Les combats ont repris de plus belle sur les hauts plateaux du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo. D’après RFI, trois localités des territoires de Fizi et de Mwenga ont changé de main à plusieurs reprises en l’espace de 48 heures. Le 8 juin, la coalition formée par l’AFC (Alliance des Forces de Changement) et le M23, soutenue par le mouvement Twirwaneho, avait pris le contrôle de ces positions avant d’être repoussée par les Forces armées de la RDC (FARDC) dès le 10 juin. Autant dire que la situation reste extrêmement volatile dans cette zone stratégique.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois localités des territoires de Fizi et de Mwenga (Sud-Kivu) ont été prises et reprises entre le 8 et le 10 juin 2026.
  • La coalition AFC/M23-Twirwaneho s’est emparée des positions le 8 juin, avant que les FARDC ne les reprennent deux jours plus tard.
  • Les combats ont impliqué l’usage de drones par les deux camps, entraînant des victimes civiles.
  • Les deux parties se rejettent mutuellement la responsabilité des violences et des pertes humaines.
  • Le contrôle de ces zones est crucial, car elles se trouvent aux portes de Minembwe, un carrefour géographique et stratégique.

Une escalade militaire autour de Minembwe

Les hauts plateaux du Sud-Kivu, où se concentrent ces affrontements, sont depuis plusieurs mois au cœur d’une bataille d’influence entre les groupes armés et l’armée régulière congolaise. D’après les informations recueillies par RFI, la reprise des trois localités par les FARDC le 10 juin intervient après une contre-offensive menée dans la foulée de la perte de ces positions. Les combats ont été particulièrement intenses, avec des échanges de tirs nourris et l’utilisation de drones tactiques de part et d’autre.

Côté congolais, les autorités militaires affirment avoir « neutralisé plusieurs éléments ennemis » et « rétabli la sécurité » dans la zone. De leur côté, les porte-parole de la coalition AFC/M23-Twirwaneho contestent cette version et dénoncent des « frappes indiscriminées » ayant causé des « pertes civiles importantes ». Les deux camps se renvoient ainsi la responsabilité des violences, sans qu’aucune source indépendante ne puisse pour l’instant confirmer l’ampleur exacte des dégâts.

Des drones au cœur des combats

Ce qui distingue ces affrontements des précédents, c’est l’usage massif de drones. D’après des observateurs locaux cités par RFI, les deux parties auraient eu recours à des appareils armés ou de reconnaissance pour repérer les mouvements ennemis et ajuster leurs tirs. Ces engins, de plus en plus accessibles aux groupes armés non étatiques, compliquent considerably la tâche des forces régulières et augmentent le risque pour les populations civiles.

Les drones ont notamment été utilisés pour bombarder des positions supposées, mais des témoignages recueillis sur place évoquent des « erreurs de ciblage » ayant touché des villages et des axes routiers. Les autorités sanitaires locales ont signalé une hausse des admissions pour blessures liées aux combats, bien que les chiffres exacts n’aient pas encore été consolidés. « Les drones ne font pas de distinction entre combattants et civils », a souligné un responsable médical de Fizi, sous couvert d’anonymat.

Un enjeu stratégique autour de Minembwe

Au-delà de l’aspect purement militaire, la reprise de ces trois localités s’inscrit dans une logique plus large. Minembwe, située à proximité, est un carrefour économique et démographique majeur pour la région. Le contrôle de ces zones permet notamment d’assurer la sécurité des axes commerciaux reliant le Sud-Kivu aux provinces voisines, comme le Burundi ou le Rwanda. C’est aussi une région riche en ressources naturelles, ce qui en fait un objectif pour les groupes armés en quête de financement.

Selon des analystes de la région, la coalition AFC/M23-Twirwaneho chercherait à étendre son influence depuis le Nord-Kivu vers le Sud-Kivu, profitant des faiblesses des FARDC dans certaines zones. « Ces combats ne sont pas une simple escarmouche », a expliqué un expert en sécurité basé à Goma. « Ils visent à sécuriser des corridors logistiques et à marginaliser les forces pro-gouvernementales dans l’est du pays. »

Et maintenant ?

La situation reste très incertaine dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Les FARDC ont repris le contrôle des trois localités, mais la coalition AFC/M23-Twirwaneho pourrait tenter une nouvelle offensive dans les prochaines semaines. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, prévue pour le 15 juin, doit aborder la dégradation de la situation dans l’est de la RDC. Par ailleurs, des sources diplomatiques évoquent la possibilité d’un déploiement renforcé de la MONUSCO, la mission de l’ONU en RDC, pour tenter de stabiliser la zone. Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter une nouvelle escalade.

Dans l’immédiat, la priorité des organisations humanitaires est d’évaluer l’impact des combats sur les populations civiles. Des milliers de personnes pourraient avoir fui les zones de tension, mais les routes étant coupées par les affrontements, les possibilités d’accès restent limitées. Les ONG locales appellent à une trêve humanitaire pour permettre l’évacuation des blessés et la distribution d’aide d’urgence.