Une opération d’envergure nationale menée par les gendarmes de l’Unité nationale Cyber (UNCyber) a abouti à l’interpellation de 178 personnes soupçonnées de diffusion et de partage de contenus à caractère pédocriminel, ainsi que d’atteintes sexuelles commises sur des mineurs. Selon BFM - Faits Divers, ces interpellations s’inscrivent dans la continuité d’une enquête approfondie, révélant l’ampleur des réseaux criminels exploitant les failles des plateformes en ligne.
Ce qu'il faut retenir
- 178 personnes, âgées de 20 à 60 ans, ont été interpellées pour des faits liés à la pédocriminalité en ligne.
- Plus de 185 000 photographies et 23 597 vidéos à caractère pédocriminel ont été saisies lors des perquisitions.
- L’opération a mobilisé plus de 700 gendarmes, marquant la deuxième phase d’une enquête entamée après la fermeture du site Coco en 2024.
- Le site Coco, initialement fermé pour son rôle dans la facilitation d’agressions sexuelles, a depuis réapparu sous différents noms, dont Cocoland.cc et Bounty.
- La plateforme était accessible sans vérification d’identité et proposait un système de réintégration payant pour les utilisateurs exclus.
Les suspects, tous utilisateurs du site de rencontres en ligne Coco — ou de ses clones —, ont été interpellés ce jeudi 9 juillet 2026. Cette opération, coordonnée par l’UNCyber, a permis de démanteler un réseau criminel actif sur une plateforme notoirement utilisée pour faciliter des agressions sexuelles sur mineurs. Selon les informations transmises par la gendarmerie à BFM - Faits Divers, les investigations ont révélé l’existence de 185 853 photographies et 23 597 vidéos à caractère pédocriminel, ainsi que des échanges incriminants entre les utilisateurs.
Plus de 700 gendarmes ont participé à cette opération, qui s’inscrit dans la continuité d’une enquête entamée il y a plus de deux ans. En effet, la première phase de cette mission avait abouti, en juin 2024, à la fermeture officielle du site Coco, accusé d’avoir servi de vecteur à des réseaux de pédocriminalité. À l’époque, une information judiciaire avait été ouverte conjointement par les sections de lutte contre la cybercriminalité et de lutte contre la criminalité organisée financière, visant notamment les infractions liées à l’administration d’une plateforme en ligne facilitant des transactions illicites et du blanchiment.
La plateforme Coco, autrefois accessible sous le nom Coco.gg, se distinguait par son absence de vérification d’identité lors de la création des profils et par une modération défaillante. Les utilisateurs exclus pour des agissements illicites pouvaient facilement contourner cette exclusion en payant une « amende » ou en souscrivant à un abonnement « Premium ». Une faille de taille qui a contribué à faire de Coco un lieu de rencontre privilégié pour des individus aux intentions criminelles.
Malgré sa fermeture en 2024, la plateforme a rapidement réapparu sous différents noms, dont Cocoland.cc, hébergé en Ukraine. Cette version reprend le même design, les mêmes mentions légales et le même fonctionnement, à savoir une absence totale de vérification d’identité. Le site se défend en affirmant avoir renforcé sa modération et nie encourager des « comportements illicites ». Pourtant, des procédures ont déjà été engagées pour tenter de faire fermer cette nouvelle mouture de Coco. La haute-commissaire à l’Enfance, Sarah el Haïry, a d’ores et déjà annoncé son intention d’agir pour mettre un terme à ces activités illégales.
D’autres clones de la plateforme ont également été identifiés, certains faisant déjà l’objet de signalements auprès des autorités compétentes. Parmi les noms cités, Bounty est l’un des plus médiatisés, ayant suscité une vive réaction politique et institutionnelle. La réapparition de ces plateformes illustre la difficulté à éradiquer totalement ces réseaux criminels, malgré les efforts des forces de l’ordre.
Les interpellations de ce jour marquent donc une étape importante dans la lutte contre la pédocriminalité en ligne. Elles interviennent après des mois d’enquête et de surveillance numérique, permettant d’identifier et de neutraliser des individus impliqués dans des réseaux criminels organisés. Pour autant, cette opération rappelle que la cybercriminalité reste un terrain complexe à contrôler, où les frontières entre les juridictions et les législations nationales compliquent souvent la tâche des autorités.
Les suspects, tous majeurs et âgés de 20 à 60 ans, ont été placés en garde à vue dans le cadre des investigations en cours. Les enquêteurs poursuivent leurs analyses techniques pour identifier d’éventuels complices ou victimes supplémentaires. Les éléments saisis — photographies, vidéos et échanges numériques — feront l’objet d’expertises approfondies afin d’alimenter les procédures judiciaires en cours.
Cette opération s’inscrit dans un contexte où la protection des mineurs en ligne reste une priorité pour les institutions. Les autorités rappellent l’importance pour les parents et les éducateurs de signaler tout contenu suspect aux plateformes ou aux forces de l’ordre. Des campagnes de sensibilisation sont également prévues pour informer le grand public des risques liés à l’utilisation de sites non régulés et des recours possibles en cas de découverte de contenus illicites.
Pour rappel, toute personne ayant connaissance de faits de pédocriminalité en ligne peut les signaler via la plateforme Pharos (https://www.internet-signalement.gouv.fr), gérée par les services de police et de gendarmerie. Ces signalements permettent aux autorités d’agir rapidement et de limiter la diffusion de contenus illicites.
Un site peut être considéré comme facilitant la pédocriminalité s’il permet, sciemment ou par négligence, la diffusion de contenus à caractère pédocriminel, s’il ne met pas en place de mesures de modération efficaces pour empêcher les échanges illicites, ou s’il offre des fonctionnalités favorisant l’anonymat et l’impunité des utilisateurs. Dans le cas de Coco, l’absence de vérification d’identité, la possibilité de réintégration payante après exclusion et le manque de modération active ont été des éléments clés retenus par les enquêteurs.
En France, la diffusion ou le partage de contenus pédocriminels est passible de lourdes peines. Selon l’article 227-23 du Code pénal, la diffusion d’images ou de représentations de mineurs à caractère pornographique est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Ces peines peuvent être alourdies si les faits concernent des mineurs de moins de quinze ans ou si l’auteur est en situation de récidive. En outre, la participation à un réseau de pédocriminalité peut entraîner des condamnations pour association de malfaiteurs ou blanchiment, avec des peines pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement.