Alors que Samsung Electronics, géant sud-coréen des semi-conducteurs, venait de conclure un accord salarial inédit avec ses syndicats pour éviter une grève massive, un groupe d’actionnaires a jeté un pavé dans la mare jeudi 21 mai 2026. Selon BFM Business, l’entreprise a obtenu un répit in extremis après des négociations de dernière minute avec les syndicats, mais l’opposition d’une partie des actionnaires menace désormais la pérennité de l’accord.

Cette grève, qui devait mobiliser jusqu’à 50 000 salariés sur les 125 000 employés de Samsung en Corée du Sud, a été évitée grâce à un compromis salarial. Les syndicats réclamaient une hausse de 7 % des salaires, la suppression du plafond des primes et l’attribution de 15 % du bénéfice net en primes. Un accord a finalement été trouvé, prévoyant une augmentation moyenne des salaires de 6,2 %, assortie d’une enveloppe de primes équivalente à 10,5 % du résultat de la division semi-conducteurs, sans plafond et conditionnée à des objectifs de performance.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord salarial de 6,2 % en moyenne a été conclu entre Samsung et ses syndicats pour éviter une grève de 50 000 salariés.
  • Les primes versées seront équivalentes à 10,5 % du résultat de la division semi-conducteurs, sans plafond et sous conditions de performance.
  • Un groupe d’actionnaires, le Korea Shareholder Action Headquarters, conteste la légalité de l’accord, le jugeant « illégal » et menaçant de bloquer son application.
  • Le résultat net de Samsung a été multiplié par six au premier trimestre 2026, porté par la demande en puces pour l’intelligence artificielle.
  • Une grève prolongée aurait pu réduire de 0,5 point le PIB sud-coréen, selon la Banque nationale.

Une grève évitée de justesse, mais un climat social toujours tendu

Le conflit social chez Samsung s’inscrit dans un contexte économique et politique particulièrement sensible pour la Corée du Sud. La grève, prévue à partir du 22 mai 2026 et jusqu’au 7 juin, aurait été la deuxième plus importante de l’histoire du groupe après celle de 2024, qui avait mobilisé 6 000 salariés. Selon BFM Business, les salariés dénonçaient notamment un écart croissant avec les primes versées chez SK Hynix, autre géant sud-coréen des puces mémoires, où les employés avaient perçu des primes trois fois supérieures l’an dernier.

L’accord conclu mercredi soir 21 mai a permis d’éviter une interruption prolongée de la production, un scénario redouté par les autorités sud-coréennes. La Banque nationale de Corée a estimé que, dans le pire des cas, une grève générale aurait pu amputer le PIB national de 0,5 point, Samsung représentant à lui seul 12,5 % de la croissance du pays. Les marchés, quant à eux, craignaient des répercussions sur les chaînes d’approvisionnement en composants électroniques, essentiels à l’industrie de l’intelligence artificielle et des objets connectés.

Les actionnaires s’opposent à la redistribution des bénéfices

Malgré le soulagement général, un groupe d’actionnaires influents, le Korea Shareholder Action Headquarters, a vivement critiqué l’accord signé entre la direction et les syndicats. Réunis jeudi matin près de la résidence du président de Samsung Electronics, Lee Jae-yong, ces actionnaires ont qualifié l’accord de « illégal » et ont menacé d’utiliser « tous les moyens légaux disponibles » pour bloquer le versement des primes prévues.

Leur principal argument repose sur l’absence de validation de l’accord en assemblée générale des actionnaires, une procédure jugée obligatoire par le droit sud-coréen. « Ces négociations n’ont pas fait l’objet d’une résolution en assemblée générale des actionnaires et sont dépourvues de validité juridique », a déclaré un représentant du groupe lors d’un rassemblement. Samsung Electronics et son syndicat devront désormais ratifier l’accord lors d’un vote interne, dont les résultats seront connus entre le 24 et le 28 mai 2026.

Un bénéfice record, mais des tensions persistantes

L’accord salarial intervient alors que Samsung affiche des résultats exceptionnels, portés par la demande en puces mémoires utilisées pour l’intelligence artificielle. Au premier trimestre 2026, le groupe a enregistré un bénéfice net six fois supérieur à celui de l’année précédente, atteignant 27 milliards d’euros. Ces performances ont permis à l’action Samsung de bondir de 7,7 % à la Bourse de Séoul dès l’annonce de l’accord, signe du soulagement des investisseurs.

Cependant, les syndicats restent critiques sur la transparence des primes et sur leur montant, jugé insuffisant au regard des bénéfices records. « Les employés de SK Hynix ont perçu des primes trois fois supérieures aux nôtres l’an dernier. Cela crée une fuite des talents et une injustice sociale », a rappelé le syndicat SELU (Samsung Electronics Labor Union) dans un communiqué. Pour apaiser les tensions, une partie des primes sera versée sous forme d’actions, une pratique courante dans la Silicon Valley, mais qui n’a pas suffi à convaincre les actionnaires opposés au partage des bénéfices.

Et maintenant ?

L’accord doit encore être validé par les salariés lors d’un vote qui se tiendra du 24 au 28 mai 2026. Si les syndicats l’approuvent, Samsung Electronics devra faire face à un nouveau défi : convaincre les actionnaires récalcitrants de la légalité de l’accord. Une issue incertaine, alors que le groupe est déjà sous pression pour concilier performance économique et équité sociale. Par ailleurs, les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’impact de cet accord sur la productivité et la stabilité sociale du géant sud-coréen.

Reste à voir si cet épisode social marquera un tournant dans la gouvernance de Samsung ou s’il ne sera qu’un feu de paille dans un secteur déjà secoué par les bouleversements technologiques et les tensions géopolitiques.

Le Korea Shareholder Action Headquarters conteste la légalité de l’accord, estimant qu’il n’a pas été validé en assemblée générale des actionnaires, comme l’exige le droit sud-coréen. Ils menacent de bloquer le versement des primes prévues si la procédure n’est pas respectée.