Le projet de loi d’urgence agricole, qui sera examiné au Sénat à partir du 29 juin 2026, s’apprête à réintroduire l’acétamipride, un insecticide controversé. Cette mesure, introduite par un amendement, ravive les tensions autour d’un sujet déjà explosif : la proposition de loi portée en 2025 par le sénateur Laurent Duplomb. Selon Ouest France, ce texte avait alors suscité une vague de critiques, notamment de la part des associations écologistes et des professionnels de l’agriculture biologique.
Ce qu'il faut retenir
- Un projet de loi d’urgence agricole sera examiné au Sénat à compter du 29 juin 2026.
- Un amendement prévoit la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide interdit en Europe depuis 2020 mais encore utilisé dans certains pays.
- Cette décision s’inscrit dans la continuité de la proposition de loi Duplomb, déposée en 2025 et largement contestée.
- Les associations environnementales et les acteurs de l’agriculture bio dénoncent un recul pour la santé publique et la biodiversité.
- Le texte pourrait être adopté en urgence, malgré les oppositions persistantes.
Un amendement controversé dans un texte d’urgence
L’ajout de l’acétamipride au projet de loi agricole intervient alors que les débats sur les pesticides divisent depuis des années. Selon Ouest France, l’amendement, introduit sans consultation préalable des parties prenantes, a été défendu par certains sénateurs comme une solution pour protéger les cultures face à des ravageurs résistants. Pourtant, cet insecticide, classé comme « modérément dangereux » par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), avait été retiré du marché européen en 2020 en raison de ses effets neurotoxiques sur les pollinisateurs et les mammifères.
Les détracteurs de cette mesure rappellent que l’acétamipride est également suspecté d’être un perturbateur endocrinien. « Ce retour en arrière est incompréhensible », a réagi Sophie Matherat, porte-parole de l’association Générations Futures, auprès d’Ouest France. « Les alternatives existent, mais elles nécessitent un accompagnement des agriculteurs, pas une régression sanitaire. »
La loi Duplomb, un précédent toujours dans les esprits
L’amendement actuel s’inscrit dans la droite ligne de la proposition de loi portée en 2025 par le sénateur LR Laurent Duplomb, visant à faciliter l’usage des pesticides en France. À l’époque, ce texte avait provoqué un tollé, avec des manifestations d’agriculteurs bio et des critiques venues même de certains collègues parlementaires. Les défenseurs de la loi Duplomb avançaient que les restrictions européennes pesaient trop sur la compétitivité des agriculteurs français. Ses opposants, eux, dénonçaient une atteinte aux principes de précaution et à la santé des consommateurs.
Un an plus tard, le retour de l’acétamipride sous couvert d’un texte d’urgence interroge : cette mesure est-elle une exception justifiée ou le signe d’un relâchement des normes environnementales ? Pour les observateurs, cette situation illustre les tensions persistantes entre les impératifs économiques et les exigences écologiques.
Quels enjeux pour les prochaines semaines ?
L’examen du projet de loi au Sénat s’annonce houleux. Plusieurs groupes politiques, dont les écologistes et une partie des socialistes, ont déjà annoncé leur opposition à l’amendement sur l’acétamipride. « Nous déposerons des contre-amendements pour supprimer cette disposition », a déclaré hier la sénatrice écologiste Marie Pochon. De son côté, le gouvernement, par la voix du ministre de l’Agriculture, n’a pas encore pris position publiquement, se contentant d’indiquer que le texte serait discuté « dans un esprit de dialogue ».
Si le projet de loi est adopté en l’état, il pourrait ensuite être transmis à l’Assemblée nationale pour une lecture définitive d’ici la fin de l’été. Mais le débat sur les pesticides en France est loin d’être clos. Entre les attentes des agriculteurs, les alertes sanitaires et les engagements européens, le gouvernement devra tôt ou tard trancher.
Plus largement, ce débat interroge la capacité de la France à concilier productivité agricole et transition écologique. Alors que le pays s’est engagé à réduire de 50 % l’usage des pesticides d’ici 2030, les choix législatifs actuels semblent, pour l’instant, aller en sens inverse.
L’acétamipride a été retiré du marché européen en 2020 en raison de ses effets neurotoxiques avérés sur les abeilles et d’autres pollinisateurs, essentiels à la biodiversité. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) avait également souligné des risques potentiels pour la santé humaine, notamment en cas d’exposition prolongée.
Les associations environnementales comme Générations Futures ou France Nature Environnement, ainsi que les syndicats d’agriculture biologique (comme la FNAB) figurent parmi les opposants les plus virulents. Plusieurs sénateurs écologistes et une partie des socialistes au Sénat devraient également voter contre l’amendement.