Selon BFM Business, SK Hynix a officiellement dépassé Samsung Electronics et est devenue la société cotée la plus valorisée de Corée du Sud, avec une capitalisation boursière de 1 180 milliards d’euros. Cette performance marque un tournant historique pour le géant des semi-conducteurs, qui domine désormais le marché mondial des puces mémoire spécialisées dans l’intelligence artificielle (IA).

Ce qu'il faut retenir

  • SK Hynix enregistre une capitalisation boursière de 1 180 milliards d’euros, dépassant pour la première fois Samsung Electronics, leader depuis 2000.
  • Son titre a progressé de plus de 340 % en 2026, porté par la demande en puces HBM pour l’IA, utilisées par des géants comme Nvidia et Google.
  • La capitalisation de SK Hynix atteint 2 082,5 milliards de wons (soit 1 180 milliards d’euros), contre 2 081,3 milliards de wons pour Samsung, selon les données boursières du 22 juin 2026.
  • En 2002, SK Hynix frôlait la faillite avec une dette écrasante avant de se redresser grâce à une restructuration et à l’essor de l’IA.
  • Son bénéfice d’exploitation a atteint un record de 23 500 milliards de wons en 2024, après une perte de 7 730 milliards en 2023.

Un redressement spectaculaire sur deux décennies

Cette ascension de SK Hynix illustre l’un des redressements les plus remarquables de l’histoire économique sud-coréenne. Dans les années 2000, l’entreprise, alors connue sous le nom de Hynix Semiconductor, était au bord de la faillite, étranglée par une dette colossale accumulée lors d’une expansion trop ambitieuse. En 2002, une tentative de rachat par le fabricant américain Micron avait échoué, laissant Hynix sous le contrôle de ses créanciers pendant près d’une décennie. À son nadir, en 2003, son action s’échangeait à seulement 135 wons, lui valant le surnom de « Dongjeon-ju » (« action de quelques centimes ») auprès des investisseurs locaux.

Malgré ces difficultés, SK Hynix a su rebondir en s’adaptant aux cycles du marché mondial des semi-conducteurs. Après des années de pertes et de restructurations, l’entreprise a finalement trouvé son rythme en se spécialisant dans les mémoires haute performance, notamment les puces HBM (High Bandwidth Memory) essentielles pour les applications d’IA. Ce choix stratégique s’est révélé décisif avec l’explosion de la demande en 2024, année où le bénéfice d’exploitation a atteint un niveau record de 23 500 milliards de wons, après une perte d’exploitation de 7 730 milliards en 2023.

La révolution des puces HBM et la domination de SK Hynix

Le virage vers les mémoires dédiées à l’IA a transformé l’économie du secteur. Selon Kim Sunwoo, analyste senior chez Meritz Securities, « L’émergence de la mémoire IA personnalisée a fondamentalement modifié l’économie du secteur et a permis à SK Hynix de s’imposer comme le leader du marché ». Cette spécialisation a permis à l’entreprise de devenir le principal fournisseur de puces HBM pour des acteurs majeurs comme Nvidia et Google, profitant ainsi de la croissance exponentielle de l’IA.

Cette orientation a également permis à SK Hynix de distancer ses concurrents directs. En juin 2026, sa capitalisation boursière a dépassé celle de Samsung Electronics, qui dominait pourtant la Bourse sud-coréenne depuis 26 ans. À titre de comparaison, le titre de SK Hynix a progressé de 5,7 % ce jour-là, portant sa valorisation à 2 082,5 milliards de wons, tandis que celui de Samsung n’a progressé que de 0,4 %, atteignant 2 081,3 milliards de wons (hors actions privilégiées). Si l’on inclut les actions préférentielles, Samsung revendique une capitalisation totale d’environ 2 252 milliards de wons.

Un marché en pleine mutation

Cette transition reflète une mutation profonde du secteur des semi-conducteurs. La demande en puces spécialisées pour l’IA a non seulement dopé la croissance de SK Hynix, mais a également redessiné la hiérarchie des acteurs du marché. Samsung, bien que toujours leader en volume global, voit son hégémonie contestée dans le segment haut de gamme. Le groupe sud-coréen, qui reste un géant incontournable, doit désormais composer avec une concurrence agressive sur le créneau des mémoires haute performance.

Pour SK Hynix, cette performance marque l’aboutissement d’une stratégie risquée mais payante. Après avoir frôlé la disparition il y a vingt ans, l’entreprise est aujourd’hui au cœur de l’écosystème technologique mondial. Son succès illustre aussi l’importance croissante de l’Asie dans la chaîne d’approvisionnement des technologies stratégiques, notamment face à des concurrents américains comme Micron.

Et maintenant ?

Plusieurs questions se posent désormais quant à l’avenir de ce nouveau leadership. SK Hynix devra-t-il maintenir sa domination face à des concurrents comme Samsung ou Micron, qui pourraient accélérer leurs investissements dans les puces HBM ? La demande en IA, bien que toujours forte, pourrait-elle ralentir avec l’évolution des cycles technologiques ? Enfin, cette percée va-t-elle inciter le gouvernement sud-coréen à revoir ses politiques industrielles pour soutenir davantage ce secteur stratégique ?

Pour l’heure, le secteur observe avec attention les prochaines publications financières de SK Hynix, attendues dans les prochains mois. Une stabilisation ou une nouvelle hausse de sa valorisation dépendra en grande partie de sa capacité à innover et à répondre à la demande croissante en mémoires pour l’IA. Une chose est sûre : la Corée du Sud, déjà un pilier mondial de la production de semi-conducteurs, voit son influence renforcée par ce basculement historique.

Les puces HBM (High Bandwidth Memory) sont conçues pour offrir des débits de données ultra-élevés, essentiels pour les applications d’intelligence artificielle nécessitant des calculs complexes en temps réel. Leur architecture empilée et leur bande passante élevée permettent d’améliorer significativement les performances des GPU et des systèmes d’IA, réduisant ainsi les goulots d’étranglement dans le traitement des données.

Cela dépendra de plusieurs facteurs : sa capacité à innover dans les technologies de mémoire, à gérer les cycles économiques du secteur, et à faire face à la concurrence accrue, notamment de la part de Samsung et des fabricants américains. Une forte demande persistante en IA et une gestion rigoureuse des coûts seront déterminantes pour maintenir cette position.