Selon Franceinfo - Culture, la créatrice de contenu, actrice et réalisatrice Yeux Ébènes s’est imposée comme une voix singulière en abordant sans filtre les émotions, les doutes et les questions sociétales qui traversent sa génération. Jeudi 14 mai 2026, elle a accordé un entretien à Élodie Suigo dans le cadre de l’émission « Le monde d’Élodie », où elle a évoqué son parcours, ses projets et sa vision d’Internet comme espace d’expression et de débat. Elle y a notamment présenté une nouvelle édition de son concept « Allô, Tu réponds ou t’appelles », réalisée cette fois aux côtés du rappeur Danyl.
Ce qu'il faut retenir
- Yeux Ébènes, de son vrai nom Solène, assume un double rôle : celui d’une créatrice de contenu qui incarne une voix pour sa génération et celui d’une personne en construction, partageant ses propres combats.
- Son nouveau projet, « Allô, Tu réponds ou t’appelles », un format mêlant jeu et introspection avec Danyl, interroge les limites de la vérité et de l’hypocrisie sociale.
- Elle prépare également un documentaire intitulé « Courtisane », qui explorera les réalités du travail du charme et ses conséquences sur les jeunes, notamment via les plateformes intimes.
- Yeux Ébènes défend l’idée que les réseaux sociaux, s’ils peuvent amplifier les comparaisons et la tristesse, offrent aussi un espace pour briser ces mécanismes.
- Son approche se veut pédagogique et préventive, notamment sur des sujets comme la pornographie et ses impacts sur les jeunes publics.
Une voix qui s’est construite à travers les écrans
Derrière le pseudonyme Yeux Ébènes se cache une trajectoire marquée par l’audace et l’introspection. Créatrice de contenu, actrice, réalisatrice et productrice, elle a su imposer une parole directe sur les relations, les émotions et les choix de vie. Comme elle l’explique elle-même, cette identité a d’abord été un refuge : « Yeux Ébènes, ça a toujours été un peu un personnage pour avoir confiance en moi dans un premier temps. » Une manière de se parler à elle-même en donnant des conseils à sa communauté. En mai 2025, photographiée à Boulogne-Billancourt par Thibaud Moritz pour l’AFP, elle incarnait déjà cette dualité entre une image publique froide et une réalité plus nuancée.
Solène, son prénom d’état civil, se décrit comme une personne timide et solitaire, mais qui n’aime pas se sentir seule. « Yeux Ébènes, c’est quelqu’un de très froid, qui adore avoir cette image-là et qui aime bien casser ce mood quand on la rencontre », précise-t-elle. Cette opposition entre l’image projetée et la personnalité réelle est au cœur de son travail. En abordant des thèmes comme la dépendance affective ou la procrastination, elle transforme ses propres questionnements en outils pour les autres.
« Allô, Tu réponds ou t’appelles » : un jeu qui interroge la vérité
Son nouveau format, diffusé dans « Le monde d’Élodie », mise sur l’imprévu et l’honnêteté brute. Le principe ? Répondre à des questions osées ou appeler un proche tiré au sort, avec le risque de se retrouver dans une situation inconfortable. Un exercice qui, sous couvert de divertissement, pousse à affronter ses propres contradictions. Avec le rappeur Danyl, elle en propose une version inédite, où la dynamique entre les deux artistes ajoute une dimension encore plus spontanée et révélatrice.
Ce concept, simple en apparence, s’inscrit dans une démarche plus large : « Je voulais qu’on ressorte mieux après avoir regardé mes vidéos », confie-t-elle. Une volonté de contrer l’effet déprimant souvent associé à Internet. Yeux Ébènes y voit un outil pour déconstruire les comparaisons permanentes et les normes sociales étouffantes. « Je fais partie de cette génération qui est triste sans raison et j’avais besoin de poser des mots sur ça », explique-t-elle, soulignant que la rapidité des réseaux sociaux et la culture de l’instantanéité y contribuent largement.
Un documentaire pour éclairer les réalités méconnues
Son prochain projet, « Courtisane », marque une nouvelle étape dans son exploration des sujets de société. Ce documentaire, dont elle assume à la fois la réalisation et la production, plongera dans l’univers du travail du charme. Un thème qu’elle aborde avec le souci de montrer ses facettes les plus humaines, entre réalité et fiction. « Qui sont ces femmes ? Quel est leur quotidien ? Comment vivent-elles vraiment ça ? », s’interroge-t-elle. Yeux Ébènes souhaite mettre en lumière les stigmatisations dont elles sont victimes, tout en interrogeant l’impact des plateformes intimes sur les jeunes générations.
Le film ambitionne également de traiter de la pornographie et de ses conséquences sur le cerveau, notamment chez les plus jeunes. « Aujourd’hui, avec les plateformes intimes, il y a énormément de métiers autour du charme qui font partie de notre quotidien, mais dont on ne parle pas », rappelle-t-elle. Son objectif ? Informer pour protéger, en ouvrant un débat nécessaire. Elle cite même Gims, qu’elle a interviewé dans le cadre de « Allô, Tu réponds ou t’appelles », et qui lui a confié avoir « jamais autant rigolé » lors de leur échange. Un signe, selon elle, que la transparence et l’humilité peuvent briser les barrières.
Une génération en quête de sens et de connexion
Yeux Ébènes se positionne comme une actrice de sa génération, celle des jeunes adultes souvent qualifiés de « tristes sans raison ». Pour elle, cette mélancolie collective trouve son origine dans la vitesse à laquelle tout s’enchaîne en ligne. « Tout va trop vite, on se compare tout le temps », constate-t-elle. Son travail sur les réseaux sociaux vise donc à recréer du lien, en montrant que derrière chaque profil se cache une personne avec ses failles et ses forces.
Elle insiste sur l’importance des débats et des discussions sans tabou : « Mes parents sont comme ça aussi, mon père adore avoir des débats sur des sujets de la vie. Il ne s’arrête pas et en fait, je crois qu’il me l’a passé indirectement. » Cette transmission familiale se retrouve dans sa méthode : interroger, provoquer des échanges et, surtout, ne pas craindre de se remettre en question. « On est tous quelqu’un. Pour moi, il n’y a pas de différence entre les humains », affirme-t-elle, résumant ainsi sa philosophie.
Son approche, à la fois personnelle et collective, interroge le rôle des créateurs de contenu dans la société contemporaine. Entre divertissement et engagement, Yeux Ébènes incarne une nouvelle forme d’influence, où l’authenticité prime sur la performance. Une posture qui pourrait bien inspirer d’autres voix à suivre le même chemin.
Contrairement à une majorité de créateurs qui misent sur l’image et l’esthétique, Yeux Ébènes place l’introspection et les émotions au cœur de son travail. Elle aborde des thèmes comme la dépendance affective ou la procrastination avec une franchise rare, tout en utilisant son propre parcours comme fil conducteur. Son objectif n’est pas seulement de divertir, mais de provoquer des débats et de briser les tabous, notamment autour de la santé mentale et des normes sociales.
Yeux Ébènes a indiqué que la sortie de « Courtisane » est prévue pour la fin de l’année 2026. Le film explorera les réalités du travail du charme et ses impacts sur les jeunes, avec un angle à la fois humain et préventif.