Treize ans après les premières révélations de Mediapart, l’affaire Jérôme Cahuzac continue de diviser François Hollande et son ancien ministre du Budget. Dans un entretien accordé à l’émission « Complément d’enquête » diffusée ce jeudi 18 juin 2026, l’ex-ministre de 2012 maintient n’avoir jamais menti à l’ancien président, une affirmation contestée par ce dernier, qui dispose d’un nouvel élément à l’appui de sa version des faits. Selon Franceinfo – Politique, cette opposition persiste malgré le temps écoulé et les condamnations judiciaires prononcées contre Cahuzac.

Ce qu'il faut retenir

  • L’affaire Cahuzac a éclaté en décembre 2012 après les révélations de Mediapart sur son compte caché en Suisse.
  • Jérôme Cahuzac affirme n’avoir jamais menti « les yeux dans les yeux » à François Hollande lors de leur entretien du 5 décembre 2012.
  • François Hollande soutient que son ancien ministre lui a toujours nié détenir un compte à l’étranger jusqu’à ses aveux judiciaires le 2 avril 2013.
  • Un message de Cahuzac, daté du 2 avril 2013 et adressé à Hollande, a été dévoilé : « J’ai eu tort de mentir à tout le monde, à toi. »
  • Cahuzac, condamné à quatre ans de prison en 2018, a tenté un retour en politique en 2024 sans succès.

Un entretien décisif et des versions opposées

Le 5 décembre 2012, la veille des aveux publics de Jérôme Cahuzac devant les juges, un entretien privé se tient à l’Élysée entre l’ex-ministre du Budget et François Hollande. Selon le récit de Cahuzac, rapporté par « Complément d’enquête », il aurait franchi la grille du coq – une entrée discrète de la résidence présidentielle – pour informer le chef de l’État de l’existence de son compte en Suisse. L’ancien président aurait alors refusé sa démission en déclarant : « J’ai besoin de toi », alors que Cahuzac venait précisément pour lui remettre sa démission. Cette version est catégoriquement rejetée par François Hollande, qui assure avoir toujours ignoré cette information jusqu’aux aveux de son ministre le 2 avril 2013.

Dans son interview diffusée ce soir, Jérôme Cahuzac déclare : « Est-ce que j’ai menti au président de la République ? Peut-être n’ai-je pas le même souvenir que lui. Nous n’avons pas la même mémoire des choses. » Il ajoute, en référence aux critiques ultérieures de Hollande sur son retour en politique : « Je le trouve un peu audacieux quand il s’érige en père la morale, lui qui a les moyens de l’être et moi pas. Il m’accuse d’avoir menti. C’est un problème entre lui et sa conscience. »

Le message du 2 avril 2013, pièce maîtresse de l’échange

Pour étayer sa position, François Hollande a transmis à l’équipe de « Complément d’enquête » un message écrit de Jérôme Cahuzac, daté précisément du 2 avril 2013 – jour de ses aveux judiciaires. Dans ce texto, l’ancien ministre écrit : « François, je me permets une dernière fois de t’adresser un message par ce moyen. Je viens de reconnaître devant les juges une vérité indicible jusqu’alors. (...) J’ai eu tort. Tort d’accepter de rentrer au gouvernement, tort de ne pas démissionner tout de suite, tort de mentir à tout le monde, à toi (...) J’ignore si tu pourras me pardonner un jour, (...) je suis infiniment désolé et triste des ennuis supplémentaires que je cause. Pardon, Jérôme. »

Interrogé sur l’authenticité de ce message, Cahuzac ne la conteste pas, mais relativise sa portée : « Nous étions deux, il y a ce qu’il en dit, et ce que j’en dis. L’un n’a plus rien à perdre, l’autre a beaucoup à perdre », déclare-t-il, en référence aux ambitions politiques de Hollande pour la présidentielle à venir. Cette phrase sous-entend que l’ancien président aurait tout intérêt à minimiser son ignorance passée, tandis que Cahuzac, déjà condamné, n’a plus de réputation à préserver.

Un parcours judiciaire et politique mouvementé

Condamné en appel en 2018 à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour « fraude fiscale », Jérôme Cahuzac a purgé sa peine avant de tenter un retour en politique lors des élections législatives de 2024. Lors de ce scrutin, il n’a obtenu que 15 % des voix au premier tour, échouant à se qualifier pour le second. Ce score modeste marque un échec dans sa volonté de reconquête politique après sa disgrâce. Son passage en politique avait débuté sous François Hollande, avant de s’achever dans le scandale et l’opprobre.

Côté François Hollande, l’affaire reste un sujet sensible. En 2023, il avait critiqué le retour de Cahuzac en politique, estimant que ce dernier n’avait pas tiré les leçons de ses mensonges. « Cahuzac a toujours nié devant moi être le détenteur d’un compte à l’étranger », précise Hollande dans cet entretien. « Dès les premières révélations de Mediapart le 4 décembre 2012, et lors de chacun de nos échanges, je lui ai explicitement posé la question. S’il me l’avait avoué, il aurait immédiatement quitté le gouvernement. »

Et maintenant ?

Plus de dix ans après les faits, l’opposition entre les deux hommes ne semble pas près de s’éteindre. Jérôme Cahuzac, désormais en retrait de la vie publique, pourrait continuer à alimenter le débat, notamment si François Hollande décide de relancer sa carrière politique. Aucune date n’a été fixée pour une éventuelle déclaration de candidature de l’ex-président, mais son intervention dans « Complément d’enquête » montre qu’il reste actif sur le terrain médiatique. Quant à Cahuzac, son dernier échec électoral pourrait marquer la fin définitive de ses ambitions politiques, même s’il conserve une certaine influence médiatique.

L’affaire Cahuzac, qui a profondément marqué la présidence Hollande, rappelle les dangers de l’opacité financière et les conséquences d’un mensonge d’État. Elle pose aussi la question de la mémoire sélective en politique, où les récits des acteurs divergent souvent selon leurs intérêts du moment.

Jérôme Cahuzac a été condamné en appel en 2018 à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, pour « fraude fiscale ». Il avait reconnu avoir dissimulé un compte bancaire en Suisse, non déclaré au fisc français, sur lequel figuraient plusieurs centaines de milliers d’euros.