Ce jeudi 11 juin marque la dernière ligne droite avant l’introduction en Bourse record de SpaceX, prévue vendredi sur le Nasdaq. Selon Capital, cette opération devrait pulvériser plusieurs records mondiaux, la demande des investisseurs dépassant largement l’offre, malgré l’ampleur exceptionnelle de la levée de fonds. Wall Street retient son souffle depuis plusieurs jours, tandis que la date exacte de la cotation ne sera officialisée qu’en fin de journée, comme le veut la tradition.

Comme à chaque entrée en Bourse d’une entreprise majeure, les dirigeants de SpaceX sont attendus vendredi pour sonner la cloche de l’ouverture à Times Square, siège du Nasdaq. Elon Musk, le patron du groupe aérospatial, a déjà pris ses quartiers près de New York depuis mardi, selon le compte spécialisé Elon Musk's Jet Tracking sur Bluesky. L’opération devrait permettre de lever 75 milliards de dollars, soit le triple du record détenu jusqu’ici par Saudi Aramco en 2019.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX vise une levée de fonds de 75 milliards de dollars lors de son introduction en Bourse, prévue vendredi 12 juin sur le Nasdaq, selon Capital.
  • Cette opération pourrait porter la valorisation du groupe à 1 765 milliards de dollars, dépassant ainsi celle de Saudi Aramco en 2019.
  • SpaceX a décidé d’attribuer 30 % des actions nouvelles à des investisseurs individuels, une proportion inhabituelle pour une telle levée de fonds.
  • La demande des investisseurs institutionnels représenterait le quadruple des titres disponibles, selon Jay Ritter, spécialiste des introductions en Bourse à l’université de Floride.

Une valorisation record pour un groupe aux performances contrastées

Avec une valorisation estimée à 1 765 milliards de dollars, SpaceX deviendrait d’ores et déjà l’une des dix plus grosses capitalisations boursières mondiales, devant Saudi Aramco à l’époque de son introduction. Pourtant, ces chiffres mirobolants s’appuient sur une croissance ralentie en 2025 et des pertes financières importantes : le groupe a enregistré près de cinq milliards de dollars de pertes l’an dernier, en raison notamment de ses investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA).

« Si vous regardez les comptes, il n’y a aucun moyen de justifier une telle valorisation », a déclaré Jay Ritter, professeur à l’université de Floride et spécialiste des introductions en Bourse. « Mais le marché ne ferait pas cela s’il ne croyait pas, ne serait-ce qu’un minimum, aux projections optimistes de SpaceX. » Bref, les investisseurs misent ici davantage sur le potentiel futur que sur les résultats actuels du groupe.

Ce que les actionnaires achètent : du potentiel, pas seulement des actifs rentables

Ce que propose SpaceX aux investisseurs va bien au-delà des activités déjà rentables comme le lanceur Falcon ou le réseau internet Starlink. Le groupe mise sur des marchés encore inexistants, comme celui des centres de données dans l’espace. Aucune autre entreprise de cette envergure n’ose évoquer aussi ouvertement des projets comme la colonisation de la Lune ou de Mars. Jay Ritter, qui suit les introductions en Bourse depuis des décennies, n’a jamais observé un tel engouement, sauf peut-être lors de l’entrée en Bourse de Facebook, dont des centaines de millions d’utilisateurs potentiels étaient déjà inscrits avant même la cotation.

Un succès à Wall Street vendredi pourrait propulser la fortune personnelle d’Elon Musk au-delà du seuil symbolique des 1 000 milliards de dollars, un niveau inédit dans l’histoire des fortunes mondiales. Pourtant, cette opération n’est pas sans susciter des critiques. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a appelé mercredi le régulateur boursier américain, la SEC, à retarder la cotation le temps de vérifier que les investisseurs ne sont pas exposés à des risques disproportionnés.

Des oppositions qui peinent à freiner l’élan

Vendredi, le mouvement Stop Funding Billionaires organise un rassemblement devant le siège du Nasdaq pour dénoncer cette levée de fonds. Selon ce collectif, les fonds récoltés pourraient renforcer « l’autoritarisme », en référence au soutien financier apporté par Elon Musk à Donald Trump. Malgré ces contestations, rien n’indique que ces critiques pourront ternir l’enthousiasme des marchés.

Jay Ritter souligne d’ailleurs que l’engouement actuel rappelle celui qui avait entouré Facebook : « Des centaines de millions de personnes avaient déjà un compte Facebook, donc ça a fait beaucoup de bruit. » Pour SpaceX, c’est moins une base d’utilisateurs existante qui attire les investisseurs, qu’une vision à long terme, celle d’un conglomérat multi-facettes mêlant aérospatial, IA, puces électroniques, internet par satellite et réseau social.

Et maintenant ?

Si l’introduction en Bourse de SpaceX se déroule comme prévu, les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer la stabilité de son cours. Les analystes s’interrogent déjà sur la capacité du groupe à transformer ses promesses en résultats concrets, notamment dans des domaines aussi variés que l’IA ou les data centers spatiaux. Par ailleurs, la SEC pourrait encore examiner les conditions de cette levée de fonds, à la demande de certains élus. Enfin, la réaction des petits porteurs, qui détiennent près d’un tiers des nouvelles actions, pourrait aussi influencer la dynamique du titre à moyen terme.

Une opération qui dépasse le cadre financier

Cette introduction en Bourse s’inscrit dans une stratégie plus large de SpaceX, qui cherche à diversifier ses sources de financement. Avec Starlink, le groupe a déjà révolutionné l’accès à internet par satellite, mais c’est bien vers des horizons plus lointains que Musk oriente ses ambitions. La Lune et Mars ne sont plus seulement des objectifs lointains : ils deviennent des arguments commerciaux pour séduire les investisseurs.

Pourtant, malgré l’enthousiasme des marchés, certains observateurs restent sceptiques. « Il n’y a pas de précédent pour une valorisation aussi élevée sans revenus récurrents solides », rappelle Jay Ritter. « Mais après tout, les marchés financiers ont toujours eu tendance à anticiper plus qu’à compter. »

L’opération de vendredi pourrait donc bien confirmer ou infirmer cette tendance : croire en l’avenir plutôt qu’en le présent. Une chose est sûre, Wall Street sera aux aguets.

Selon Jay Ritter, spécialiste des introductions en Bourse à l’université de Floride, la demande des investisseurs institutionnels représenterait le quadruple des titres disponibles. Cet engouement s’explique par la réputation d’Elon Musk, la diversification des activités de SpaceX (aérospatial, IA, internet par satellite) et les projets futuristes comme les data centers dans l’espace ou la colonisation de Mars.

Jay Ritter souligne que « si on regarde les comptes, il n’y a aucun moyen de justifier une valorisation aussi élevée ». SpaceX a perdu près de cinq milliards de dollars en 2025, et sa croissance a ralenti. La SEC pourrait également examiner les conditions de l’opération, à la demande de la sénatrice Elizabeth Warren, qui craint que les investisseurs ne soient exposés à des risques disproportionnés.