Le groupe franco-italien de semi-conducteurs STMicroelectronics a une nouvelle fois marqué les esprits en Bourse ce mardi 2 juin. Son titre a progressé de 8,4 % vers 10h50, soit la plus forte hausse de l’indice CAC 40 sur la journée, après l’annonce de la révision à la hausse de ses perspectives de revenus dans les data centers pour 2026 et 2027. Depuis le 1er janvier, l’action affiche une progression de 186,1 %, confirmant son statut de locomotive du marché parisien cette année.

Ce qu'il faut retenir

  • Objectifs de revenus doublés dans les data centers : le groupe table désormais sur environ 1 milliard de dollars en 2026 et 2 milliards en 2027, contre des prévisions initiales bien inférieures.
  • La hausse de l’action s’explique par la forte demande en infrastructures d’IA et les progrès techniques de STMicroelectronics, notamment dans les composants pour centres de données.
  • Le groupe mise aussi sur les satellites en basse orbite (LEO), un nouveau relais de croissance estimé à 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires cumulé entre 2026 et 2028.
  • Les autres segments (automobile, électronique grand public) montrent des signes de reprise cyclique, bien que certains analystes restent prudents.
  • Les investisseurs révisent leurs anticipations après ces annonces, alors que la société ne communique traditionnellement que des objectifs trimestriels.

Selon BFM Bourse, cette performance boursière s’inscrit dans la continuité d’une année exceptionnelle pour STMicroelectronics, désormais considérée comme une « valeur IA » incontournable. Le groupe, dirigé par Jean-Marc Chéry, a profité d’un effet de levier lié à l’explosion de la demande en infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle. Cette dynamique s’est traduite par une révision spectaculaire de ses cibles financières, alors que le marché des semi-conducteurs reste particulièrement volatile.

Des perspectives revues à la hausse dans les data centers

STMicroelectronics a significativement relevé ses objectifs pour son segment dédié aux centres de données, un choix stratégique qui reflète l’engouement actuel pour l’IA. Pour 2026, le groupe prévoit désormais un chiffre d’affaires d’environ 1 milliard de dollars, contre une fourchette initiale « confortablement au-dessus de 500 millions de dollars ». En 2027, les revenus « pourraient doubler » pour atteindre 2 milliards de dollars, contre une estimation précédente « bien au-dessus de 1 milliard de dollars ».

Ces ajustements s’expliquent par « une forte demande portée par les infrastructures d’intelligence artificielle » et « des progrès récents dans la montée en capacité », précise la direction. Contrairement à d’autres secteurs, STMicroelectronics ne publie pas de prévisions annuelles globales, mais des objectifs trimestriels. Ces nouvelles cibles annuelles dans les data centers ont donc suscité un vif intérêt auprès des investisseurs, poussant certains analystes à revoir leurs modèles.

Par exemple, Morgan Stanley tablait initialement sur 560 millions de dollars pour 2026 et 1,67 milliard pour 2027. Ces chiffres sont désormais largement dépassés, illustrant l’ampleur de la révision opérée par le groupe.

L’IA et les satellites LEO : deux moteurs de croissance identifiés

STMicroelectronics s’est imposée comme un acteur clé des infrastructures numériques, grâce à ses composants électroniques conçus pour les data centers des géants du cloud. Ses solutions, comme la plateforme PIC 100 (circuits intégrés de photoniques sur silicium), permettent d’améliorer la bande passante, de réduire la latence et d’optimiser l’efficacité énergétique face à l’augmentation des charges de travail liées à l’IA. « Une bande passante plus élevée, une latence réduite et une meilleure efficacité énergétique face à l’augmentation des charges de travail en intelligence artificielle », explique la société.

Le groupe a également développé des produits de conversion de puissance pour l’architecture 800 VDC, une norme émergente pour les centres de données qui vise à remplacer l’ancienne infrastructure de 54 VDC, jugée obsolète par des acteurs comme Nvidia. Cette technologie, plus efficace et moins gourmande en cuivre, s’inscrit dans la révolution énergétique induite par l’essor de l’IA. Morgan Stanley soulignait fin mars que les data centers recourront de plus en plus à la fibre optique pour l’interconnexion, un marché où STMicroelectronics est bien positionnée.

