Une page d'un manuscrit d'Archimède, l'un des plus grands mathématiciens de l'Antiquité, a été identifiée dans les collections d'un musée de Blois. Selon Franceinfo - Culture, ce fragment correspond à un traité sur la sphère et le cylindre, rédigé par le savant grec trois siècles avant notre ère. La découverte, réalisée par Victor Gysembergh, chercheur au CNRS, a été rendue possible grâce à l'utilisation d'une lampe ultraviolette permettant de révéler le texte grec ancien effacé.
Ce qu'il faut retenir
- Une page manuscrite du traité « Sur la sphère et le cylindre » d'Archimède a été retrouvée dans un musée de Blois.
- Ce texte, daté du IIIe siècle avant J.-C., est considéré comme l'une des œuvres majeures du savant grec.
- Le manuscrit est un palimpseste : le texte d'Archimède avait été gratté au XIIe siècle pour y écrire un livret de messe.
- Cette page manquait depuis 1998, après avoir été acquise pour 2 millions de dollars lors d'une vente aux enchères à New York.
- Les techniques modernes d'imagerie pourraient permettre de déchiffrer une partie du texte encore masquée.
Un trésor archéologique caché dans les réserves d'un musée
Le manuscrit a été découvert dans les réserves du musée de Blois, dissimulé derrière les murs de pierre du château de la ville. C'est Victor Gysembergh, chercheur au CNRS, qui a identifié cette page grâce à une lampe ultraviolette. Le texte, écrit en grec ancien, révèle une partie du traité « Sur la sphère et le cylindre », une étude approfondie des volumes en trois dimensions. « C'est le traité sur la sphère et le cylindre, donc une étude très poussée sur les volumes des figures en 3D », a-t-il expliqué lors de l'examen du document.
Ce parchemin, aujourd'hui considéré comme un palimpseste, a une histoire mouvementée. À l'origine, il s'agissait d'un manuscrit du IXe siècle contenant des copies des textes d'Archimède, conservées à Constantinople. Mais en 1204, la ville est assiégée par les croisés, et les traités sont évacués vers un monastère. En 1229, un moine découpe les pages pour réutiliser le parchemin, devenu une denrée rare à l'époque.
Une histoire de conservation et de disparition
Le texte d'Archimède, gratté à la pierre ponce, est recouvert par un livret de messe écrit au XIIe siècle. Ce manuscrit, connu sous le nom de palimpseste d'Archimède, a été redécouvert en 1906 par le chercheur danois Johan Heilberg, dans une bibliothèque d'une église de Constantinople. Pourtant, le livre disparaît à nouveau avant de réapparaître en 1998 lors d'une vente aux enchères à New York. Acheté pour 2 millions de dollars par un collectionneur, il ne contenait alors que 174 pages sur les 185 initiales — trois pages manquaient, dont celle retrouvée à Blois.
« C'est une belle surprise, c'est une immense surprise aussi, mais ça montre qu'il y a beaucoup de choses à trouver dans les réserves des musées, dans les collections », a souligné Victor Gysembergh. Pour lui, cette découverte souligne l'importance de collaborer avec les chercheurs pour identifier les trésors cachés dans les fonds des institutions.
Les défis de la lecture et les perspectives offertes par les nouvelles technologies
Le manuscrit de Blois, comme le reste du palimpseste, pose des défis de lecture. Une partie du texte est masquée par une enluminure ajoutée au XXe siècle, qui couvre des passages du traité d'Archimède. Les techniques modernes d'imagerie, telles que la fluorescence ultraviolette ou les rayons X, devraient permettre de révéler ces zones cachées et de percer les derniers secrets du savant grec.
Archimède, né à Syracuse au IIIe siècle avant J.-C., est célèbre pour ses découvertes en mathématiques et en physique. On lui doit notamment le principe de la flottabilité, qu'il aurait formulé en s'exclamant « Eurêka ! », ainsi que le calcul de la valeur de π. Ses travaux sur la géométrie et l'ingénierie ont marqué l'histoire des sciences, faisant de lui l'un des génies les plus influents de l'Antiquité.
Pourquoi cette découverte est-elle si importante ?
La redécouverte d'une page du traité « Sur la sphère et le cylindre » d'Archimède n'est pas seulement une avancée pour les historiens des sciences. Elle illustre aussi la fragilité des manuscrits anciens et la nécessité de les préserver. Chaque fragment retrouvé permet de mieux comprendre l'œuvre d'un savant dont les idées ont traversé plus de deux millénaires. « Ça montre qu'il y a beaucoup de choses à trouver dans les réserves des musées », a rappelé Victor Gysembergh, insistant sur le rôle des chercheurs dans cette quête.
Le palimpseste d'Archimède, aujourd'hui dispersé entre plusieurs collections, continue de fasciner les spécialistes. Entre histoire, archéologie et science, ce manuscrit reste un témoignage exceptionnel du génie antique et des aléas de la transmission du savoir à travers les siècles.
Un palimpseste est un manuscrit sur parchemin ou papyrus dont le texte original a été effacé ou gratté pour y écrire un nouveau texte. Cette pratique était courante au Moyen Âge, notamment en raison du coût élevé des matériaux d'écriture. Le palimpseste d'Archimède, par exemple, a été recouvert d'un livret de messe au XIIe siècle.