Un cinquième du trafic mondial d’hydrocarbures transite chaque jour par le détroit d’Ormuz, un point stratégique qui reste sous haute tension malgré un cessez-le-feu conclu entre les États-Unis et l’Iran. Depuis le 8 avril 2026, date d’entrée en vigueur de cet accord temporaire de deux semaines, la situation sur place n’a pas connu d’amélioration notable. Le trafic maritime y est toujours presque à l’arrêt, tandis que Téhéran a mis en place une nouvelle structure pour encadrer, et taxer, le passage des navires. Selon BFM Business, qui s’appuie sur le journal spécialisé Lloyd’s List, l’Iran a créé l’Autorité du détroit du Golfe persique (PGSA), une agence gouvernementale chargée d’approuver les transits et de percevoir des droits de passage.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Iran a instauré le 8 avril 2026 un cessez-le-feu de deux semaines avec les États-Unis, toujours en vigueur malgré des tensions persistantes.
  • Le détroit d’Ormuz, passage clé pour 20 % du trafic mondial d’hydrocarbures, reste paralysé en raison des blocages imposés par les deux camps.
  • Téhéran a créé la PGSA, une autorité chargée d’autoriser ou non le passage des navires et de percevoir des droits de transit.
  • Les navires doivent désormais fournir des données détaillées sur leur propriétaire, leur assurance, leur équipage et leur itinéraire avant toute autorisation.
  • Les premiers revenus issus de ces droits de passage ont été perçus par l’Iran dès le 23 avril 2026.
  • Malgré les négociations en cours, les incidents entre les deux pays se multiplient, compliquant toute reprise durable du trafic.

Une autorité pour contrôler un passage stratégique

Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, est un goulet d’étranglement pour le transport maritime mondial. Chaque jour, des dizaines de pétroliers et de cargos y transitent, transportant des millions de barils de pétrole. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient — déclenchée par l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février 2026 — ce corridor est devenu un foyer de tensions permanentes. Washington et Téhéran s’affrontent indirectement via des mesures de rétorsion économique et militaire. Le blocus des ports iraniens imposé par les États-Unis et les restrictions de passage décidées par l’Iran ont paralysé une grande partie du trafic.

Pour formaliser son contrôle sur ce passage, l’Iran a donc mis sur pied la PGSA, une structure qui se présente comme la seule habilitée à délivrer des autorisations de transit. Selon Lloyd’s List, cité par BFM Business, les navires doivent désormais communiquer une série d’informations précises avant même d’envisager de franchir le détroit. Outre les coordonnées du propriétaire et de l’assurance, les armateurs doivent détailler la composition de l’équipage ainsi que l’itinéraire exact prévu pour la traversée. Autant dire que le processus d’approbation s’annonce complexe et chronophage.

Des droits de passage déjà perçus par Téhéran

L’instauration de cette autorité ne relève pas seulement d’une volonté de contrôle : elle vise également à générer des revenus pour un État iranien sous pression économique. Dès le 23 avril 2026, un haut responsable du Parlement iranien avait annoncé que Téhéran avait déjà encaissé les premiers paiements issus de ces droits de passage. Une manière pour l’Iran de montrer qu’il assume pleinement sa souveraineté sur ce territoire maritime, tout en compensant partiellement les pertes liées aux sanctions internationales.

La chaîne iranienne anglophone Press TV avait d’ailleurs confirmé cette démarche, évoquant un « système visant à exercer sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz ». Les navires transitant par la zone reçoivent désormais des instructions par e-mail les informant des procédures à suivre. Cette centralisation des décisions illustre la volonté de Téhéran de ne plus dépendre des règles internationales, mais bien de ses propres directives pour réguler le trafic.

« L’Iran a créé une nouvelle Autorité du détroit du Golfe persique (PGSA) chargée d’approuver les transits de navires et de percevoir des droits de passage dans le détroit d’Ormuz », indique Lloyd’s List, repris par BFM Business.

Un trafic toujours paralysé malgré le cessez-le-feu

Malgré l’accord de trêve signé le 8 avril 2026, les tensions autour d’Ormuz n’ont pas disparu. Le trafic maritime reste quasi inexistant, signe que la méfiance entre les deux camps persiste. Les États-Unis maintiennent leur blocus des ports iraniens, tandis que l’Iran continue de bloquer partiellement l’accès au détroit. Plusieurs incidents ont d’ailleurs été signalés ces dernières semaines, confirmant que la situation reste explosive.

Dans ce contexte, les négociations pour une paix durable s’annoncent difficiles. Washington cherche à obtenir un accord plus large avec Téhéran, incluant la réouverture complète du détroit. Mais pour l’instant, chaque camp reste campé sur ses positions. La création de la PGSA et l’instauration de droits de passage ne font qu’ajouter une couche de complexité à un dossier déjà explosif.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’Iran et les États-Unis parviendront à un accord durable. Plusieurs échéances diplomatiques sont attendues d’ici la fin du mois de mai, notamment des discussions sous l’égide d’un médiateur international. Si aucune avancée n’est enregistrée, le risque d’escalade militaire dans la région pourrait s’accroître. Par ailleurs, la réouverture du détroit d’Ormuz dépendra directement de la levée des sanctions imposées par Washington, un sujet qui reste en suspens.

Les armateurs et compagnies pétrolières, de leur côté, commencent à évaluer l’impact de ces nouvelles règles. Certains pourraient être tentés de contourner le détroit en empruntant des routes plus longues, comme le cap de Bonne-Espérance, mais cette option aurait un coût logistique et financier élevé. Autant dire que la situation reste sous haute surveillance, tant pour les acteurs économiques que pour les gouvernements concernés.

Une question se pose désormais : l’Iran parviendra-t-il à imposer ses règles sans déclencher une nouvelle crise majeure ? La réponse dépendra largement de la réaction des puissances occidentales et de la capacité de Téhéran à concilier souveraineté et stabilité régionale.

Téhéran justifie cette mesure par la volonté d’affirmer sa souveraineté sur ses eaux territoriales et de compenser les pertes économiques liées aux sanctions internationales. Ces droits de passage permettent également de financer partiellement l’État iranien, sous pression depuis le début de la guerre.

Tous les navires transitant par le détroit d’Ormuz, qu’ils soient pétroliers, cargos ou porte-conteneurs, doivent désormais obtenir une autorisation de la PGSA. Les informations requises incluent des données sur le propriétaire, l’assurance, l’équipage et l’itinéraire prévu.