« Trop gros, fatigué ou simplement déprimé ? Restez concentré et essayez cette pilule miracle. » C’est en ces termes que Volkskrant Magazine présente, dans une couverture rétro, l’un des traitements les plus répandus contre le trouble déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) : le méthylphénidate, commercialisé sous le nom de Ritaline. Selon Courrier International, c’est l’expérience vécue par Jeroen Pen, journaliste néerlandais, qui retrace son parcours dans un livre et un article publié en couverture de l’hebdomadaire.

Ce qu’il faut retenir

  • Diagnostiqué TDAH à l’adolescence, Jeroen Pen a été traité par du méthylphénidate (Ritaline), puis par de la dextroamphétamine.
  • Malgré une amélioration initiale de sa concentration, il a développé une dépendance sévère aux stimulants, entraînant une dépression chimique.
  • Entre 2006 et 2023, les prescriptions de médicaments contre le TDAH ont quadruplé aux Pays-Bas, avec une prédominance de méthylphénidate.
  • En 2025, 24 000 mineurs néerlandais ont reçu des amphétamines (dextroamphétamine ou lisdexamphétamine), parfois dès l’âge de 6 ans.
  • Jeroen Pen plaide désormais pour une approche plus mesurée du traitement médicamenteux du TDAH, malgré ses bénéfices avérés pour d’autres patients.

Un diagnostic précoce et un traitement controversé

Dès l’enfance, Jeroen Pen présentait des signes de TDAH : agitation, difficulté à se concentrer en classe et résultats scolaires irréguliers. Pourtant, ses enseignants reconnaissaient aussi son intelligence et sa passion précoce pour la lecture. « J’étais un enfant perçu comme surdoué, mais toujours en décalage avec le reste de la classe », explique-t-il dans son témoignage. À l’entrée au collège, un diagnostic officiel de TDAH est posé, et un traitement par méthylphénidate lui est prescrit. À l’époque, en Europe, cette molécule est largement présentée comme une solution miracle pour « rendre les enfants difficiles aimables » — un slogan qui, des décennies plus tard, fait écho aux promesses marketing des années 1960, rappelle Volkskrant Magazine.

Pourtant, les effets du traitement ne répondent pas toujours aux attentes. Si Jeroen Pen admet une amélioration de son comportement en classe — moins de perturbations pour les enseignants —, ses résultats scolaires ne progressent pas significativement. « Au début, le médicament m’a semblé agréable, puis son effet a disparu. C’est alors que j’ai glissé dans une lente dépression chimique », confie-t-il. Une phrase qui illustre les limites souvent sous-estimées de ces traitements, dont l’efficacité peut s’estomper avec le temps.

Une descente aux enfers marquée par la dépendance

Les difficultés de Jeroen Pen ne s’arrêtent pas là. En réaction à une peine d’intérêt général jugée insurmontable, il tente un geste désespéré : avaler une boîte entière de Ritaline. Le résultat est immédiat. « Moi qui ne parvenais même pas à ranger ma chambre d’adolescent, j’ai fourni une prestation olympique ce jour-là », raconte-t-il. Le bâtiment qu’il devait nettoyer était « étincelant » à la fin de la journée. Cet épisode marque le début d’une addiction qui le poussera à multiplier les stratégies pour obtenir des doses supplémentaires de Ritaline.

Plus tard, une connaissance lui recommande un autre stimulant : la dextroamphétamine. Cette fois, les deux premières années sont « fantastiques ». Productif, concentré, il enchaîne les promotions professionnelles. Mais cette honeymoon phase ne dure qu’un temps. « Au début, je fonctionnais mieux sous dextroamphétamine. Puis, je ne fonctionnais qu’avec ce produit. À la fin, je ne fonctionnais plus du tout, avec ou sans », témoigne-t-il. Ce cercle vicieux illustre les risques de dépendance et d’accoutumance associés à ces molécules, dont l’usage dépasse parfois le cadre thérapeutique.

