Avec des stocks de gaz descendus à 22% à la fin de l’hiver, la France doit impérativement remplir ses réserves souterraines avant le prochain hiver. Selon BFM Business, cette opération, déjà en cours près de Paris, s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu et de tensions sur les approvisionnements en hydrocarbures.
Ce qu'il faut retenir
- Les stocks de gaz en France étaient remplis à 22% fin mars 2026, un niveau insuffisant pour l’hiver suivant.
- L’objectif national est désormais fixé entre 80% et 90% d’ici l’automne, avec une flexibilité autorisée par l’UE.
- Un site clé comme celui de Saint-Illiers-la-Ville (Yvelines), géré par Storengy, stocke jusqu’à 690 millions de m³ de gaz, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville comme Beauvais.
- La guerre au Moyen-Orient et les tensions sur les approvisionnements ont accéléré la nécessité de sécuriser les réserves.
Des réserves souterraines stratégiques pour l’hiver
À 70 km à l’ouest de Paris, dans la commune de Saint-Illiers-la-Ville (Yvelines), l’un des 14 sites de stockage souterrains exploités par Storengy — filiale d’Engie — joue un rôle clé pour l’Île-de-France et la Normandie. Selon BFM Business, ce site, qui emploie une quarantaine de salariés, stocke le gaz dans une nappe aquifère, une couche de roche poreuse imbibée d’eau, s’étendant sur le territoire de huit communes.
Le gaz est acheminé par canalisation puis injecté sous terre via 27 conduites verticales, descendant entre 330 et 460 mètres de profondeur. « Il faut imaginer une tuyauterie qui descend sous nos pieds », explique Coralie Croissant, cheffe du site. La capacité totale du site atteint 690 millions de m³, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville comme Beauvais.
Un remplissage en cours malgré les tensions géopolitiques
Alors que les tensions au Moyen-Orient menacent les approvisionnements en gaz naturel liquéfié (GNL), notamment en raison du blocage du détroit d’Ormuz — par lequel transitaient 20% du commerce mondial de GNL —, l’Europe cherche à sécuriser ses réserves. « Aujourd’hui, le champ des possibilités d’approvisionnement s’est réduit en Europe, on a moins de flexibilités, ce qui rend nécessaire d’avoir du gaz présent sur notre territoire — ou plutôt sous notre territoire », déclare Charlotte Roule, directrice générale de Storengy.
Fin mars 2026, les stocks français étaient remplis à 22%, un niveau jugé insuffisant pour affronter l’hiver suivant. Depuis, le remplissage a repris, avec un niveau dépassant désormais 30%. « Le remplissage se passe bien », assure Charlotte Roule, qui table sur un objectif national de 85% à 90% avant l’hiver, conformément aux exigences européennes.
L’Europe assouplit ses règles pour éviter une flambée des prix
Face à la crise énergétique de 2022, l’Union européenne avait imposé aux États membres un objectif de 90% de remplissage des stocks au 1er novembre. Cependant, cette mesure avait provoqué des distorsions sur les marchés et une tension sur les prix estivaux. En juillet 2025, les règles ont été assouplies : les États peuvent désormais atteindre cet objectif entre le 1er octobre et le 1er décembre, avec une flexibilité de 10% en cas de conditions défavorables.
En mars 2026, la Commission européenne est allée plus loin en recommandant aux États de viser plutôt 80% de remplissage pour éviter de trop solliciter le marché. « Ces mesures visent à éviter une pression excessive sur la demande de gaz », souligne Charlotte Roule. Une stratégie qui semble porter ses fruits : la France « est en position de tenir » ses objectifs, selon elle.
Un rôle qui dépasse la simple réserve énergétique
Les stockages souterrains ne servent pas uniquement à constituer des réserves pour l’hiver. Ils jouent aussi un rôle dans la régulation du marché. Historiquement, les fournisseurs d’énergie et les traders profitaient des prix bas en été pour stocker du gaz, puis le revendre à prix d’or en hiver. Mais depuis la guerre en Ukraine et les tensions actuelles au Moyen-Orient, leur fonction de sécurisation de l’approvisionnement a pris le pas sur les logiques spéculatives.
En France, 130 térawattheures (TWh) de gaz sont stockés dans ce type d’infrastructure, dont 100 TWh gérés par Storengy et le reste dans le Sud-Ouest par Teréga. Ces réserves couvrent environ un tiers de la consommation nationale annuelle. Certains jours de l’hiver 2025-2026, les stockages ont même assuré jusqu’à 80% de la consommation française.
Un avenir incertain entre gaz et renouvelables
À plus long terme, le rôle du gaz dans le mix énergétique français pourrait évoluer. Alors que le système énergétique s’électrifie avec le développement des énergies renouvelables, le gaz est parfois présenté comme un complément pour compenser l’intermittence du solaire et de l’éolien. Pourtant, selon RTE, il ne représente aujourd’hui qu’une faible part de la production d’électricité : entre 2% et 3% en été, et entre 5% et 10% en hiver.
Le gaz doit désormais composer avec d’autres solutions de stockage, comme les parcs de batteries. « Le gaz reste un outil de flexibilité important, mais il est concurrencé par des technologies émergentes », analyse un expert du secteur. Pour l’instant, son utilisation dans la production électrique reste limitée, mais il conserve un rôle clé pour la sécurité d’approvisionnement.
Charlotte Roule, de Storengy, se veut rassurante : « La France est en bonne voie pour tenir ses engagements. » Reste à savoir si les tensions géopolitiques et les aléas climatiques permettront de mener cette opération à bien sans encombre.
Fin mars 2026, les stocks de gaz en France n’étaient remplis qu’à 22%, un niveau insuffisant pour affronter l’hiver suivant. Cette situation s’explique par la forte consommation hivernale et les tensions sur les approvisionnements en hydrocarbures, aggravées par la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz, selon BFM Business.
L’Union européenne a assoupli ses règles en juillet 2025, permettant aux États de remplir leurs stocks entre le 1er octobre et le 1er décembre au lieu du 1er novembre, avec une flexibilité de 10%. En mars 2026, la Commission européenne a même recommandé de viser 80% plutôt que 90% pour éviter une pression excessive sur les prix.
