Les premiers abricots de la saison font leur apparition sur les marchés du Sud de la France, mais cette année, leur disponibilité et leur qualité sont très inégales. Selon Franceinfo - Santé, les producteurs du Roussillon subissent des pertes massives, estimées entre 60 % et 90 % dans certaines zones, après des épisodes de grêle dévastateurs survenus en début de saison. Une situation qui menace à la fois les revenus des arboriculteurs et l’approvisionnement des consommateurs en un fruit pourtant très attendu à l’arrivée des beaux jours.
Ce qu'il faut retenir
- Perte moyenne de 60 à 70 % de la récolte d’abricots dans les Pyrénées-Orientales, selon les estimations des producteurs.
- Certains vergers, comme celui d’Espira-de-l’Agly, enregistrent des dégâts encore plus importants, avec jusqu’à 90 % de fruits détruits.
- Les averses de grêle ont succédé à des pluies diluviennes, aggravant une situation déjà difficile pour les arboriculteurs.
- Les prix des abricots du Roussillon, habituellement plus élevés, pourraient fortement augmenter en raison de la pénurie.
- Les professionnels se tournent vers d’autres régions productrices comme le Gard ou la Provence pour tenter de combler le déficit.
Des dégâts « exceptionnels » pour les producteurs locaux
Dans les Pyrénées-Orientales, l’impact des intempéries est sans précédent pour Guy Banyuls, arboriculteur à Espira-de-l’Agly. « Un impact de grêle a touché l’abricot. Celui-ci ne sera pas commercialisable », a-t-il expliqué à Franceinfo - Santé. « On s’attend à une baisse en moyenne sur le département de 60 à 70 %, et certains producteurs, comme moi, on peut aller jusqu’à moins 90 % de récolte. » Une situation d’autant plus douloureuse que la saison n’a même pas encore atteint son pic habituel.
Les premières averses de grêle, survenues en avril, ont été suivies de pluies torrentielles qui ont achevé de fragiliser des arbres déjà éprouvés. Résultat, les quelques fruits parvenus à maturité sont souvent trop petits, trop mûrs ou abîmés par les chocs. « Je n’ai que des abricots pour la confiture aujourd’hui », a témoigné une vendeuse sur un marché de Montpellier, où les premiers fruits de la saison ont été mis en vente ce samedi 16 mai.
Un marché en tension : pénurie et hausse des prix
Habib Bomourra, vendeur de fruits et légumes à Montpellier, constate déjà les effets de cette crise. « Le Roussillon, il est le plus cher et on en trouve moins. Donc, du coup, on est obligé d’aller se ravitailler dans les autres zones, comme le Gard, comme la Provence », a-t-il confié. Les abricots du Roussillon, réputés pour leur qualité, voient leur prix flamber en raison de leur rareté. Les consommateurs, habituellement attirés par ces premiers fruits de saison, doivent désormais se contenter de lots de qualité inégale, voire se rabattre sur d’autres variétés moins prisées.
Cette année, les producteurs du Roussillon devront écouler leur récolte en vente directe ou à bas prix, faute de pouvoir la commercialiser à un tarif normal. Certains, comme le couple d’arboriculteurs contacté par Franceinfo - Santé, ont déjà annoncé qu’ils devraient brader leurs fruits pour éviter le gaspillage. Une stratégie de dernier recours, alors que les coûts de production restent élevés.
Un contexte météo aggravant une situation déjà fragile
Les intempéries de ce printemps s’ajoutent à une année 2025 déjà difficile pour le secteur. Après des canicules précoces l’été dernier, suivies d’un automne et d’un hiver peu pluvieux, les sols des Pyrénées-Orientales étaient déjà assoiffés. Les pluies d’avril ont permis un répit temporaire, mais les chutes de grêle survenues peu après ont anéanti les espoirs de récolte. « La nature est capricieuse », a souligné Guy Banyuls. « On ne peut pas lutter contre elle. »
Les professionnels du secteur pointent également du doigt le changement climatique, dont les effets se font de plus en plus sentir sur les cultures fruitières. Les épisodes de grêle violents, autrefois exceptionnels, deviennent plus fréquents, tout comme les vagues de chaleur précoces qui accélèrent la maturation des fruits avant qu’ils n’atteignent une taille commerciale.
Cette crise rappelle une fois de plus la vulnérabilité des productions fruitières face aux aléas climatiques. Alors que les abricots du Roussillon sont traditionnellement un marqueur de l’été dans le Sud de la France, leur avenir dépendra peut-être de l’adaptation des pratiques culturales aux nouvelles réalités météorologiques.
Les abricots du Roussillon bénéficient d’un climat méditerranéen idéal pour leur maturation, avec des étés chauds et secs et des hivers doux. Leur chair est réputée pour sa saveur sucrée et peu acide, ainsi que pour leur couleur orange vif. Leur disponibilité précoce en fait également un fruit très attendu après l’hiver.
Les arboriculteurs pourraient bénéficier d’aides de l’État via le fonds d’urgence agricole, ainsi que de subventions européennes dans le cadre de la politique agricole commune (PAC). Des indemnisations pour catastrophes naturelles pourraient également être envisagées, sous réserve de déclaration officielle.