La cour d’appel de Paris a rendu, ce lundi 22 juin 2026, une décision attendue dans l’affaire du chlordécone, ce pesticide controversé massivement utilisé aux Antilles jusqu’en 1993. Selon Libération, la juridiction a confirmé le non-lieu prononcé en 2023 en première instance, malgré les nombreuses questions soulevées sur la toxicité de ce produit et ses conséquences sanitaires pour les populations locales.

Ce qu'il faut retenir

  • La cour d’appel de Paris a validé le non-lieu de 2023 dans l’affaire du chlordécone, utilisé jusqu’en 1993 en Martinique et en Guadeloupe.
  • Les juges ont estimé que les éléments disponibles ne permettaient pas de justifier une réouverture de l’enquête.
  • Le chlordécone, un insecticide organochloré, est reconnu pour sa toxicité avérée et ses effets cancérigènes et reprotoxiques.
  • Son usage prolongé aux Antilles a laissé des traces durables dans les sols et les eaux, avec des répercussions sanitaires encore visibles aujourd’hui.
  • Les associations de victimes et les familles touchées dénoncent depuis des années un « scandale d’État » et demandent une reconnaissance pleine et entière de la responsabilité des autorités.

Un non-lieu confirmé après des années d’enquête

La décision de la cour d’appel de Paris s’inscrit dans la continuité de l’instruction menée depuis plusieurs années. Dès 2023, le juge d’instruction avait rendu un non-lieu, estimant que les éléments à charge ne permettaient pas d’engager des poursuites contre les responsables présumés. Ce verdict avait déjà suscité une vague de contestations parmi les victimes et les associations de défense des droits humains. « Cette décision est incompréhensible au regard de l’ampleur des dégâts sanitaires », avait réagi Me Jacques Saint-Paul, avocat de plusieurs familles antillaises, à l’époque.

Un pesticide au cœur d’un scandale sanitaire aux Antilles

Le chlordécone, produit par la firme américaine Allied Chemical, a été massivement épandu dans les bananeraies des Antilles françaises entre 1972 et 1993, malgré les alertes sur sa dangerosité. Autorisé en France sous dérogation, il a fini par être interdit en 1993 aux États-Unis et en 2008 dans l’Union européenne. Pourtant, ses résidus persistent dans les sols et les eaux, contaminant les cultures et l’eau potable. Selon les estimations, plus de 90 % des Guadeloupéens et Martiniquais seraient exposés à ce polluant, avec des taux dépassant parfois les seuils admissibles.

Les conséquences sanitaires sont dramatiques : hausse des cancers de la prostate, maladies rénales chroniques, troubles neurologiques et risques accrus pour les femmes enceintes. En 2020, une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) avait confirmé un lien entre l’exposition au chlordécone et l’augmentation des cancers chez les Antillais. « Les pouvoirs publics savaient et n’ont rien fait pour protéger la population », avait dénoncé le collectif « Justice pour le chlordécone », lors d’une conférence de presse en 2025.

Des victimes et associations en quête de justice

Depuis des années, les familles de victimes et les associations se battent pour obtenir réparation et une reconnaissance officielle des responsabilités. En 2024, un rapport parlementaire avait pointé du doigt les « déficiences des pouvoirs publics » dans la gestion de cette crise. Malgré les mobilisations, les procédures judiciaires peinent à aboutir. En 2025, une plainte avait été déposée contre l’État français pour « empoisonnement » et « mise en danger de la vie d’autrui », mais elle a été classée sans suite en première instance.

Les victimes espéraient que la cour d’appel rouvrirait l’enquête pour faire la lumière sur les responsabilités politiques et industrielles. « Nous ne lâcherons rien, même si la justice nous tourne le dos », avait affirmé Marie-Ange Jean, porte-parole du collectif « Chlordecone, non merci ! », lors d’une interview à France Antilles en mars 2026. Pour elles, cette décision marque un nouveau recul dans leur quête de vérité.

Et maintenant ?

La décision de la cour d’appel de Paris pourrait encore faire l’objet d’un pourvoi en cassation de la part des parties civiles. Une procédure qui pourrait prendre plusieurs mois, voire des années, avant un éventuel nouveau verdict. Par ailleurs, le gouvernement français a annoncé en 2025 un plan d’urgence de 100 millions d’euros sur cinq ans pour dépolluer les sols antillais, mais les associations jugent ce montant largement insuffisant. Reste à voir si cette décision judiciaire influencera les prochaines étapes politiques ou sanitaires.

Pour l’heure, les victimes et leurs représentants continuent de demander une reconnaissance officielle des préjudices subis, ainsi qu’une indemnisation équitable. La lutte judiciaire et citoyenne autour du chlordécone s’inscrit désormais dans la durée, malgré les obstacles persistants.