Alors que les rues de New Delhi s’animent sous une chaleur accablante, une initiative insolite attire l’attention des habitants. À l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, célébré le 4 juillet 1776, l’ambassade des États-Unis en Inde a décoré des centaines de tuk-tuks, ces triporteurs emblématiques de la ville, avec des banderoles à l’effigie de Donald Trump. Une opération symbolique, mais qui divise profondément les chauffeurs, selon BMF - International.

Cette campagne, lancée par l’ambassadeur américain Sergio Gor — un proche conseiller de Donald Trump ayant occupé le poste de directeur du bureau du personnel de la Maison Blanche — vise à promouvoir des « images emblématiques de l’Amérique ». « Des milliers de tuk-tuk seront sponsorisés afin d’afficher des messages célébrant le 250e anniversaire de l’Amérique », a précisé l’ambassade à l’AFP. Les triporteurs, peints en jaune et vert, arborent désormais à l’arrière le visage sévère du président américain, accompagné de la mention « Joyeux anniversaire, l’Amérique ! » sur leur capote.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 21 mai 2026, à New Delhi, l’ambassade des États-Unis a décoré des tuk-tuks avec des affiches de Donald Trump pour célébrer les 250 ans de l’indépendance américaine.
  • Cette initiative, menée par l’ambassadeur Sergio Gor, proche de Donald Trump, s’inscrit dans une campagne visant à diffuser des « images emblématiques de l’Amérique ».
  • Les chauffeurs reçoivent une capote gratuite (valant 50 roupies, soit 0,4 euro) et un paquet de thé pour l’installer, mais certains refusent en raison du conflit israélo-américain au Moyen-Orient.
  • L’Inde, troisième importateur mondial de pétrole, subit une hausse des prix des carburants due à la fermeture du détroit d’Ormuz, ce qui alimente la colère des conducteurs.
  • Marco Rubio, secrétaire d’État américain, se rendra en Inde à partir du 24 mai 2026 pour une visite officielle de quatre villes, dont New Delhi où il participera à une réception de gala le 4 juillet.

Une campagne de communication controversée

Dans une station-service de New Delhi, Tushar, 24 ans, fixe méthodiquement des housses à l’effigie de Donald Trump sur les tuk-tuks. Il explique à BMF - International recevoir « environ 60 à 70 de ces housses chaque jour » d’un fournisseur local. Les chauffeurs qui acceptent l’installation gratuite reçoivent en échange un petit cadeau — souvent un paquet de thé, parfois des cornichons. « Les cadeaux changent régulièrement », précise-t-il. Pourtant, cette opération de communication ne fait pas l’unanimité.

Certains chauffeurs, comme Murari Lal, acceptent la housse malgré leur désaccord avec la politique de Donald Trump, simplement parce que l’offre est « gratuite ». « Une nouvelle capote m’aurait coûté environ 700 roupies [6 euros] », explique-t-il. D’autres, en revanche, refusent catégoriquement. « Donald Trump a tout gâché », lance un chauffeur sous couvert d’anonymat. « Je n’en veux pas, même si elle est gratuite. » Ces refus s’expliquent en partie par la colère suscitée par le conflit au Moyen-Orient, déclenché par l’attaque israélo-américaine contre l’Iran en 2024, dont les répercussions pèsent sur l’économie indienne.

Un contexte économique tendu pour les chauffeurs de tuk-tuk

L’Inde, troisième plus gros acheteur de pétrole au monde, subit de plein fouet les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz — une voie maritime par laquelle transite près de la moitié de ses importations de brut. Depuis mi-mai 2026, le gouvernement indien a annoncé deux hausses successives des prix des carburants, provoquant une grogne parmi les conducteurs de triporteurs. « Ceux qui lisent les journaux sont en colère contre lui à cause de la guerre », confie Tushar, suggérant que la défiance envers Donald Trump s’étend bien au-delà des simples considérations économiques.

Sur les tuk-tuks, les publicités se bousculent : marques commerciales, écoles de langues, cliniques de santé sexuelle ou encore slogans nationalistes comme « Mon Inde est grande ». Pourtant, afficher une publicité non autorisée expose les chauffeurs à des amendes. Malgré ce risque, beaucoup préfèrent peindre leurs propres messages plutôt que de porter ceux promus par l’ambassade américaine.

Marco Rubio en visite officielle pour célébrer l’anniversaire américain

La polémique autour des tuk-tuks décorés intervient alors que le secrétaire d’État américain Marco Rubio entame une tournée de quatre jours en Inde à partir du 24 mai 2026. Sa visite, prévue pour coïncider avec les célébrations du 250e anniversaire des États-Unis, le 4 juillet 1776, débutera à Calcutta avant de se poursuivre dans trois autres villes indiennes. À New Delhi, il assistera à une réception de gala organisée par l’ambassade des États-Unis, où les tuk-tuks décorés serviront probablement de décor ambulant.

Cette tournée diplomatique s’inscrit dans un contexte géopolitique complexe. L’Inde, bien que partenaire stratégique des États-Unis, doit gérer les tensions liées à la guerre au Moyen-Orient et à ses répercussions économiques. « La visite de Marco Rubio pourrait être l’occasion de discuter des mesures d’urgence prises par New Delhi pour stabiliser son approvisionnement énergétique », analyse un observateur politique basé à New Delhi. La présence de tuk-tuks ornés de l’image de Donald Trump, symbole controversé de la politique américaine, ajoute une dimension symbolique à cette visite.

Et maintenant ?

Si la campagne de l’ambassade américaine devait se poursuivre au-delà du 4 juillet, elle pourrait s’étendre à d’autres villes indiennes où les tuk-tuks sont omniprésents. Pour les chauffeurs, la question reste entière : accepter ces housses gratuites malgré leurs convictions politiques, ou risquer une amende en affichant leurs propres messages. Quant à Marco Rubio, sa visite pourrait permettre d’apaiser — ou d’envenimer — les tensions liées aux répercussions économiques du conflit au Moyen-Orient. Une chose est sûre : d’ici le 4 juillet, les rues de New Delhi continueront de refléter les divisions géopolitiques entre l’Inde et les États-Unis.

Pour l’heure, les tuk-tuks décorés de l’effigie de Donald Trump circulent dans la mégapole, suscitant des réactions contrastées. Entre indifférence, rejet et opportunisme, cette initiative met en lumière les fractures d’une société indienne tiraillée entre ses alliances internationales et ses préoccupations quotidiennes.

Les tuk-tuks, emblèmes des rues indiennes, représentent un support de communication idéal pour toucher un large public. Selon l’ambassade, cette initiative visait à diffuser des « images emblématiques de l’Amérique » à l’occasion des 250 ans de l’indépendance américaine, comme l’a expliqué Sergio Gor, l’ambassadeur américain en Inde, cité par BMF - International.