Chaque 15 mai, les Palestiniens commémorent la Nakba, un terme arabe signifiant « catastrophe » qui évoque la fuite et l’expulsion de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948. Dans les ruines de la bande de Gaza, où les bombardements récents ont aggravé les séquelles d’un conflit centenaire, quelques rares témoins de cette période, aujourd’hui octogénaires, sont encore en mesure de partager leur récit. C’est le cas de Nassera, 88 ans, qui a accepté de raconter son histoire à RFI, alors que le conflit israélo-palestinien s’intensifie à nouveau dans la région.
Ce qu'il faut retenir
- La Nakba de 1948 désigne l’exode forcé de 700 000 Palestiniens, chassés de leurs terres lors de la création d’Israël, selon les estimations historiques.
- Chaque 15 mai, cette date est commémorée par les Palestiniens pour rappeler cette période traumatisante.
- À Gaza, Nassera, 88 ans, est l’une des dernières personnes encore en vie à avoir vécu ces événements et à pouvoir en témoigner.
- Les combats récents dans la bande de Gaza ont renforcé l’urgence de préserver ces récits avant qu’ils ne disparaissent avec les derniers témoins.
Une mémoire menacée par les ruines de Gaza
Dans un territoire ravagé par les combats et les destructions, la survie des témoignages sur la Nakba tient presque du miracle. Nassera, installée dans un camp de réfugiés à Gaza, vit entourée des traces d’un passé que les générations suivantes ne connaîtront plus qu’à travers des archives ou des récits fragmentés. « J’espère toujours rentrer en Palestine », confie-t-elle, comme le rapporte RFI. Ces mots, prononcés avec une détermination teintée de nostalgie, résument l’attachement indéfectible de millions de Palestiniens à des terres qu’ils n’ont jamais revues. Autant dire que pour eux, la Nakba n’est pas un événement historique lointain, mais une blessure toujours ouverte.
La bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007 et régulièrement frappée par des offensives militaires, incarne aujourd’hui les conséquences durables de 1948. Les infrastructures détruites, les familles dispersées et l’absence de perspective de paix alimentent un sentiment de désespoir, mais aussi de résistance. Nassera fait partie de ces Palestiniens pour qui le retour, même symbolique, reste un droit inaliénable. « On nous a volé notre terre, mais on ne nous volera pas notre mémoire », a-t-elle ajouté.
La Nakba, un événement fondateur du conflit israélo-palestinien
La création d’Israël en 1948, marquée par la proclamation d’indépendance le 14 mai 1948, a déclenché une guerre avec les pays arabes voisins. Le lendemain, 700 000 Palestiniens — soit près de la moitié de la population arabe de l’époque — ont fui ou ont été expulsés de leurs foyers, selon les chiffres historiques. Cet exode massif, accompagné de violences et de destructions, a donné naissance à la Nakba, un terme devenu central dans le récit national palestinien. Les villages palestiniens détruits ou recolonisés sont devenus des symboles de cette catastrophe, tandis que les réfugiés et leurs descendants, aujourd’hui estimés à plus de 5 millions selon l’UNRWA, réclament leur droit au retour.
En Israël, la Nakba est un sujet sensible, souvent minimisé ou contesté. Pourtant, des organisations comme Zochrot, qui milite pour la reconnaissance de la Nakba en Israël, soulignent l’importance de comprendre ce passé pour envisager un avenir commun. « La Nakba n’est pas une simple anecdote historique, mais la clé pour saisir les racines du conflit actuel », explique un porte-parole de l’association, cité par RFI. À Gaza, où le poids de l’histoire pèse plus lourd que jamais, cette mémoire est aussi une forme de résistance.
Préserver les récits avant qu’il ne soit trop tard
Avec l’âge avancé des derniers témoins directs de 1948, le risque de perdre ces récits devient une urgence. Les archives orales, comme celles recueillies par des ONG ou des médias comme RFI, deviennent alors des outils essentiels pour documenter cette période. À Gaza, où les conditions de vie se dégradent, les initiatives pour collecter ces témoignages se multiplient, malgré les difficultés logistiques et sécuritaires. « Chaque mot compte, car bientôt, il n’y aura plus personne pour les prononcer », confie un responsable d’une association locale, sous couvert d’anonymat.
Les commémorations de la Nakba, souvent interdites ou réprimées en Israël, prennent une dimension particulière à Gaza. Elles y sont l’occasion de rappeler que le conflit ne se réduit pas à une question de frontières ou de sécurité, mais aussi de justice et de reconnaissance. Pour Nassera et des milliers d’autres, la Nakba n’est pas un chapitre clos de l’histoire, mais une réalité qui traverse les générations. « On nous a pris nos maisons, mais pas notre histoire », affirme-t-elle. Une phrase qui résume à elle seule l’enjeu de préserver ces mémoires face à l’oubli.
La Nakba, loin d’être un simple événement du passé, continue de structurer les revendications palestiniennes et les divisions au Proche-Orient. À Gaza, où les cicatrices de 1948 se mêlent à celles des conflits récents, elle rappelle que la paix ne pourra se construire sans une reconnaissance mutuelle des souffrances endurées. Pour Nassera et des générations de Palestiniens, la question n’est pas de savoir si la Nakba doit être commémorée, mais comment elle doit l’être pour ne pas sombrer dans l’oubli.
La guerre de 1948, aussi appelée guerre israélo-arabe ou guerre de Palestine, désigne le conflit armé qui a opposé Israël aux pays arabes voisins (Égypte, Jordanie, Syrie, Irak, Liban) après la proclamation d’indépendance d’Israël le 14 mai 1948. La Nakba (« catastrophe » en arabe) désigne spécifiquement l’exode massif et forcé de 700 000 Palestiniens de leurs foyers pendant et après ce conflit. Elle inclut à la fois les expulsions directes, les fuites sous la pression des combats, et la destruction de centaines de villages palestiniens. Autant dire que la Nakba est à la fois un résultat et une conséquence durable de la guerre de 1948.