Le président burundais Évariste Ndayishimiye a entamé ce 22 juin 2026 une visite d'État de deux jours en République démocratique du Congo (RDC), accueilli dès sa descente d’avion à Kinshasa par son homologue congolais Félix Tshisekedi. Cette rencontre s’inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions sécuritaires persistantes dans l’est de la RDC, une épidémie d’Ebola en cours et une dynamique diplomatique autour de la campagne pour le secrétariat général de la Francophonie, comme le rapporte RFI.
Ce qu'il faut retenir
- Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, effectue sa première visite officielle en RDC en tant que chef d’État burundais depuis son élection en 2020.
- Les discussions entre Tshisekedi et Ndayishimiye porteront en priorité sur la sécurité dans l’est de la RDC, où les conflits armés et les activités des groupes rebelles restent une source majeure d’instabilité.
- La crise sanitaire liée à l’épidémie d’Ebola, toujours active dans certaines régions, sera également au centre des échanges.
- Le Burundi pourrait soutenir la candidature de la RDC pour le poste de secrétaire général de la Francophonie, dont l’élection est prévue lors du sommet de 2027.
- Cette visite symbolise le renforcement des relations bilatérales entre les deux pays, après des années de tensions diplomatiques.
Un déplacement à haute valeur diplomatique
L’arrivée de Ndayishimiye à Kinshasa marque un tournant dans les relations entre la RDC et le Burundi, deux pays voisins dont les liens ont souvent été tendus ces dernières années. En tant que président de l’Union africaine, le chef de l’État burundais dispose d’une légitimité accrue pour aborder les questions régionales, notamment la crise sécuritaire dans l’est de la RDC, où les groupes armés comme le M23 et les ADF continuent de semer la violence. Cette visite intervient quelques semaines après une intensification des affrontements dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où des milliers de civils ont été déplacés depuis le début de l’année.
Selon RFI, les deux présidents devraient évoquer les mécanismes de coopération transfrontalière pour lutter contre les groupes armés, ainsi que les besoins humanitaires des populations affectées. Une délégation burundaise accompagnait Ndayishimiye, composée de ministres et de hauts fonctionnaires, signe de l’importance accordée à ce déplacement.
L’épidémie d’Ebola et les défis sanitaires partagés
L’épidémie d’Ebola qui frappe actuellement plusieurs régions de la RDC, notamment dans le Nord-Kivu, sera un autre point central des discussions. Avec plus de 1 500 cas confirmés et un taux de létalité dépassant 60 % depuis le début de l’année, la maladie représente une menace majeure pour la santé publique dans la sous-région. Le Burundi, qui partage une frontière avec la RDC, reste particulièrement exposé au risque de contamination.
« La coordination régionale est essentielle pour endiguer cette épidémie », a rappelé un communiqué conjoint diffusé avant la rencontre. Les deux pays pourraient renforcer leur collaboration dans la surveillance épidémiologique et la logistique médicale, deux domaines où le Burundi a acquis une expertise ces dernières années, notamment lors de l’épidémie de 2019.
La Francophonie, un enjeu de poids pour la RDC
Alors que la RDC brigue le poste de secrétaire général de la Francophonie pour le prochain mandat, la visite de Ndayishimiye prend une dimension stratégique. Le Burundi, membre de l’organisation depuis 2013, pourrait apporter son soutien à Kinshasa dans cette campagne, d’autant que les deux pays partagent des positions communes sur plusieurs dossiers diplomatiques.
« La candidature de la RDC est un symbole fort de l’engagement du continent africain en faveur de la Francophonie », a déclaré un conseiller de Tshisekedi. Si la RDC obtient ce poste, ce serait une première pour un pays d’Afrique centrale au sein de l’organisation, traditionnellement dominée par des États d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb.
Cette rencontre s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre les pays de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dont la RDC a rejoint les rangs en 2022. Pour Ndayishimiye, qui cherche à positionner le Burundi comme un acteur clé sur la scène africaine, ce déplacement représente une opportunité de consolider son leadership, alors que son pays fait face à des critiques internationales sur les questions de droits humains.
L’est de la RDC est en proie à des conflits armés depuis plus de trois décennies, avec une multiplication des groupes rebelles et des violences intercommunautaires. Les affrontements ont causé le déplacement de plus de deux millions de personnes depuis 2022, selon l’ONU. La présence de groupes comme le M23, soutenu selon plusieurs rapports par le Rwanda, et des milices locales aggrave une situation humanitaire déjà critique.