Depuis trois semaines, Tirana voit se multiplier des rassemblements quotidiens qui, en l’espace de quelques jours, ont pris une ampleur inédite. Selon Euronews FR, les Albanais dénoncent un projet de complexe touristique de luxe sur les rives de l’Adriatique, près de Svernica et de la lagune de Narta, accusé de menacer une zone humide protégée.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 20 000 manifestants ont défilé samedi dans les rues de Tirana, la plus grande mobilisation en trois semaines.
- Le projet, porté par le Premier ministre Edi Rama, implique Ivanka Trump et son mari Jared Kushner, suscitant des accusations de manque de transparence.
- Les manifestants, dont une majorité de membres de la diaspora albanaise, exigent la démission du gouvernement et dénoncent la « privatisation » des côtes.
- Un convoi de voitures décorées de drapeaux rouge et noir a traversé plusieurs pays européens pour rejoindre Tirana.
- La lagune de Narta, site protégé, est directement menacée par ce complexe de 1 500 chambres prévu pour 2028.
Un mouvement né d’une contestation environnementale devenue politique
Tout a commencé il y a trois semaines par des rassemblements ciblant un projet immobilier de luxe annoncé sur les bords de l’Adriatique. Selon Euronews FR, les organisateurs dénonçaient dès l’origine l’impact écologique d’un complexe de 1 500 chambres prévu pour 2028. Mais la mobilisation a rapidement dépassé la question environnementale.
Les manifestants, scandant « L’Albanie n’est pas à vendre », ont transformé ce qui était une protestation sectorielle en un mouvement antisystème. Le surnom de « révolution des flamants roses » – en référence aux oiseaux emblématiques de la lagune de Narta – symbolise cette radicalisation. « On ne défend pas seulement une zone humide, on se bat contre un système qui brade notre patrimoine », a déclaré un porte-parole des organisateurs.
L’implication controversée des Kushner et la colère contre Edi Rama
Le projet, situé à proximité de Svernica et de la lagune de Narta, cristallise les tensions. Le Premier ministre Edi Rama le soutient activement, malgré les oppositions. Mais c’est l’implication de Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et de sa femme Ivanka Trump, qui a attisé la polémique. Leur société, liée à ce complexe, est accusée de bénéficier de conditions avantageuses sans transparence.
« Comment un investissement étranger peut-il primer sur la protection de notre environnement et de notre souveraineté ? », s’interroge Arta Muçaj, une universitaire albanaise basée à Londres. Selon elle, ce projet illustre la « capture des institutions » par des intérêts privés. Des documents révélés fin mai par Euronews Albania ont montré des échanges entre des responsables albanais et des représentants du projet, sans que ces échanges ne soient rendus publics.
Une diaspora mobilisée à l’échelle européenne
Samedi, la manifestation a pris une dimension exceptionnelle. Selon Euronews FR, plus de 20 000 personnes ont envahi les artères centrales de Tirana, un chiffre inédit depuis le début des protestations. Parmi elles, une majorité de membres de la diaspora albanaise, venus spécialement de l’étranger. Un convoi de voitures décorées de drapeaux rouge et noir a ainsi traversé le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Autriche avant d’arriver en Albanie.
« On a quitté Londres il y a cinq jours avec trois voitures. En route, des compatriotes nous ont rejoints. À chaque étape, le convoi grandissait », raconte Besnik Hoxha, un ingénieur albanais installé en Allemagne. Arrivés à Tirana, les manifestants ont passé la nuit devant les bureaux du Premier ministre, exigeant des comptes. « On ne repartira pas sans une réponse claire sur l’avenir de ce projet », a-t-il ajouté.
Un environnement menacé et des promesses non tenues
La lagune de Narta, classée site Ramsar depuis 1995, abrite une biodiversité exceptionnelle : flamants roses, tortues marines et plus de 200 espèces d’oiseaux. Le projet prévoit sa destruction partielle pour y construire des infrastructures touristiques, des golfs et des marinas. « Ces zones humides filtrent l’eau, protègent des inondations et abritent des espèces uniques. Les sacrifier pour un complexe hôtelier, c’est une hérésie écologique », explique Luljeta Puto, biologiste au ministère de l’Environnement albanais jusqu’en 2024.
Malgré les promesses du gouvernement de préserver 70 % de la zone, les études d’impact environnemental restent floues. « Les rapports officiels minimisent les risques. On nous cache des données cruciales », dénonce Puto. En 2025, une première enquête publique avait révélé des irrégularités dans l’attribution des permis, sans suite.
Pour l’instant, le mouvement des flamants roses reste déterminé. « On ne recule pas. Soit le gouvernement annule ce projet, soit on l’empêchera par tous les moyens », avertit un manifestant. La question est désormais de savoir jusqu’où ira cette détermination – et quelles en seront les conséquences pour l’Albanie.
Le projet cristallise plusieurs critiques : il menace une zone humide protégée (la lagune de Narta), son attribution manque de transparence, et il implique des personnalités américaines proches de l’ancien président Donald Trump. Les opposants y voient une forme de « recolonisation économique » et une menace pour la souveraineté albanaise.