Selon RFI, la riposte contre l’épidémie d’Ebola Bundibugyo, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), se heurte à un obstacle majeur : le refus d’une partie de la population de se rendre à l’hôpital et d’accepter les enterrements sécurisés. Une situation qui complique la détection des cas et le traçage des contacts, alors que les autorités sanitaires viennent de renforcer leurs moyens sur le terrain.

Ce qu'il faut retenir

  • Arrivée de matériel de test « sur place » dans la province d’Ituri, notamment à Mongwalu, où les premiers cas ont été identifiés.
  • L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne que ces tests rapides permettront d’accélérer la surveillance et le traçage des contacts.
  • Le directeur général de l’OMS s’est dit « très encouragé par le niveau d’engagement » constaté en RDC, malgré les défis persistants.
  • Parmi ces défis : la détection tardive des premiers cas, l’insécurité dans les zones touchées et la méfiance d’une partie de la population.

Un matériel de test « sur place » pour accélérer la riposte

Pour renforcer la lutte contre l’épidémie, du matériel permettant de tester « sur place » les cas suspects est arrivé dans la province d’Ituri, et plus particulièrement à Mongwalu. Cette localité, située dans le nord-est du pays, est l’une des premières zones touchées par l’épidémie d’Ebola Bundibugyo. Grâce à ces équipements, les équipes sanitaires pourront désormais réaliser des analyses plus rapidement, ce qui devrait permettre d’accroître la surveillance épidémiologique et de retracer plus efficacement les chaînes de contamination. Une avancée saluée par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui insiste sur l’importance de ces outils pour limiter la propagation du virus.

Ces tests rapides représentent un atout majeur dans une région où les infrastructures sanitaires restent fragiles. Ils permettent notamment de réduire les délais entre la détection d’un cas suspect et la confirmation du diagnostic, un facteur clé pour endiguer une épidémie.

Un engagement salué, mais des défis persistants

Lors de sa récente visite en RDC, le directeur général de l’OMS a exprimé sa satisfaction quant à la mobilisation des autorités et des acteurs locaux. « Je suis très encouragé par le niveau d’engagement que j’ai constaté », a-t-il déclaré. Cependant, il a immédiatement nuancé son propos en pointant trois obstacles majeurs qui entravent la réponse sanitaire : la détection tardive des premiers cas, l’insécurité chronique dans certaines zones, et surtout, la méfiance d’une partie de la population.

Cette méfiance se manifeste notamment par le refus de certains patients d’être hospitalisés, par crainte des conditions de prise en charge, ou par le rejet des enterrements sécurisés. Ces pratiques, pourtant essentielles pour éviter la propagation du virus, sont souvent perçues comme une source de stigmatisation ou de malveillance par les familles des défunts. Un phénomène qui n’est pas nouveau dans les épidémies d’Ebola en RDC, mais qui prend une dimension particulière dans un contexte où la maladie circule de manière endémique depuis plusieurs années.

L’insécurité, un autre frein à la lutte contre l’épidémie

L’est de la RDC, et notamment la province d’Ituri, est régulièrement secoué par des conflits armés et des violences intercommunautaires. Ces tensions rendent difficiles l’accès des équipes sanitaires aux zones les plus reculées, où la maladie pourrait circuler en silence. Selon les autorités locales, certaines localités restent inaccessibles en raison de l’insécurité, ce qui limite la capacité des équipes à dépister les cas et à vacciner les populations exposées.

Par ailleurs, l’épidémie d’Ebola Bundibugyo, moins médiatisée que celle d’Ebola Zaïre qui a frappé le pays en 2018-2019, souffre d’un manque de moyens comparé aux précédentes crises. Pourtant, ce variant du virus, bien que moins mortel, reste hautement contagieux et nécessite une réponse rapide et coordonnée pour éviter une propagation incontrôlée.

Et maintenant ?

Alors que les autorités sanitaires tablent sur l’impact des nouveaux tests rapides pour améliorer la détection des cas, la question de la confiance de la population reste entière. Pour l’OMS, la clé réside désormais dans des campagnes de sensibilisation adaptées, capables de convaincre les familles des avantages des soins hospitaliers et des enterrements sécurisés. Une tâche complexe, dans un contexte où la défiance envers les institutions s’est ancrée au fil des années.

Une réunion des parties prenantes, prévue d’ici la fin du mois de juin 2026, devrait permettre d’évaluer l’efficacité des mesures mises en place et d’ajuster la stratégie de riposte en fonction des obstacles rencontrés.

Pour l’heure, la situation reste sous haute surveillance. Les autorités sanitaires appellent la population à signaler rapidement tout cas suspect, tandis que les équipes sur le terrain multiplient les efforts pour convaincre les plus réticents. Autant dire que chaque jour compte dans la lutte contre cette épidémie.