Une avancée scientifique majeure vient d’être publiée jeudi 11 juin 2026 dans la revue Science : des chercheurs ont dressé la première carte mondiale de la densité des réseaux de champignons mycorhiziens qui colonisent les racines de 70 % des espèces végétales terrestres. Ces symbioses, vitales pour la croissance et la survie des plantes, pourraient bien être l’un des maillons les plus méconnus — et pourtant indispensables — des écosystèmes mondiaux, selon Le Monde.

Ce qu'il faut retenir

  • Une cartographie mondiale inédite des réseaux de champignons mycorhiziens publiée le 11 juin 2026 dans Science.
  • Ces champignons, présents dans les racines de 70 % des espèces végétales terrestres, forment des symbioses vitales pour les plantes.
  • La densité et la répartition de ces réseaux fongiques sont désormais cartographiées à l’échelle planétaire.
  • Les chercheurs appellent à préserver la santé de ces réseaux, essentiels à la biodiversité et à l’agriculture.

Les champignons mycorhiziens ne sont pas de simples habitants du sol : ils jouent un rôle central dans l’absorption des nutriments par les plantes. En échange de sucres produits par la photosynthèse, ces champignons étendent le système racinaire des végétaux, leur permettant de puiser de l’eau et des minéraux bien au-delà de leur portée naturelle. « Sans ces symbioses, de nombreuses espèces végétales ne pourraient tout simplement pas survivre, explique un chercheur cité par Le Monde. « Cette cartographie montre à quel point ces réseaux sont fragiles et inégalement répartis à l’échelle mondiale. »

Pour réaliser cette première mondiale, les scientifiques ont compilé des données issues de plus de 1 000 études menées sur tous les continents. Les résultats révèlent une densité particulièrement élevée dans les régions tempérées d’Europe et d’Amérique du Nord, où les sols riches et les pratiques agricoles traditionnelles favorisent leur développement. À l’inverse, certaines zones tropicales et arides présentent des réseaux beaucoup plus clairsemés, en partie à cause de la dégradation des sols ou de l’usage intensif de pesticides.

Cette cartographie intervient à un moment où la préservation des écosystèmes souterrains devient un enjeu majeur. « Les réseaux mycorhiziens sont souvent ignorés dans les stratégies de conservation, alors qu’ils sont aussi importants que les forêts ou les océans, souligne un écologue interrogé par le quotidien. « Leur destruction pourrait avoir des conséquences en cascade sur la biodiversité et la sécurité alimentaire. » Une préoccupation d’autant plus pressante que l’agriculture intensive et le changement climatique menacent déjà ces symbioses.

Et maintenant ?

Les chercheurs appellent désormais à intégrer ces données dans les politiques de gestion des sols et de conservation. Plusieurs pistes sont évoquées, comme la réduction de l’usage des engrais chimiques, la promotion de l’agroécologie ou encore la protection des zones où ces réseaux sont particulièrement denses. Une conférence internationale sur la biodiversité des sols, prévue en novembre 2026 à Paris, devrait aborder ces questions. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer l’impact des actions engagées — ou de leur absence — sur ces écosystèmes invisibles, mais vitaux.

Cette avancée soulève également des questions sur l’adaptation des pratiques agricoles aux spécificités locales. Comment concilier rendement et préservation des réseaux mycorhiziens ? Faut-il repenser les techniques de labour, limiter l’irrigation ou encore favoriser certaines cultures pour renforcer ces symbioses ? Autant de défis qui devraient occuper les débats scientifiques et politiques dans les mois à venir.

Pour les auteurs de l’étude, une chose est sûre : cette cartographie n’est qu’une première étape. « Nous commençons tout juste à comprendre la complexité de ces réseaux, rappelle un des principaux auteurs. « Les outils génétiques et les modèles prédictifs devraient nous permettre, dans les années à venir, d’affiner nos connaissances et d’agir de manière plus ciblée. »

Un champignon mycorhizien est un organisme qui établit une symbiose avec les racines d’une plante. En échange de sucres produits par la plante, le champignon étend son réseau de filaments (les hyphes) dans le sol, améliorant l’absorption d’eau et de nutriments pour la plante. Cette relation est vitale pour 70 % des espèces végétales terrestres.

Plusieurs facteurs menacent ces réseaux : l’usage intensif de pesticides et d’engrais chimiques, la dégradation des sols due à l’érosion ou à l’urbanisation, et le changement climatique qui modifie les équilibres écologiques. Les pratiques agricoles non durables, comme le labour profond, perturbent également ces symbioses.