Ce samedi 18 avril, l’émission BFM Stratégie diffusée sur BFM Business a consacré son cours n°362 à la santé mentale au travail, un sujet désormais incontournable dans le débat économique et managérial. Présentée par Frédéric Simottel, l’émission a réuni Guillaume d’Ayguesvives, cofondateur et PDG de Moka.Care, et Fanny Potier, partner et directrice au sein du Boston Consulting Group (BCG), pour décrypter une réalité à la fois progressive et inégale selon les secteurs et les entreprises.

Ce qu'il faut retenir

  • La santé mentale au travail est désormais considérée comme un levier stratégique par les entreprises, mais son intégration reste inégale.
  • Moka.Care, plateforme spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux, et le BCG, cabinet de conseil en management, ont partagé leur expertise sur les solutions concrètes mises en place.
  • L’émission s’inscrit dans une série de décryptages hebdomadaires, le cours n°362, diffusée à 13h21 ce samedi.
  • Frédéric Simottel, journaliste économique, anime ces échanges avec des experts issus du monde de l’entreprise et du conseil.

Un sujet placé sous les projecteurs par des acteurs clés du monde professionnel

Pour traiter de la santé mentale au travail, BFM Business a choisi de donner la parole à des professionnels directement impliqués dans ce domaine. Guillaume d’Ayguesvives, cofondateur et PDG de Moka.Care, une start-up française spécialisée dans la prévention des risques psychosociaux, a apporté un éclairage opérationnel. Son entreprise propose des outils conçus pour identifier et accompagner les salariés en difficulté, une approche qui s’appuie sur des données et des algorithmes prédictifs.

De son côté, Fanny Potier, partner et directrice au BCG, a partagé une vision plus large, centrée sur les enjeux de leadership et les stratégies managériales à adopter. Le BCG, en partenariat avec Moka.Care, intervient auprès d’entreprises pour les aider à transformer leur culture interne et à intégrer la santé mentale dans leurs politiques RH. Autant dire que le sujet est pris très au sérieux par les acteurs économiques, même si les avancées restent contrastées.

Entre reconnaissance du problème et actions concrètes : une réalité encore fragmentée

Selon les deux intervenants, la prise de conscience du problème est réelle, mais son traitement varie considérablement d’une entreprise à l’autre. « Les grandes entreprises, notamment celles cotées en bourse, intègrent désormais la santé mentale dans leurs rapports RSE », a expliqué Fanny Potier. Elle souligne que ces organisations disposent des moyens financiers et humains pour mettre en place des dispositifs ambitieux, comme des cellules d’écoute ou des programmes de formation des managers.

À l’inverse, les PME et les start-up peinent encore à se saisir du sujet, faute de ressources ou de connaissances. Guillaume d’Ayguesvives a rappelé que « près de 30 % des arrêts maladie en France sont liés à des troubles psychologiques », un chiffre qui illustre l’ampleur du phénomène. Pour lui, l’enjeu est double : sensibiliser les dirigeants et leur fournir des outils accessibles, adaptés à la taille de leur structure.

Les solutions proposées : entre prévention et accompagnement

Moka.Care et le BCG défendent une approche proactive, basée sur la prévention et l’accompagnement personnalisé. La plateforme de Moka.Care, par exemple, utilise l’intelligence artificielle pour analyser les données RH et détecter les signaux faibles de mal-être chez les salariés. « Notre objectif est d’agir en amont, avant que les situations ne deviennent critiques », a précisé Guillaume d’Ayguesvives. L’outil permet aux managers d’identifier les équipes ou les individus à risque et de proposer des solutions adaptées, comme un accompagnement psychologique ou des aménagements de poste.

Côté BCG, l’accent est mis sur la formation des managers, souvent désemparés face à des situations de stress ou de burn-out. Fanny Potier a évoqué des programmes de sensibilisation destinés aux cadres, afin de leur donner les clés pour repérer les signes de détresse psychologique et agir en conséquence. « Le rôle du manager est central », a-t-elle insisté. « Il doit être capable d’écouter, de dialoguer et d’orienter ses collaborateurs vers les ressources adaptées. »

Un enjeu économique et social qui dépasse le cadre de l’entreprise

Les intervenants ont également souligné que la santé mentale au travail ne concerne pas uniquement les salariés et leurs employeurs. Elle a un impact direct sur l’économie dans son ensemble, notamment à travers le coût des arrêts maladie et la baisse de productivité. Selon une étude de l’INRS, les troubles psychologiques coûtent près de 3 milliards d’euros par an aux entreprises françaises, sans compter les pertes indirectes liées à l’absentéisme et au turnover.

Pour Fanny Potier, la santé mentale est aussi un enjeu de compétitivité. « Les entreprises qui investissent dans le bien-être de leurs salariés enregistrent des gains de performance significatifs », a-t-elle rappelé. Elle cite des exemples de sociétés ayant réduit leur taux d’absentéisme de 20 % en deux ans grâce à des politiques ambitieuses en matière de santé mentale. Un argument qui pourrait convaincre les plus réticents.

Et maintenant ?

Alors que la réglementation évolue – la loi sur le devoir de vigilance et les obligations en matière de RSE s’intensifient –, les entreprises sont de plus en plus incitées à agir. Pour Guillaume d’Ayguesvives, la prochaine étape pourrait être l’intégration de la santé mentale dans les critères d’évaluation des entreprises, notamment dans le cadre des indices boursiers ou des labels RSE. « D’ici 2027, nous pourrions voir émerger des obligations légales plus strictes », anticipe-t-il. Côté BCG, Fanny Potier estime que les formations des managers devraient se généraliser, avec un objectif : former 50 % des cadres d’ici 2028.

Reste à savoir si les PME et les secteurs les moins avancés suivront le mouvement. Les prochains mois pourraient être décisifs, notamment avec la publication de nouveaux rapports sur l’impact économique de la santé mentale au travail.

Selon les données de l’INRS et des études sectorielles, les principales causes incluent la charge de travail excessive (35 %), le manque de reconnaissance (25 %), les conflits interpersonnels (20 %) et l’insécurité de l’emploi (15 %). Ces facteurs sont souvent cumulatifs et varient selon les secteurs d’activité.