Des équipes de recherche de l’université technologique de Nanyang (NTU) à Singapour ont mis au point une technologie permettant de transformer des cafards de Madagascar en véritables « robots vivants ». Selon Franceinfo - Sciences, ces insectes, équipés de systèmes électroniques miniaturisés, peuvent être pilotés à distance pour des missions d’exploration ou de sauvetage dans des zones inaccessibles aux humains.

Ce qu'il faut retenir

  • Des chercheurs de la Nanyang Technological University (NTU) à Singapour ont développé des cafards cyborgs équipés de micro-systèmes électroniques.
  • Ces insectes sont pilotés à distance via des impulsions électriques envoyées sur leurs antennes, leur faisant croire à des obstacles pour les diriger.
  • Leur première utilisation opérationnelle a eu lieu en 2025 en Birmanie, après un séisme, pour inspecter des décombres.
  • Depuis le printemps 2026, ils sont également testés pour l’inspection des réseaux d’eau à Singapour.
  • Le système, désormais intégré à une minuscule carriole de 4 cm fixée sur leur dos, comprend une caméra, une lampe et un traceur GPS.

Une alternative aux robots miniatures traditionnels

Depuis plusieurs années, les scientifiques travaillent sur des robots miniatures inspirés des insectes pour explorer des environnements dangereux. Pourtant, comme le souligne l’équipe singapourienne, le principal défi reste l’autonomie énergétique : ces machines nécessitent des batteries encombrantes et limitent leur capacité d’action. Plutôt que de créer des engins entièrement artificiels, les chercheurs de la NTU ont choisi une approche hybride en s’appuyant sur des insectes vivants, capables de se déplacer naturellement sur de longues distances.

Le choix s’est porté sur la blatte de Madagascar, un insecte robuste pouvant atteindre 7 cm de long, capable de se faufiler dans des espaces étroits tout en supportant une charge supplémentaire. « Les robots classiques manquent d’énergie pour des missions prolongées, alors que les insectes peuvent se déplacer pendant des heures sans fatigue majeure », a expliqué un membre de l’équipe, cité par Franceinfo - Sciences.

Un système de contrôle basé sur des impulsions électriques

Pour diriger ces cafards cyborgs, les scientifiques ont développé un système d’électrodes fixées sur leurs antennes. Ces électrodes envoient de minuscules décharges électriques qui simulent des obstacles, forçant l’insecte à tourner à gauche ou à droite selon les besoins. Initialement, l’électronique était contenue dans un petit sac à dos, mais cette solution alourdissait l’animal et limitait ses mouvements. Aujourd’hui, tout est intégré dans une carriole de 4 cm de long, équipée de deux roues, qui se fixe sur le dos du cafard.

Cette mini-structure abrite non seulement le système de pilotage, mais aussi une caméra haute résolution, une lampe LED pour éclairer les zones sombres, et un module GPS permettant de suivre en temps réel la position et l’itinéraire de l’insecte. « Le poids total ne dépasse pas 2,5 grammes, ce qui permet au cafard de se déplacer sans difficulté », a précisé un chercheur de la NTU. La batterie lithium-ion, d’une autonomie de 30 minutes, est suffisante pour des missions ponctuelles.

Des missions de sauvetage et d’inspection déjà testées

Les premiers tests grandeur nature ont eu lieu en août 2025 en Birmanie, après un séisme dévastateur ayant provoqué l’effondrement de plusieurs immeubles. Une dizaine de cafards cyborgs ont été déployés dans les décombres, permettant aux équipes de secours de repérer des survivants ou des passages praticables. Contrairement aux chiens renifleurs, ces insectes pouvaient accéder à des espaces trop étroits pour des mammifères, comme des fissures ou des gaines techniques.

Depuis le début de l’année 2026, la technologie est également testée dans un tout autre domaine : l’inspection des réseaux d’eau de Singapour. Les cafards sont introduits dans des canalisations étroites pour détecter des fuites, des traces de corrosion ou des dépôts anormaux. Bien qu’ils ne puissent pas réparer les dégâts, ils permettent aux techniciens d’identifier rapidement les problèmes et d’intervenir ciblés. « Ces missions sont cruciales pour une ville comme Singapour, où les infrastructures vieillissantes nécessitent une surveillance constante », a indiqué un porte-parole de la Public Utilities Board (PUB), l’autorité singapourienne en charge de l’eau.

Une technologie encore expérimentale, mais prometteuse

Malgré ces avancées, plusieurs défis restent à relever avant une généralisation de ces robots vivants. D’abord, leur durée de vie : les cafards de Madagascar vivent environ 2 à 3 ans en captivité, mais leur utilisation en milieu hostile (décombres, égouts) pourrait réduire cette période. Ensuite, l’éthique de l’utilisation d’insectes vivants à des fins technologiques fait débat au sein de la communauté scientifique. Certains chercheurs soulignent que ces animaux ne sont pas des machines et méritent un traitement respectueux, même s’ils ne subissent pas de souffrance apparente.

« Nous veillons à ce que les cafards ne soient pas stressés ou blessés pendant les missions », a rassuré un chercheur de la NTU. « Leur bien-être est une priorité, et nous travaillons avec des vétérinaires pour adapter nos protocoles. » Pour l’instant, les insectes sont utilisés de manière ponctuelle et ne sont pas conservés après les missions, évitant ainsi une surpopulation ou une exploitation prolongée.

Et maintenant ?

Les équipes singapouriennes prévoient d’étendre les tests de leurs cafards cyborgs à d’autres applications, comme la recherche de victimes dans des avalanches ou l’inspection de bâtiments endommagés par des incendies. À plus long terme, des partenariats avec des entreprises spécialisées en robotique pourraient accélérer le développement de versions encore plus miniaturisées et autonomes. Une commercialisation n’est pas envisagée avant 2028, le temps de finaliser les prototypes et de lever les derniers verrous techniques et éthiques.

Pour les autorités singapouriennes, cette innovation s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation des outils de surveillance urbaine. « Nous explorons toutes les pistes pour améliorer la sécurité et l’efficacité de nos interventions, sans exclure aucune technologie viable », a conclu un responsable municipal sous couvert d’anonymat.

Non. Selon les chercheurs de la NTU, les insectes utilisés sont équipés de systèmes qui ne sont pas conçus pour être retirés sans risque. Après une mission, ils sont récupérés ou placés dans des environnements contrôlés pour éviter tout impact sur les écosystèmes locaux.

Oui. Des équipes aux États-Unis, en Chine et au Japon travaillent également sur des insectes cyborgs, notamment des coléoptères ou des criquets. Cependant, le projet singapourien se distingue par son approche intégrée (carriole, GPS, caméra) et ses applications concrètes déjà déployées.