Près de 90 % des semi-conducteurs les plus sophistiqués au monde sont encore fabriqués à Taïwan, un chiffre qui n’a pas évolué depuis plusieurs années, malgré les tensions géopolitiques persistantes dans la région. C’est ce qu’a rappelé Valentine Ainouz, responsable de la stratégie taux chez Amundi Institute, lors de son passage ce lundi 11 mai 2026 dans l’émission BFM Bourse, présentée par Guillaume Sommerer. Ce constat souligne la dépendance critique des industries technologiques mondiales vis-à-vis de l’île, alors que les risques de perturbation liés à une escalade militaire entre Pékin et Taipei restent une préoccupation majeure pour les marchés.

Ce qu'il faut retenir

  • Selon BFM Business, 90 % des puces les plus avancées (nœuds technologiques 3 nm et moins) sont produites à Taïwan.
  • Cette concentration géographique pose un risque systémique pour les chaînes d’approvisionnement mondiales en semi-conducteurs.
  • Valentine Ainouz, d’Amundi Institute, et Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud AM, ont évoqué ce sujet lors de l’émission BFM Bourse du 11 mai 2026.
  • Les tensions autour de Taïwan et leur impact potentiel sur la production de puces étaient au cœur des discussions.
  • Les marchés financiers surveillent de près les évolutions géopolitiques et leurs répercussions sur les secteurs technologiques.

Une dépendance critique pour l’économie mondiale

Les semi-conducteurs avancés, essentiels aux smartphones, aux ordinateurs, aux véhicules électriques et aux infrastructures 5G, sont majoritairement produits dans une poignée de sites localisés à Taïwan. Selon les dernières données disponibles, les usines de TSMC (Taiwan Semiconductor Manufacturing Company), le géant taïwanais, assurent à elles seules plus de 60 % de la production mondiale de puces les plus performantes. Cette domination s’explique par des investissements colossaux en recherche et développement, ainsi que par une main-d’œuvre hautement qualifiée. « Taïwan reste incontournable pour les industries qui ont besoin de puces ultra-performantes », a souligné Valentin Bissat, chef économiste chez Mirabaud Asset Management, lors du débat.

Les risques géopolitiques pèsent sur la stabilité des approvisionnements

La question de Taïwan ne se limite pas à un enjeu économique : elle s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu. Pékin considère l’île comme une province séparatiste et n’exclut pas le recours à la force pour en prendre le contrôle. Une telle escalade aurait des conséquences désastreuses pour l’économie mondiale, déjà fragilisée par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. « Les marchés craignent une perturbation des chaînes d’approvisionnement, ce qui pourrait entraîner des pénuries et une hausse des coûts pour les consommateurs », a expliqué Valentine Ainouz. « Une crise à Taïwan aurait un effet domino sur des secteurs entiers, de l’électronique aux télécommunications. »

Les alternatives peinent à émerger malgré les investissements massifs

Malgré les efforts des États-Unis, de l’Europe et du Japon pour relocaliser une partie de la production, les capacités actuelles restent insuffisantes. Les États-Unis, via le CHIPS Act, ont alloué 52 milliards de dollars pour stimuler la fabrication locale, tandis que l’Union européenne a lancé son propre plan, le European Chips Act, avec un budget de 43 milliards d’euros. Pourtant, selon les experts, ces initiatives mettront des années avant de porter leurs fruits. « Même avec des investissements records, il faudra au moins cinq à dix ans pour que les nouvelles usines atteignent une capacité significative », a rappelé Valentin Bissat. « En attendant, la dépendance à Taïwan reste un facteur de risque majeur. »

Les marchés financiers sous haute tension

L’émission BFM Bourse du 11 mai a également abordé l’impact de cette situation sur les marchés. Les investisseurs scrutent désormais avec une attention accrue les signaux envoyés par les autorités taïwanaises et chinoises. Une déclaration de Xi Jinping ou une manœuvre militaire pourraient déclencher des réactions en chaîne sur les places boursières. « Les marchés actions comme les obligations sont particulièrement sensibles à ce risque », a indiqué Valentine Ainouz. « Une escalade entraînerait une volatilité accrue, avec des répercussions sur les valorisations des entreprises technologiques et des secteurs dépendants des semi-conducteurs. »

Et maintenant ?

La situation à Taïwan pourrait s’aggraver dans les prochains mois, notamment en raison des tensions préélectorales aux États-Unis et de l’intensification des exercices militaires chinois autour de l’île. Les prochaines semaines seront cruciales, avec notamment la rencontre prévue entre Donald Trump et Xi Jinping, qui pourrait donner des indications sur l’évolution du statu quo. Pour les industriels, la priorité reste de diversifier les sources d’approvisionnement, mais les alternatives (États-Unis, Corée du Sud, Japon, Europe) ne pourront combler le vide à court terme. La résilience des chaînes d’approvisionnement dépendra donc largement de la capacité des acteurs à anticiper les risques et à renforcer leurs stocks stratégiques.

En définitive, la concentration de la production de puces à Taïwan pose une équation complexe : comment concilier sécurité économique et stabilité géopolitique ? Alors que les tensions persistent, les acteurs du secteur restent en alerte, conscients que le moindre incident pourrait avoir des répercussions mondiales.

Les principaux concurrents de Taïwan sont les États-Unis, avec des projets comme ceux d’Intel ou de TSMC à Phoenix (Arizona), la Corée du Sud (Samsung et SK Hynix), le Japon (Rapidus) et l’Europe (STMicroelectronics et Intel en Allemagne). Cependant, ces sites ne devraient pas atteindre une capacité suffisante avant 2027-2028 au plus tôt. Pour l’instant, aucune région ne peut rivaliser avec l’île en termes de volume et de technologie pour les nœuds 3 nm et inférieurs.

Un conflit militaire à Taïwan entraînerait une pénurie massive de semi-conducteurs, paralysant des industries entières comme l’automobile, l’électronique grand public ou les télécommunications. Les analystes estiment que cela pourrait réduire la croissance mondiale de 1 à 2 points de PIB, selon l’ampleur de la crise. Les prix des puces pourraient exploser, et les délais de livraison s’allongeraient de plusieurs années pour certains composants critiques.