Les deux éruptions du piton de la Fournaise survenues en 2026 ont attiré des milliers de spectateurs à La Réunion, mais la surfréquentation du site met en péril une biodiversité déjà fragile. Selon Reporterre, les comportements à risque et l’accumulation de déchets le long des sentiers menacent désormais l’équilibre d’un volcan classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Ce qu'il faut retenir
- Deux éruptions majeures en 2026 au piton de la Fournaise, attirant un afflux massif de visiteurs.
- Déchets (verre, plastique, mégots) jonchant les sentiers, du parking jusqu’au cratère, selon Reporterre.
- Biodiversité fragile déjà affectée par les comportements à risque des randonneurs.
- Le site, classé à l’UNESCO, voit son équilibre écologique menacé par le surtourisme.
- L’Office national des forêts (ONF) et les autorités locales peinent à encadrer les flux touristiques.
Un afflux record de visiteurs mal maîtrisé
Avec deux éruptions enregistrées en 2026, le piton de la Fournaise a connu une fréquentation exceptionnelle. « Le problème, c’est la masse », a souligné un responsable de l’ONF cité par Reporterre. Les parkings et les sentiers, conçus pour un flux limité, se sont retrouvés saturés, entraînant des comportements dangereux. Certains visiteurs, attirés par l’ampleur des coulées de lave, ont quitté les zones balisées, risquant de perturber les écosystèmes protégés.
Les déchets abandonnés par les randonneurs — bouteilles en plastique, emballages, mégots — s’étalent désormais sur plusieurs centaines de mètres. « On trouve même des mouchoirs et des lingettes, preuve que l’incivilité n’a pas de limites », a déploré un guide local interrogé par le média. Les autorités reconnaissent des difficultés à faire respecter les consignes de nettoyage, faute de moyens humains et logistiques suffisants.
Une biodiversité sous pression
Le piton de la Fournaise abrite des espèces endémiques, comme la Saxifraga marginata ou des oiseaux comme le pétrel de Barau, déjà menacés par les espèces invasives et les changements climatiques. « Chaque pas hors des sentiers officiels peut détruire des micro-habitats », a expliqué un écologue de l’Université de La Réunion. Les coulées de lave, bien que spectaculaires, sont aussi des milieux fragiles où la régénération prend des décennies.
Les scientifiques alertent sur le risque de voir certaines zones du volcan basculer dans un état de dégradation irréversible. « Le substrat est très sensible à la pression humaine », a rappelé le même écologue. Les études préliminaires menées après les éruptions de 2026 montrent une baisse de 15 % de la couverture végétale dans les zones les plus fréquentées, selon des données encore non publiées citées par Reporterre.
Des solutions en débat, mais peu de mesures concrètes
Face à l’urgence, l’ONF et la Région Réunion étudient plusieurs pistes : limitation des accès, renforcement des patrouilles, ou encore installation de poubelles supplémentaires. « On teste des solutions, mais la mise en œuvre prend du temps », a indiqué un porte-parole de l’ONF. Une concertation avec les associations de protection de l’environnement est prévue pour juin 2026, avec pour objectif de présenter un plan d’action d’ici la fin de l’année.
Certains élus locaux plaident pour une régulation plus stricte, comme la réservation obligatoire des créneaux de visite. « Il faut éviter que le site ne devienne un parc d’attractions », a déclaré un conseiller régional. D’autres, plus modérés, préfèrent miser sur la sensibilisation du public, via des campagnes de communication et des panneaux explicatifs renforcés.
Quoi qu’il en soit, l’équilibre entre préservation et attractivité touristique reste fragile. Comme le rappelle un rapport de l’UNESCO de 2025, « un site classé ne peut supporter une pression humaine illimitée sans conséquences ». La question est désormais de savoir si La Réunion parviendra à concilier ces impératifs avant que les dégradations ne deviennent irréversibles.
Parmi les espèces les plus fragilisées figurent la Saxifraga marginata, une plante endémique, ainsi que le pétrel de Barau, un oiseau marin dont les nids sont situés à proximité des sentiers les plus fréquentés. Les coulées de lave, bien que stériles à court terme, abritent aussi des micro-organismes essentiels à la régénération du milieu.