Le théâtre antique d’Épidaure a vibré, samedi 20 juin 2026, sous les ovations d’un public de dix mille spectateurs venus célébrer la recréation de « Médée » de Luigi Cherubini, un opéra rendu légendaire par Maria Callas en 1961. Selon Euronews FR, cette production de l’Opéra national grec, entièrement reconstituée à partir d’archives historiques, a marqué les esprits par son exigence esthétique et son respect scrupuleux de la mise en scène originale. Les places, épuisées dès le mois de février, témoignent de l’engouement suscité par cet événement, qui s’inscrit dans la programmation « L’opéra du futur à travers la matrice du passé ».

Ce qu'il faut retenir

  • La soprano italienne Anna Pirozzi a incarné le rôle-titre, saluée pour sa performance vocale et scénique dans ce rôle considéré comme l’un des plus difficiles du répertoire.
  • La production repose sur une reconstitution minutieuse des costumes, décors et chorégraphies de la version historique de 1961, signée Alexis Minotis et Yannis Tsarouchis.
  • Aucune captation vidéo de l’époque n’existe : les archives photographiques en noir et blanc et près de 150 costumes originaux ont permis de recréer fidèlement l’ensemble.
  • Cette résurrection s’inscrit dans une saison dédiée à la réinterprétation des chefs-d’œuvre lyriques du passé, à travers un prisme contemporain.
  • La tournée triomphale de cette production, lancée en 1958, avait marqué Dallas, Londres et Milan avant de s’achever en 1962 à la Scala.

Ce soir-là, à Épidaure, la salle a retenti des applaudissements nourris pour Anna Pirozzi, qui a porté le rôle de Médée avec une intensité rare. Dans une interview accordée à l’issue de la représentation, la chanteuse italienne a confié l’ampleur de la tâche :

« Ce rôle est très difficile, entre autres parce qu’il faut l’interpréter. Il ne suffit pas simplement de le chanter. Il faut vivre la femme qu’est Médée, la magicienne, et l’horrible meurtre qu’elle commet à la fin en tuant ses enfants. Il faut donc vraiment se mettre à sa place, vivre à 100 % le caractère de Médée. C’est très difficile, surtout ici, dans ce lieu où Maria Callas a interprété ce rôle de manière sublime. »
— Anna Pirozzi, soprano italienne

La production historique de 1961, mise en scène par Alexis Minotis avec des décors et costumes de Yannis Tsarouchis et une chorégraphie de Maria Hors, avait marqué l’histoire de l’opéra. Débutée à Dallas en 1958, elle s’était poursuivie au Royal Opera House de Londres en 1959, avant de connaître son apogée à Épidaure en 1961, puis de s’achever à la Scala de Milan en 1962. Soixante-cinq ans plus tard, c’est cette même exigence artistique qui a guidé la recréation présentée ce week-end, selon les archives conservées à l’Opéra national grec et à la Fondation culturelle de la Banque nationale de Grèce.

Le défi était de taille : aucune vidéo ne subsiste de la version originale. Comme l’a expliqué Giorgos Koumendakis, directeur artistique de l’Opéra national grec, c’est grâce à des images en noir et blanc et à quelque 150 costumes d’époque que l’équipe a pu reconstituer, avec une précision quasi chirurgicale, l’univers scénique de 1961 :

« Nous n’avons que des images de ce spectacle, en noir et blanc. Ces images nous ont aidés à reproduire le décor. Ce n’était pas la même chose pour les costumes, car nous disposions d’environ 150 costumes de Yannis Tsarouchis de l’époque. Quand on voit aujourd’hui le résultat, on ne distingue pas la différence entre l’original et ce que nous avons recréé. »
— Giorgos Koumendakis, directeur artistique de l’Opéra national grec

La recréation de « Médée » s’inscrit dans une saison artistique ambitieuse pour l’Opéra national grec, axée sur la réinvention des grands opéras du passé à travers des prismess modernes. Cette approche, intitulée « L’opéra du futur à travers la matrice du passé », vise à réconcilier héritage et innovation en proposant aux spectateurs des productions où chaque détail compte. Pour cette version, l’accent a été mis sur la fidélité historique, tout en permettant aux artistes contemporains d’y apposer leur empreinte.

Une reconstitution fidèle, un défi technique et artistique

La reconstruction des costumes et décors a nécessité des années de recherches et de collaborations entre historiens, costumiers et scénographes. Les archives de l’Opéra national grec, celles de la Fondation culturelle de la Banque nationale de Grèce, ainsi que des collections privées, ont servi de base à ce travail de mémoire. Selon Koumendakis, l’objectif était de créer une illusion d’optique : faire en sorte que le public ne puisse distinguer la reconstitution de l’original, tant les choix artistiques de Tsarouchis étaient précis et reconnaissables.

Les costumes, en particulier, ont été un point d’orgue du projet. Les 150 pièces conservées, souvent en soie ou en brocart, ont été restaurées avec un soin extrême pour retrouver leur éclat d’origine. Les décors, reconstitués à partir de photos et de croquis d’époque, ont été peints à la main pour reproduire fidèlement les tons et les textures des années 1960. Quant à la mise en scène, elle s’est appuyée sur les indications laissées par Minotis, dont les notes scéniques ont permis de recréer la chorégraphie et les déplacements des chanteurs.

Un héritage lyrique entre deux époques

La « Médée » de Cherubini, composée en 1797, est un opéra exigeant, tant sur le plan vocal que dramatique. Le rôle-titre, en particulier, est réputé pour sa complexité : il demande une soprano capable de passer d’une douceur envoûtante à une violence tragique en quelques mesures. Maria Callas, dont l’interprétation à Épidaure en 1961 reste dans les mémoires, avait porté ce personnage avec une intensité inégalée. Soixante-cinq ans plus tard, Anna Pirozzi a relevé le défi avec une intensité comparable, selon les critiques présents ce soir-là.

L’opéra de Cherubini, bien que moins joué que d’autres œuvres du répertoire, est considéré comme un sommet du bel canto dramatique. Son livret, inspiré de la mythologie grecque, raconte la vengeance de Médée, qui, abandonnée par Jason, tue leurs enfants pour punir son ancien amant. Ce thème, à la fois intime et universel, a trouvé à Épidaure un écrin à la hauteur de sa puissance émotionnelle.

Et maintenant ?

Cette recréation pourrait donner lieu à d’autres projets similaires, où l’Opéra national grec réinterpréterait des productions historiques à partir d’archives. La prochaine étape consisterait à évaluer la réception critique et publique de cette version, afin de déterminer si une tournée internationale est envisagée. Par ailleurs, les organisateurs pourraient envisager la publication d’un documentaire retraçant le processus de reconstitution, qui serait diffusé en ligne pour toucher un public plus large.

Cette soirée à Épidaure a confirmé l’engouement du public pour les œuvres lyriques, mais aussi pour les projets qui allient rigueur historique et créativité. Reste à savoir si cette expérience inspirera d’autres institutions à se lancer dans des recréations similaires, ou si elle restera un cas d’espèce. Une chose est sûre : le théâtre antique d’Épidaure, déjà célèbre pour son acoustique exceptionnelle, a une fois de plus prouvé qu’il était un lieu où l’histoire et l’art pouvaient se rencontrer sans jamais se figer.

Les archives de l’Opéra national grec, celles de la Fondation culturelle de la Banque nationale de Grèce, ainsi que des collections privées ont servi de base au travail de reconstitution. Aucune captation vidéo n’existant, les équipes se sont appuyées sur des images en noir et blanc et sur près de 150 costumes d’époque signés Yannis Tsarouchis.