Un vestige d’une mission spatiale récente va bientôt terminer sa course de manière spectaculaire. Selon Futura Sciences, l’étage supérieur d’une fusée Falcon 9 de SpaceX, lancé en janvier 2025 pour acheminer le module lunaire privé Blue Ghost de Firefly Aerospace, devrait entrer en collision avec la Lune le 5 août 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • L’étage supérieur de la fusée Falcon 9, lancé en janvier 2025, est en orbite autour de la Terre depuis plus d’un an.
  • Selon les calculs de Bill Gray, spécialiste du suivi des objets géocroiseurs, l’impact devrait se produire dans le cratère Einstein, situé à la limite entre la face visible et la face cachée de la Lune.
  • L’engin percutera la surface lunaire à une vitesse sept fois supérieure à celle du son, soit environ 2,4 km/s.
  • L’événement ne sera pas observable depuis la Terre, mais les scientifiques pourraient en tirer des enseignements sur la composition du sol lunaire.
  • Cette collision rappelle les impacts volontaires ou involontaires d’objets spatiaux sur la Lune, comme ceux des missions Apollo ou d’un étage de fusée chinoise en 2022.

L’objet, d’une taille comparable à celle d’un immeuble de cinq étages, a attiré l’attention des spécialistes du suivi spatial depuis des mois. Son orbite, à la fois elliptique et complexe, le fait osciller entre 220 000 km et 510 000 km de la Terre, tout en croisant régulièrement l’orbite lunaire. Pourtant, jusqu’à présent, les deux corps célestes n’avaient jamais coïncidé au même point dans l’espace.

Les calculs menés par Bill Gray, responsable du site Project Pluto et expert reconnu dans le suivi des débris spatiaux, confirment désormais une collision inévitable. « La trajectoire de l’étage de la Falcon 9 est désormais bien établie. Les influences gravitationnelles combinées de la Terre, de la Lune et du Soleil, ainsi que les effets subtils de la pression exercée par la lumière solaire, ont permis d’affiner ces prévisions avec une grande précision », explique-t-il. L’impact est prévu aux alentours du cratère Einstein, une zone située à la frontière entre la face visible et la face cachée de notre satellite naturel.

« C’est un phénomène rare, mais pas exceptionnel. Depuis les années 1970, plusieurs engins spatiaux ont déjà terminé leur course sur la Lune, que ce soit de manière contrôlée ou non. »
— Bill Gray, spécialiste du suivi des objets géocroiseurs

Parmi les précédents les plus notables figure l’impact d’un étage de fusée chinois Chang’e 5-T1 en 2022, dont les traces ont été identifiées par la sonde Lunar Reconnaissance Orbiter de la Nasa. Ces événements soulèvent une question récurrente dans le domaine spatial : comment gérer les débris en fin de mission, surtout à l’heure où l’exploration lunaire se densifie ?

L’étage supérieur des fusées, une fois sa mission accomplie, reste souvent en orbite terrestre ou lunaire. Contrairement à l’étage inférieur, conçu pour revenir se poser sur Terre et être réutilisé, ces segments supérieurs deviennent des débris spatiaux. Leur trajectoire est difficile à prévoir sur le long terme, en raison de perturbations gravitationnelles et de l’influence de la lumière solaire. « Les forces en jeu sont minimes, mais leur accumulation sur plusieurs mois ou années peut modifier significativement une orbite », précise un astronome interrogé par Futura Sciences.

La collision du 5 août 2026 pourrait offrir une opportunité unique d’étudier les conséquences d’un impact lunaire. Les scientifiques espèrent notamment analyser les éjectas projetés lors de l’impact, afin d’en apprendre davantage sur la composition du sous-sol lunaire. Les données recueillies pourraient s’avérer précieuses pour les futures missions habitées, notamment celles du programme Artemis de la Nasa, qui vise à établir une présence permanente sur la Lune d’ici la fin de la décennie.

Et maintenant ?

Cet événement rappelle l’urgence de mieux gérer les débris spatiaux, alors que les missions lunaires se multiplient. Plusieurs pistes sont envisagées, comme l’envoi des étages supérieurs sur des orbites éloignées de la Terre et de la Lune, voire leur éjection vers le Soleil pour les écarter définitivement de notre environnement. Des discussions sont en cours au sein des agences spatiales et des entreprises privées pour intégrer ces contraintes dans la conception des futurs lanceurs.

Pour l’heure, les astronomes et les passionnés d’espace suivront avec attention la trajectoire de cet étage de Falcon 9 jusqu’à l’impact. Bien que l’événement ne soit pas visible depuis la Terre, il pourrait être documenté par des sondes en orbite lunaire, comme le Lunar Reconnaissance Orbiter ou les futures missions prévues dans le cadre d’Artemis.

Cette collision illustre aussi les défis posés par l’exploration spatiale croissante. Avec le retour de l’humanité sur la Lune et l’émergence de missions commerciales, la question de la gestion des débris devient un enjeu majeur. Les experts s’accordent sur un point : il est indispensable d’anticiper dès maintenant les solutions pour éviter que des engins hors de contrôle ne deviennent des menaces pour les futures installations lunaires ou pour la sécurité des astronautes.

Les étages supérieurs des fusées ne sont généralement pas équipés de systèmes de propulsion permettant un retour contrôlé sur Terre ou une éjection vers une orbite lointaine. Leur trajectoire dépend uniquement de l’énergie initiale fournie au lancement et des perturbations gravitationnelles ultérieures. Une fois en orbite, leur contrôle devient complexe et coûteux, ce qui explique pourquoi la plupart des étages supérieurs finissent par quitter l’orbite terrestre de manière non maîtrisée.

Non, le risque est quasi nul. Le cratère Einstein est situé sur la face cachée de la Lune, à l’écart des zones d’atterrissage prévues pour les missions habitées ou robotiques. De plus, les débris projetés lors de l’impact ne devraient pas quitter l’environnement lunaire. Les agences spatiales surveillent déjà les trajectoires des objets spatiaux pour éviter tout risque de collision avec des engins en activité.