Une étude récente publiée par Futura Sciences révèle comment un variant génétique ultra-dominant chez le lézard des murailles bouleverse, en quelques années seulement, des millions d’années d’équilibre évolutif. Les chercheurs de l’Université de Lund, en Suède, ont analysé plus de 10 000 spécimens répartis dans 240 populations du bassin méditerranéen, confirmant l’émergence d’un morphotype vert particulièrement compétitif, surnommé « Hulk » par les scientifiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Un variant vert ultra-dominant chez le lézard des murailles (Podarcis muralis) élimine en quelques années des morphes colorés coexistant depuis des millions d’années.
  • Trois morphotypes (blanc, jaune, orange) coexistaient jusqu’à l’irruption du variant « Hulk », plus grand et plus agressif.
  • L’étude, publiée en avril 2026 dans Science, montre que l’évolution peut être un processus brutal et rapide lorsque certains traits deviennent dominants.
  • Seul le morphe blanc résiste parfois, grâce à une stratégie moins frontale que les autres.
  • Les chercheurs soulignent que cette dynamique questionne la stabilité des équilibres évolutifs observés aujourd’hui.

Un équilibre évolutif vieux de millions d’années en péril

Le lézard des murailles, Podarcis muralis, est un modèle emblématique en biologie évolutive. Pendant des millions d’années, ses populations ont maintenu trois morphotypes distincts, différenciés par la couleur de leur gorge : blanche, jaune ou orange. Ces teintes ne sont pas de simples variations aléatoires : elles reflètent des stratégies de survie radicalement différentes, un système appelé polymorphisme.

Chaque morphe adopte une approche spécifique pour défendre son territoire, séduire ses partenaires ou interagir avec ses congénères. Le morphe blanc privilégie une stratégie coopérative et un comportement territorial modéré. Le morphe jaune, plus discret, est souvent associé à une reproduction rapide. Quant au morphe orange, il est le plus agressif des trois, dominant dans sa zone géographique. Pendant des millénaires, cette diversité a permis une coexistence stable, aucun des trois ne prenant définitivement l’avantage sur les autres.

L’irruption du « Hulk », un variant qui réécrit les règles

C’est cette stabilité millénaire qui est aujourd’hui menacée par l’émergence d’un quatrième morphotype, baptisé « Hulk » en raison de sa taille imposante et de sa couleur verte frappante. Selon les chercheurs de l’Université de Lund, ces lézards « Hulk » sont plus grands, plus combatifs et s’étendent rapidement dans de nouveaux territoires, écrasant littéralement la concurrence. Là où ils s’installent, les morphes jaune et orange disparaissent progressivement. Seul le morphe blanc parvient parfois à résister, probablement grâce à sa stratégie moins agressive.

« Nous observons comment la coexistence de plusieurs morphes colorés, stable depuis des millions d’années, se perd sur une échelle de temps évolutive très courte », a déclaré Tobias Uller, professeur de biologie évolutive à l’université de Lund et co-auteur de l’étude publiée dans la revue Science. Ce phénomène illustre comment un trait génétique dominant peut, en quelques générations seulement, restructurer toute la dynamique d’une espèce.

« Ce n’est pas une prédation externe ni un changement climatique brutal qui efface cette diversité. C’est la compétition interne à l’espèce elle-même, amplifiée par l’émergence d’un phénotype particulièrement compétitif. »

Tobias Uller, professeur de biologie évolutive à l’Université de Lund

L’évolution peut-elle déraper aussi vite ?

Cette découverte, publiée en avril 2026 mais relayée par Futura Sciences ce 1er juin 2026, remet en cause une idée reçue : l’évolution serait un processus lent et imperceptible à l’échelle humaine. Pourtant, l’étude montre qu’un variant génétique dominant peut, en quelques années, bouleverser des équilibres évolutifs qui ont mis des millions d’années à se stabiliser.

Le comportement agressif des « Hulk » perturbe les systèmes sociaux finement calibrés qui permettaient aux trois stratégies de coexister. Les chercheurs soulignent que ce cas n’est pas isolé : d’autres espèces pourraient connaître des dynamiques similaires, où un seul variant élimine des lignées entières. « La biodiversité peut s’éroder de l’intérieur », rappellent-ils. Cette recherche ouvre ainsi une question plus large : dans quelle mesure les équilibres évolutifs que nous observons aujourd’hui sont-ils vraiment stables ?

Et maintenant ?

Les chercheurs de l’Université de Lund appellent désormais à une surveillance accrue de ces dynamiques de polymorphisme chez d’autres espèces animales. Ce phénomène pourrait devenir un indicateur précoce de fragilité écologique, permettant d’anticiper des effondrements de biodiversité avant qu’ils ne deviennent irréversibles. Une prochaine étape consistera à étudier si d’autres variants agressifs émergent chez des reptiles ou d’autres groupes d’animaux, et quels mécanismes génétiques ou environnementaux favorisent leur propagation.

Un rappel que la biodiversité n’est pas une donnée fixe

Cette étude rappelle que la biodiversité n’est pas un acquis immuable. Les équilibres naturels, même ancestraux, peuvent être bouleversés par des changements internes à une espèce, sans qu’aucun facteur externe ne vienne jouer un rôle. Les « Hulk » des lézards des murailles ne sont pas des prédateurs exotiques ni le résultat d’une catastrophe climatique : ils incarnent simplement l’émergence d’un trait génétique particulièrement compétitif.

Les scientifiques insistent sur l’importance de mieux comprendre ces mécanismes pour protéger la diversité du vivant. « La stabilité que nous observons aujourd’hui ne signifie pas qu’elle durera éternellement », souligne Tobias Uller. Dans un contexte où les écosystèmes sont déjà fragilisés par les activités humaines, cette découverte rappelle que la biodiversité est un équilibre dynamique, et non une constante.

Ce surnom fait référence à la couleur verte frappante de ces lézards, ainsi qu’à leur taille imposante et leur comportement particulièrement agressif, des traits qui rappellent le personnage de fiction Hulk, connu pour sa force et sa domination.