« La connectivité optique, la conversion de puissance et les composants d’infrastructure thermique – autant de technologies permettant aux centres de données de communiquer, d’être alimentés et de mieux gérer leur consommation – sont vus comme des relais de croissance importants » chez STMicroelectronics, a indiqué Enguerrand Artaz, stratégiste chez La Financière de l’Échiquier, la semaine dernière.

Les satellites en basse orbite (LEO) : un nouveau relais de croissance

En parallèle de son exposition à l’IA, STMicroelectronics mise sur un autre secteur prometteur : les satellites en basse orbite (LEO). Ces satellites, comme ceux de Starlink (SpaceX) ou de la constellation OneWeb (Eutelsat), offrent une couverture mondiale avec une latence bien inférieure à celle des satellites géostationnaires (GEO). « Les satellites LEO offrent une couverture mondiale réelle avec une faible latence, généralement plus de cinq fois plus rapide que les GEO, rendant l’expérience utilisateur plus proche de celle des appareils connectés à la fibre terrestre », explique AST Networks.

Le groupe développe des circuits intégrés optiques et de radiofréquence pour les terminaux de Starlink, confirmant son rôle dans l’écosystème spatial. Selon UBS, les satellites LEO pourraient générer un chiffre d’affaires supplémentaire de 3 milliards de dollars entre 2026 et 2028 pour STMicroelectronics, alors que le groupe avait enregistré 11,8 milliards de dollars de revenus en 2025. « Nous croyons que l’opportunité sur les satellites LEO sera très favorable à court terme, entraînant une augmentation des estimations pour 2026, tant sur le chiffre d’affaires que sur les marges, et favorable au sentiment compte tenu de l’intérêt croissant des investisseurs pour le thème spatial », estimait UBS en mai.

Et maintenant ?

La prochaine échéance pour les investisseurs sera le prochain rapport trimestriel de STMicroelectronics, attendu pour la fin juillet 2026. Les analystes scruteront notamment l’évolution des commandes dans les data centers et le rythme de pénétration des solutions pour satellites LEO. Une confirmation de ces tendances pourrait entraîner une nouvelle révision à la hausse des prévisions, tandis qu’un ralentissement de la demande en IA pourrait peser sur la valorisation du titre. Reste à voir si cette dynamique se maintiendra au-delà de 2026, alors que le marché des semi-conducteurs reste soumis à des cycles économiques imprévisibles.

Les autres segments traditionnels de STMicroelectronics, comme l’automobile ou l’électronique grand public, montrent des signes de reprise cyclique. Cependant, Barclays pointait fin avril des « points d’interrogation » sur l’automobile et l’électronique personnelle, deux secteurs encore marqués par des incertitudes structurelles. Malgré cela, la banque concluait que « STMicroelectronics signale que le cycle haussier est en train de se former, suralimenté par son exposition à l’IA et aux satellites. Ainsi, les revenus évoluent dans la bonne direction avec un fort élan ».

Avec une action en hausse de 186 % depuis le début de l’année et des perspectives revues en profondeur, STMicroelectronics confirme sa position de valeur phare de l’IA et des infrastructures numériques. Pour les investisseurs, la question n’est plus de savoir si le groupe profitera de ces tendances, mais dans quelle mesure il saura maintenir cette dynamique face à une concurrence accrue et à des cycles technologiques parfois imprévisibles.

STMicroelectronics est perçue comme une « valeur IA » car ses composants (circuits photoniques, solutions de conversion de puissance, etc.) sont essentiels aux infrastructures des data centers, cœur des systèmes d’intelligence artificielle. Les géants du cloud comme Amazon, Microsoft ou Google s’appuient sur ses technologies pour connecter et alimenter leurs serveurs.

Les principaux risques incluent une possible saturation du marché des semi-conducteurs pour l’IA, une concurrence accrue (notamment de la part de Nvidia ou des fabricants asiatiques) et une dépendance trop forte à un seul segment (les data centers). Les cycles économiques des secteurs automobile et électronique grand public restent également incertains.