L’Union européenne a choisi mercredi 13 mai 2026 de ne pas franchir le pas d’une interdiction formelle des thérapies de conversion visant les personnes LGBT+, comme le rapporte Le Monde. Bruxelles a finalement opté pour une stratégie de persuasion envers les États membres, plutôt que pour une mesure contraignante qui risquait de se heurter à des blocages juridiques et à une remise en cause de leurs prérogatives nationales.
Ce qu'il faut retenir
- L’UE renonce à interdire directement les thérapies de conversion pour les personnes LGBT+, malgré leur caractère discriminatoire et dangereux.
- Bruxelles craint des blocages juridiques et une ingérence dans les compétences des États membres, selon Le Monde.
- La Commission européenne compte sur une pression politique pour inciter les États à agir de leur côté.
- Cette décision intervient alors que plusieurs pays européens, comme la France ou l’Allemagne, ont déjà légiféré contre ces pratiques.
- Les thérapies de conversion, souvent associées à des troubles psychologiques graves, restent une question sensible en Europe.
Une stratégie européenne en demi-teinte
Alors que des associations LGBT+ et plusieurs États membres plaidaient pour une interdiction européenne ferme, la Commission a préféré jouer la carte de la prudence. Selon Le Monde, les juristes bruxellois ont mis en garde contre un risque de censure par la Cour de justice de l’UE, certains pays membres estimant que ces mesures empiétaient sur leur souveraineté. « Nous ne pouvons pas imposer une interdiction qui serait immédiatement contestée devant les tribunaux », a déclaré une source proche des négociations sous couvert d’anonymat. Le choix retenu consiste donc à « renvoyer la balle » aux États, en comptant sur leur responsabilité politique.
Des avancées nationales contrastées en Europe
Si l’UE recule sur l’interdiction, la situation varie considérablement d’un pays à l’autre. En France, une loi contre les thérapies de conversion est entrée en vigueur en 2022, prévoyant jusqu’à trois ans de prison pour les praticiens. L’Allemagne, l’Espagne et Malte ont également légiféré dans ce sens, tandis que d’autres, comme la Pologne ou la Hongrie, maintiennent une position hostile aux droits LGBT+. « La pression doit venir des capitales, pas de Bruxelles », a souligné un diplomate européen cité par Le Monde. Cette divergence illustre les limites d’une action européenne unifiée sur les questions sociétales.
Un enjeu de santé publique largement documenté
Les thérapies de conversion, qui prétendent « corriger » l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, sont aujourd’hui reconnues comme une violation des droits humains par l’ONU et l’Organisation mondiale de la santé. Plusieurs études ont démontré leurs effets dévastateurs : dépression, anxiété, voire suicides chez les personnes qui y sont soumises. En Europe, des associations comme l’ILGA-Europe alertent régulièrement sur leur persistance, notamment dans les pays où leur pratique n’est pas encadrée. « Ces méthodes relèvent de la torture psychologique », a rappelé une militante interrogée par Le Monde.
Cette décision laisse en suspens une question centrale : jusqu’où les États membres accepteront-ils de s’engager, alors que les divisions sur les droits LGBT+ restent vives en Europe ? Pour l’instant, l’UE mise sur la diplomatie plutôt que sur la contrainte, mais le risque d’un statu quo persistant n’est pas écarté.
Les thérapies de conversion désignent des pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne, souvent en s’appuyant sur des méthodes psychologiques ou religieuses. Ces approches sont condamnées par la plupart des organisations médicales et des droits de l’homme en raison de leurs effets néfastes sur la santé mentale des personnes concernées.
À ce jour, plusieurs États membres de l’UE ont légiféré contre ces pratiques, dont la France (2022), l’Allemagne (2020), l’Espagne (2023), Malte (2016), la Belgique (2023) et les Pays-Bas (2021). D’autres, comme l’Italie ou la Roumanie, n’ont pas encore adopté de loi spécifique.