Un plaidoyer pour une médecine plus prudente

Aujourd’hui, Jeroen Pen a reconstruit une vie stable. Père de deux enfants, il travaille sans recourir aux stimulants. Sans pour autant remettre en cause le travail des soignants qui l’ont pris en charge, il appelle à une approche plus précautionneuse du traitement du TDAH. « Il est évident que beaucoup de gens en tirent un bénéfice, mais des études montrent que, parfois, les prestations scolaires n’évoluent pas, ou que les effets positifs s’atténuent, voire disparaissent après un an ou deux », souligne-t-il. Une mise en garde qui rejoint les débats actuels sur la médicalisation du TDAH, un trouble dont le diagnostic a explosé ces dernières années.

Aux Pays-Bas, entre 2006 et 2023, le nombre de prescriptions de médicaments contre le TDAH a été multiplié par quatre. En 2025, 24 000 mineurs ont reçu des amphétamines comme la dextroamphétamine ou la lisdexamphétamine — des chiffres qui reflètent une tendance européenne. En France, ces molécules peuvent être prescrites dès l’âge de 6 ans dans certains cas. Pourtant, l’histoire de Jeroen Pen rappelle que ces traitements, bien que salvateurs pour certains, ne sont pas dénués de risques.

Les amphétamines, une histoire centenaire

La couverture de Volkskrant Magazine, qui s’inspire des affiches publicitaires rétro, rappelle que l’usage des amphétamines remonte aux années 1930. Découvertes à cette époque, ces substances ont d’abord été présentées comme des remèdes miracles avant d’être classées parmi les drogues en raison de leurs dangers. Le méthylphénidate, mis sur le marché avec le slogan « Ritaline helps the problem child become lovable again » — « La Ritaline aide l’enfant à problèmes à redevenir aimable » —, s’est imposé comme une alternative perçue comme moins risquée. Pourtant, comme le souligne Jeroen Pen, les effets secondaires et les risques d’addiction n’ont pas disparu.

Ces dernières années, la communauté médicale et les autorités sanitaires ont commencé à tirer la sonnette d’alarme. Aux États-Unis, où la consommation de médicaments contre le TDAH est parmi les plus élevées au monde, des enquêtes ont révélé des pratiques de prescription excessives, notamment chez les enfants. En Europe, les débats portent sur l’équilibre à trouver entre l’accès aux traitements et la prévention des dérives. Le cas de Jeroen Pen en est une illustration frappante : un parcours où le soulagement initial s’est transformé en une lutte contre la dépendance.

Et maintenant ?

Dans les prochains mois, plusieurs pays européens devraient renforcer leurs recommandations sur la prescription des stimulants pour le TDAH. Aux Pays-Bas, où le nombre de diagnostics a bondi, des experts appellent à une évaluation systématique des traitements au-delà de deux ans. En France, la Haute Autorité de Santé pourrait publier de nouvelles directives d’ici fin 2026 pour encadrer davantage les prescriptions chez les mineurs. Ces mesures pourraient-elles réduire les risques de dépendance ? Rien n’est moins sûr, mais une chose est certaine : le débat sur l’équilibre entre bénéfices et dangers des médicaments contre le TDAH est loin d’être clos.

Jeroen Pen, lui, a choisi de partager son expérience pour alerter. Son témoignage rappelle que, derrière les chiffres de prescriptions en hausse, il y a des vies individuelles, parfois profondément affectées par des choix thérapeutiques mal évalués. Une question reste en suspens : comment concilier l’efficacité des traitements contre le TDAH et la protection des patients les plus vulnérables ? La réponse dépendra en grande partie des prochaines études et des politiques publiques à venir.

Plusieurs approches sont recommandées en complément ou en alternative aux médicaments : thérapies cognitivo-comportementales, aménagements scolaires ou professionnels, et activités physiques régulières. Certaines études soulignent aussi l’efficacité des régimes alimentaires riches en oméga-3 et pauvres en sucres raffinés. Cependant, ces méthodes doivent être adaptées à chaque patient, leur efficacité variant selon les profils.