environ 240 parties par million (ppm), rend la calotte beaucoup plus sensible aux variations de température et de circulation océanique. « Dès que les niveaux de CO₂ sont passés en dessous de ce seuil, le volume de glace antarctique a commencé à réagir beaucoup plus fortement », ont expliqué les chercheurs dans un article publié par la revue Nature Geoscience.

Cette sensibilité accrue suggère que l’Antarctique pourrait basculer plus rapidement que prévu. Les données indiquent que la croissance de la glace s’est brutalement accélérée lors de la transition du Pléistocène moyen, en raison d’océans plus frais et d’un niveau de la mer inférieur de 50 à 100 mètres à celui d’aujourd’hui. Ces conditions ont favorisé l’ancrage et l’épaississement de la glace sur les côtes, mais aujourd’hui, le réchauffement climatique inverse cette tendance.

Et maintenant ?

Les scientifiques s’attendent à observer une accélération des fractures sur la plateforme de glace du glacier Thwaites d’ici la fin de l’année 2026. Une fois cette barrière naturelle rompue, le glacier pourrait reculer plus rapidement, augmentant son apport en eau douce dans l’océan. Les prochaines campagnes d’observation, notamment celles menées par des véhicules sous-marins robotisés, devraient permettre de préciser l’ampleur des dégâts et les risques pour les décennies à venir. Les décideurs politiques, de leur côté, devront intégrer ces nouvelles données dans leurs stratégies d’adaptation aux changements climatiques, notamment pour protéger les zones côtières les plus vulnérables.

L’enjeu dépasse désormais le cadre scientifique. La fonte du glacier Thwaites rappelle que certains seuils naturels pourraient être franchis bien plus tôt que prévu, avec des conséquences irréversibles à l’échelle humaine. Reste à savoir si les engagements internationaux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre parviendront à stabiliser, ne serait-ce qu’en partie, cette dynamique déjà enclenchée.

Le surnom de « glacier de l’apocalypse » est attribué au glacier Thwaites en raison de son potentiel à provoquer une élévation significative du niveau de la mer. Sa fonte complète entraînerait une hausse de 65 centimètres, ce qui submergerait de vastes zones côtières et déclencherait des migrations massives. Ce scénario, bien que progressif, aurait des répercussions mondiales sur les écosystèmes et les populations.

Contrairement à la plupart des glaciers de montagne, le glacier Thwaites repose en grande partie sur un socle situé sous le niveau de la mer. Sa fonte ne se limite donc pas à la partie visible : elle s’étend à sa base, accélérée par des eaux océaniques de plus en plus chaudes. De plus, il agit comme un « bouchon » pour d’autres glaciers de l’Antarctique occidental. Sa disparition pourrait donc déclencher un effet domino, aggravant la hausse du niveau de la mer à l’échelle planétaire.