Alors que le salaire minimum (Smic) doit augmenter de 2,41 % au 1er juin 2026, soit une hausse nette de 34,82 euros par mois, le patronat s’inquiète d’un éventuel gel des exonérations de cotisations patronales sur les bas salaires. Selon Le Figaro, cette perspective, évoquée ce 21 mai, pourrait alourdir encore davantage le coût du travail pour les entreprises déjà fragilisées par l’inflation et les tensions géopolitiques.

Ce qu’il faut retenir

  • Le Smic augmentera de 2,41 % au 1er juin 2026, soit 34,82 euros nets en plus par mois.
  • Les entreprises redoutent un gel des allègements de charges patronales, ce qui ajouterait une « double peine » selon le président de la CPME.
  • Entre 1,5 et 2 milliards d’euros pourraient être prélevés sur le travail si cette mesure est appliquée.
  • Le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, alerte sur les risques pour l’emploi et les salaires dans un contexte économique incertain.
  • L’inflation en France a atteint 2,2 % en avril 2026, selon l’Insee, en partie à cause de la guerre au Moyen-Orient.

Une hausse du Smic qui pèse déjà sur les entreprises

La revalorisation automatique du Smic, indexée sur l’inflation, est une mécanique connue des employeurs. Pourtant, cette fois, elle intervient dans un contexte particulièrement tendu. Selon Le Figaro, les entreprises redoutent que le gouvernement ne réduise les exonérations de cotisations patronales sur les bas salaires pour compenser les pertes de recettes publiques. « On redoute que les entreprises doivent payer la facture de la crise », a déclaré ce 21 mai Amir Reza-Tofighi, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), sur Franceinfo. Pour lui, cette situation représente une « double peine » : d’un côté, la hausse du Smic impose des augmentations salariales, de l’autre, la réduction des allègements de charges alourdit les coûts pour les employeurs.

Des pertes estimées entre 1,5 et 2 milliards d’euros pour les entreprises

Si l’exécutif devait donner suite à ce scénario, les conséquences pourraient être lourdes. Selon les estimations de la CPME, entre 1,5 et 2 milliards d’euros supplémentaires pourraient être prélevés sur le travail. « Les entreprises vont devoir augmenter leurs salariés par rapport à la hausse du Smic, ce qui est normal, mais en plus, elles vont devoir payer plus de charges à côté », a fustigé Amir Reza-Tofighi. Ce dernier souligne que 70 % des entreprises n’ont pas les moyens de répercuter ces coûts sur leurs clients, notamment en raison des tensions liées à la guerre au Moyen-Orient.

Les dirigeants d’entreprise alertent sur les risques pour l’emploi

Les mises en garde viennent aussi du secteur privé. Invité sur France Inter ce 21 mai, Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, a alerté sur les conséquences d’un éventuel gel des allègements de charges. « On a le niveau de charges patronales le plus élevé », a-t-il souligné, avant d’ajouter que cette mesure pourrait pousser certaines entreprises à « différer ou renoncer aux offres d’emploi ». Pour lui, « si vous arrêtez les allègements de charges, vous fragilisez ce modèle-là ». Il a également rappelé que les chefs d’entreprise étaient déjà « inquiets » dans un contexte économique marqué par l’incertitude.

Un modèle économique mis en cause par le patronat

Pour la CPME, la situation actuelle illustre les limites d’un système où les entreprises devraient à la fois augmenter les salaires et assumer des charges patronales plus lourdes. « Ce que je dis, c’est soit on augmente les salaires, soit on augmente les charges patronales, mais penser qu’on peut faire les deux, c’est ne pas comprendre comment fonctionne un modèle économique », a lancé Amir Reza-Tofighi. Il a rappelé que 70 % des entreprises ne pouvaient pas répercuter les coûts liés à la guerre au Moyen-Orient sur leurs clients, ce qui rendrait toute nouvelle augmentation des charges insoutenable.

L’inflation et les tensions syndicales alimentent le débat

Cette montée des tensions intervient alors que l’inflation en France a atteint 2,2 % sur un an en avril 2026, selon les chiffres de l’Insee. Cette hausse s’explique en partie par les perturbations liées à la guerre en Iran et au Moyen-Orient, qui affectent les chaînes d’approvisionnement et les prix de l’énergie. Dans ce contexte, les syndicats réclament des efforts de la part des employeurs. La semaine dernière, Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, a appelé à rouvrir les négociations salariales dans les entreprises. Elle a plaidé pour « responsabiliser les employeurs », estimant que « certaines entreprises vont très bien » et rappelant que certaines branches disposent encore de grilles salariales démarrant sous le Smic.

Et maintenant ?

Le gouvernement doit désormais trancher entre préserver les allègements de charges, au risque d’aggraver le déficit public, ou braquer le patronat dans un contexte déjà difficile. Les prochaines semaines seront déterminantes : une décision est attendue d’ici la fin du mois de mai, alors que les entreprises commencent à préparer leurs budgets pour 2027. Les négociations entre l’exécutif et les organisations patronales devraient s’intensifier, tandis que les syndicats maintiendront la pression pour des hausses salariales.

Reste à voir si une solution sera trouvée pour éviter une dégradation supplémentaire du climat économique, alors que les entreprises françaises peinent déjà à absorber les chocs successifs des dernières années.

Le Smic est indexé sur l’inflation mesurée par l’Insee. Lorsque l’inflation dépasse un certain seuil, le salaire minimum est revalorisé mécaniquement pour préserver le pouvoir d’achat des salariés. Cette revalorisation intervient généralement en deux temps : une hausse en janvier, puis une seconde en juin si l’inflation le justifie.

Les allègements de charges patronales sont des réductions ou exonérations de cotisations sociales que l’État accorde aux entreprises, notamment pour les bas salaires. Ils visent à soutenir l’emploi et à limiter le coût du travail pour les employeurs, tout en encourageant la création d’emplois peu qualifiés.